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Adam et eve

Apartheid homme femme

13 mai 2180, L'apartheid

    Nous sommes le 13 mai 2180, rue Royale à Paris. Probablement dénoncé par une Gardienne, David Vincent a été surpris par la police de la Pensée, à marcher sur le trottoir des femmes. Il a eu beau alléguer qu’il est daltonien et qu’il n’a pas vu que le trottoir était rose, il été condamné à huit jours de pilori médiatique, conformément à la Loi n° 69-12857 du 14 juillet 2169, articles L. 454-2 et suivants, relative à l’application de l’apartheid.

    La punition est sévère. Il est vrai que David Vincent est un récidiviste. On l’a déjà vu parler à une femme en public et même tenter de lui tenir la porte alors qu’elle entrait dans une boutique. L’instauration de l’apartheid entre les hommes et les femmes n’a surpris personne. La plupart des gens avaient abandonné depuis longtemps l’idée de cohabitation pacifique entre les sexes. La science permettait de mettre fin à la sexualité réelle, la loi l’a fait.

   Toutes les disciplines des sciences et techniques ont collaboré (pour le plus grand profit des investisseurs), à augmenter les performances physiques et intellectuelles des hommes et des femmes. D’abord réservée à la médecine réparatrice, puis à l’exercice d’une profession, l’augmentation des capacités des individus a vite été utilisée pour les loisirs, le sport et enfin la sexualité. Cela a entraîné le déchaînement des désirs, des perversions, des vices, des viols et autres crimes. Sexes démesurés, orgasmes invalidants, l’être augmenté était de moins en moins humain, conséquences de ce qu’on avait appelé au début du vingt et unième siècle, le Transhumanisme.  Faute de réussir à endiguer les passions, par des conseils de prudence et de modération, le Gouvernement en est venu à l’interdiction totale du contact physique entre les femmes et les hommes. Ce fut l’apartheid.          

   Les techniques de l’information et la cybernétique, assistées par l’imagerie médicale, permettent de substituer aux rapports sexuels humains réels, des rapports virtuels bien plus satisfaisants (on peut étrangler son partenaire par exemple). On aurait pu croire que ce système allait favoriser l’homosexualité. Il n’en a rien été, au contraire, les rapports virtuels ont été spontanément adoptés par beaucoup d’homosexuels. L’union charnelle des individus n’existe plus. Il n’y a plus de couple, chacun a ses enfants, les hommes des garçons, les femmes des filles, que le parent n’élève pratiquement pas. Tous les bébés sont façonnés en laboratoire. La gestion des naissances se fait de manière centralisée pour satisfaire les besoins de la Nation. Chacun, suivant ses moyens, ses désirs et son génome, choisi ses enfants sur le catalogue qui lui est proposé. L’Administration peut modifier le choix en fonction des directives conjoncturelles du Gouvernement.

   L’égalité des sexes enfin réalisée, a porté à son comble la rivalité entre les genres et la lutte pour le pouvoir. En politique la parité absolue est respectée, en revanche la démocratie n’existe plus puisque la société, coupée en deux parties égales et opposées, n’a plus aucune possibilité de décider quoi que ce soit. Le Gouvernement est donc organisé autour d’une Police de la Pensée Correcte de Manipulation (PPCM ou Plus Petit Commun Multiple des idées). On compte une douzaine de parlements représentant les minorités (aucune majorité ne peut se dégager dans ce système) chacun divisé en deux chambres : celle des hommes et celle des femmes. Ils n’ont qu’un pouvoir de proposition et d’enregistrement. La Justice se limite à un département de la police. Si une confrontation hommes vs femmes face à face est nécessaire, l’un des partis est représenté par son double virtuel.

   Toutes les grandes nations ont adopté le système de l’apartheid. L’égalité à dévoré la liberté. Une grande tristesse s’est installée sur le monde.