A votre avis ?

Eclair qui marche

Du dérèglement climatique

 

     « Il fait si froid qu’on se marierait pour avoir chaud ! » James Joyce.

     « La pluie ne mouille que les cons. » Olivier de Kersauzon. Citation un tant soit peu erronée de l’évangile selon saint Matthieu (5, 48) : « …notre Père des cieux qui fait […] tomber la pluie sur les justes et les injustes. »

     « Quel temps ! On se croirait en plein hiver. » Robert, le 14 janvier.

     « Si ça continue, on va être obligé d’allumer le chauffage ! » Denise, le 24 octobre.

     « C’est la chasse qui a fait disparaître les dinosaures. » Marcelle, (la date n’a pas été conservée).

    Alors que la sécheresse et les inondations ravagent le pays, les quelques citations ci-dessus montrent à quel point la perception du climat est sujette à interprétations. A la mi-janvier, nous sommes tellement habitués à la douceur du temps que l’hiver est oblitéré. Nous sommes étonnés, si par hasard le froid nous rappelle que nous devrions être en hiver. La perception de la température est personnelle et relative mais l’opinion exprimée sur le temps est généralement consensuelle et absolue. L’habitant de nos contrées et du monde tempéré en général, dit à la boulangère : « Il fait mauvais ou, il fait beau (on va le payer) ou encore, il n’y a plus de saisons ! (autrefois c’était à cause des essais nucléaires, maintenant c’est la faute du carbone) ». Sans contestation possible.

     Mais pas sans culpabilité. Quelque soit la couleur du ciel, il pense maintenant que c’est de sa faute si la planète se dessèche comme une vieille pomme ou subit les assauts répétés de phénomènes météorologiques violents et destructeurs. D’où la citation sur les regrettés dinosaures, disparus dans un changement climatique certainement à cause de nous (pour nous faire de la place peut-être ?). On imagine l’extraordinaire biodiversité qu’auraient apportée ces animaux dans nos campagnes, nos villes, nos mers et nos cieux. Un diplodocus crevé c’est autre chose qu’un papillon qui meurt !

     La passion du temps de demain est-elle cathartique ? L’acédia typique de l’ouverture matinale des volets, l’été sous nos latitudes septentrionales, qui justifie sans doute la surconsommation régionale d’anxiolytiques, est-elle consécutive de l’animadversion générale du mauvais temps ? Si nous exceptons certaines catégories socioprofessionnelles liées à la surproduction de denrées destinées à l’alimentation humaine, désireuse d’une certaine hygrométrie non dénuée d’ensoleillement – pratiquement du domaine de l’utopie – qui les conduit d’ailleurs, à s’inscrire dans les populations les plus touchées par la dépression nerveuse, je répondrais oui.

     Car le fatum météorologique hertzien ou autre de nos mass media, attendu chaque soir comme l’aria des informations (et placé en exorde et péroraison du journal de certains canaux) par les populations angoissées du temps futur, leur procure la décharge émotionnelle libératrice qui leur permet enfin de savoir comment s’habiller ou s’il faudra prendre un parapluie (dizglavier) pour aller à la plage le week-end prochain.

     Aussi le dérèglement du climat est-il craint plus que tout car il est susceptible d’accélérer l’anomie, qui guette nos sociétés fondées sur la stabilité des ressources naturelles, que nous souhaitons ardemment renouvelables et finalement, de causer notre extermination. La conduite ordalique des humains de toutes civilisations, par laquelle une société tente de se rendre maître de son destin pour un canon emphytéotique ridicule, ne peut manquer, sauf à venir à résipiscence, de nous conduire au déluge, forme mythique, extrême et radicale du changement climatique. L’espèce humaine a peur du temps qui viendra un jour l’estourbir et les différentes occurrences possibles du climat nous rongent, telle une tunique de Nessus dont on ne se débarrasserait, qu’en rendant notre carbone à la terre.

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Sainte philo

Bac 2018, épreuves de philosophie

Où la philo mène

 

     Deux hommes sont accoudés au comptoir du café de la gare. La gare a disparu depuis longtemps mais le bar est resté, signe que toute trace de civilisation n’a pas disparu du centre de la petite ville. À leurs vêtements modestes et fatigués, on voit tout de suite que ce sont des intellos, des profs probablement. Ils discutent à voix basse mais on voit bien que leur sujet les passionne.

     – Je te dis que l’enseignement de la philosophie c’est l'apprentissage de la liberté par l'exercice de la réflexion.

