goût des mots

Gants de boxe annees 1920

Expression "du coup"

Du coup

 

      Du coup ça m’énerve. Pas de souci, du coup n’a jamais fait de mal à personne. Maladie très contagieuse mais bénigne, l’emploi de du coup à tout propos n’expose à aucune souffrance particulière, pas d’éruption de boutons, pas de sécheresse buccale ou autre, pas d’ecchymoses visibles, juste un petit pincement au cœur quand votre interlocuteur répète insidieusement du coup, pour vous faire honte de votre inculture ou de votre langage populacier.

    Donc du coup, évitez cette expression. Ce n’est pas difficile, les équivalents sont nombreux : donc, par conséquent, finalement, par suite, de ce fait, dans ces conditions, en fin de compte, etc. Exemple : au marché devant le marchand de légume.

– Vous n’avez plus de carottes ?

– Non Madame.

– Vos navets sont bons ?

– Tout frais déterrés ils sont.

Du coup je vais prendre des artichauts…

     On peut s’offusquer de remplacer les navets par des artichauts, ou que les navets soient déterrés ce qui fait un peu macabre, mais du coup en l’occurrence, aurait pu être remplacé (si vous portez un manteau de fourrure, un chapeau à plume élégant et des gants) par finalement ou toutefois.

     Alors, du coup, si on veut employer quand même cette expression (pour être dans le coup comme on disait autrefois – T’es plus dans l’coup, papa, t’es plus dans l’coup…) quand faut-il l’utiliser ?

     Au sens propre : « Frappé au visage, du coup il s’effondra ». Ce n’est pas très élégant mais c’est pertinent (à utiliser avec modération, je parle des coups au visage).

      Au sens d’une cause agissant brusquement : « l’usine explosa, du coup la ville prit feu. » Du coup peut prendre le sens d’aussitôt.

      Chaque époque a ses tics de langage qui énervent les vieux. Ceux-ci préfèrent leurs tics à eux. On disait pas de problème (ou pas de pébé ou encore, pas de pé), on dit maintenant pas de souci évolution freudienne qui transforme un problème à résoudre par le souci désinvolte de le contourner. Je ne parlerai pas des insultes nouvelles qui enrichissent chaque jour notre belle langue de termes parfois déguisés en verlan. J’ai la nostalgie du javanais de mon enfance, ou du louchébem (argot des bouchers parisiens) de tonton René. Les mots ont un goût dans la bouche, saveur de l’insulte ou du gros mot qui explose sur le palais, suavité du compliment, complexité de la phrase tournicotée, douceur des paroles d’amour, qui tournent dans la bouche comme une langue étrangère…

     Je conclurai sagement par le Abusus non tollit usum, l’abus n’exclut pas l’usage, maxime de l’ancien droit. L’abus que l’on peut faire d’une chose ne doit pas forcer nécessairement de s’en abstenir (voir les pages roses).