     – Très bien, explique-moi pourquoi la série L a besoin de 8 heures de cours de philo par semaine, la série ES 4 heures, la série S 3 heures et les séries technologiques 2 heures seulement. Les littéraires ont sans doute besoin de réfléchir plus que les autres, ou alors ils ont moins de capacité de réflexion, il leur faut plus de cours. Quant à l’apprentissage de la liberté, on se demande pourquoi les techniciens en ont moins besoin que les littéraires.

    – Parti avec du retard, Achille ne rejoindra jamais la tortue, bien qu’il court beaucoup plus vite !

    – Qu’est-ce que tu racontes ?

    – C’est ce qu’on appelle le paradoxe de Zénon d’Élée. L’enseignement de la philo ne peut être que paradoxal. Quoiqu’on enseigne, on ne peut inculquer aux élèves de vérité définitive (sujet ES). On ne peut pas prouver qu’une théorie est vraie, on peut juste prouver qu’elle est fausse ou incomplète.

     – Je comprends maintenant pourquoi les L ont besoin de plus de cours que les autres. Les théories fumeuses des philosophes qui vont jusqu’à se demander : peut-on renoncer à la vérité (sujet L) faute d’en trouver une admise par tous, suscitent des réfutations bien plus complexes pour eux.

     Ils commandent une autre bière sous le regard réprobateur de la petite serveuse, qui pense au fond d’elle-même que le désir est la marque de notre imperfection (sujet S). Ces deux-là ont le désir de s’enivrer, ce n’est certes pas un exemple de perfection.

    – Platon lui-même, distingue dans l’allégorie de la caverne, l’opinion (doxa) jugement porté sans connaissance véritable et la connaissance intelligible, la science. N’est-ce pas dire que les scientifiques n’ont pas besoin de philosophie ?

    – Pas tout à fait. L’expérience peut-être trompeuse (sujet voie technologique) si elle se laisse dominer par l’opinion. Il est donc nécessaire que le scientifique puisse organiser son jugement en toute liberté, il doit donc philosopher lui aussi.

    – Sauf que beaucoup de progrès majeurs en sciences sont dus bien plus à l’intuition, voire à l’erreur (sérendipité), qu’à une réflexion organisée. On trouve d’abord, on prouve après. Et pour maîtriser le progrès technique (sujet techno.) il n’est point besoin de philosopher !

    – Bon, tu es contre l’enseignement de la philo ?

    – Parfaitement, je ne vois qu’un domaine où elle pourrait être utile, l’étude encyclopédique des arts, peut-on y être insensible ? (sujet ES), des idées et des religions. C’est d’ailleurs de cette manière que les autres pays européens voient l’enseignement de la philo. Nous sommes dans le domaine de la culture. Nous rend-elle plus humain ? (sujet L). La question est stupide, si on néglige le côté agricole, comme d’ailleurs toutes les autres posées au bac.

    – Ah oui ! Mettons la culture des radis en terminale.

    – C’est ça, mais les citadins pourraient en éprouver de l’injustice et est-ce nécessaire pour savoir ce qui est juste ? (sujet S)

    – Ce qui serait juste ce serait d’abandonner cette sottise archaïque qui nous vient de la Révolution, qui ne sert à rien ni à personne, si ce n’est à briller en société. Le pouvoir est aux mains des technocrates et je ne crois pas que leur système de pensée ait quelque chose à voir avec Descartes, Pascal, Rousseau ou même Finkielkraut.

    – Allons à ta santé ! On ne va quand même pas changer une chose instituée par Napoléon et c’est tellement français de discuter dans le vide (comme nous le faisons!).         

     

Marie de france

Ecriture inclusive

   Maintenant que la polémique s’est (provisoirement) assoupie, grâce à Johnny Halliday et au Prince Harry, nous pourrons peut-être, parler plus sereinement de la fameuse écriture inclusive.

    Qu’est-ce que c’est ? Cette manière d’écrire consiste à inclure le féminin, entrecoupé de points milieu [·] dans les noms pour le rendre visible. On écrira par exemple : agriculteur· rice·s, ou artisan· e·s, etc…  M. Mélanchon, toujours à la pointe du progrès, écrit : sindicat·e·s. Les adjectifs et pronoms n’échappent pas à la règle : ils·elle·s, celui·elle, ceux·elles, du·de la, etc.

    Mais ce n’est pas tout, pour les déterminants l’ordre alphabétique intervient, on écrira : la·le journaliste, à la·au maire, de la·du fonctionnaire, etc. Ordre alphabétique aussi pour une énumération des termes d’un groupe. Exemple : enfants, femmes, hommes. Cela dans le but de ne pas mettre systématiquement le féminin en premier par galanterie (la honte si un masculin vous cède sa place)

    Et plus encore : l’écriture inclusive préconise l’accord de proximité. Exemple : les hommes et les femmes sont belles, mais si on applique la règle précédente (l’ordre alphabétique), on écrira les femmes et les hommes sont beaux. L’accord de proximité tombé en désuétude depuis le Moyen âge, quand le français vagissait dans ses langes, ne semble pas être un progrès pour le féminisme en fin de compte.

    L’orthographe, pour moi qui écris, est une obsession permanente due sans doute à la jambe de bois de mon maître à l’école primaire. Comme elle l’orthographe est raide, injuste, peu pratique, irréfragable et la déréliction qui me prend en face d’un mot indécis, est comparable à la solitude du dompteur dans sa cage. Alors l’écriture inclusive ne fera qu’ajouter des clous à ma croix. Des clous en forme de point milieu.

   Pourquoi l’écriture inclusive ? On l’a dit, pour rendre plus visible le genre féminin. Y aurait-il dans le maquis de la langue, une guérilla entre le féminin et le masculin ? Des guerrières rampant dans les broussailles, se lancent à l’assaut des fermes isolées où l’Académie tient ses séances secrètes et élève des cochons. Les porcs s’enfuient au vacarme de la bataille. Ils s’avoueront bientôt vaincus et viendront lécher la main de qui veut leur mort. Chefs de parti, extrémistes de gauche, populistes, chefs d’entreprise et lèche-bottes de tous horizons, viendront en chemise, cravate au cou, demander pardon de n’avoir pas compris plus tôt qui était le plus fort.          

    « Celui qui dicte les termes du débat, domine les débats » (Michel Foucault, ou un autre structuraliste avec une queue et une tête). La novlangue est indispensable aux tyrans. En politique les termes sont manipulés sans scrupule. Plus c’est gros mieux ça passe. Les Nazis : « Action Erntefest » (opération festival de la récolte) pour l’élimination des Juifs de Pologne, « Groß Lüge » (grand mensonge) technique de propagande produisant les plus gros mensonges possibles pour que personne ne puisse douter qu’ils soient vrais. Les Communistes quant à eux, actualisent les termes usés : prolétaire se dit travailleur, le Lupemproletariat (prolétaires en haillons) devient les pauvres tout simplement, les bourgeois sont les riches, les capitalistes des patrons et la révolution n’est plus qu’une transformation sociale. On peut multiplier les exemples, jusqu’au nom des pays : Républiques démocratiques de tout poil (on vient d’inventer le terme démocrature plus approprié pour les démocraties-dictatures), le Burkina Faso pays des hommes intègres (morts sans doute), le Pakistan pays des purs, le Salvador qui aurait grand besoin d’un sauveur, etc.

   On le voit, les oppresseurs manipulent le langage bien plus facilement que les opprimés. A-t-on traduit la bible en verlan ? Je serais curieux d’entendre la lecture d’un lai de Marie de France réécrit en écriture inclusive. Ne dit-elle pas :

                    « Tels purchace le mal d’altrui,                   « Tel qui dénonce le mal d’autrui,

                     Dunt tuz li mals revert sur lui. »               Voit tout le mal se retourner contre lui. »

Adam et eve

Apartheid homme femme

13 mai 2180, L'apartheid

    Nous sommes le 13 mai 2180, rue Royale à Paris. Probablement dénoncé par une Gardienne, David Vincent a été surpris par la police de la Pensée, à marcher sur le trottoir des femmes. Il a eu beau alléguer qu’il est daltonien et qu’il n’a pas vu que le trottoir était rose, il été condamné à huit jours de pilori médiatique, conformément à la Loi n° 69-12857 du 14 juillet 2169, articles L. 454-2 et suivants, relative à l’application de l’apartheid.

    La punition est sévère. Il est vrai que David Vincent est un récidiviste. On l’a déjà vu parler à une femme en public et même tenter de lui tenir la porte alors qu’elle entrait dans une boutique. L’instauration de l’apartheid entre les hommes et les femmes n’a surpris personne. La plupart des gens avaient abandonné depuis longtemps l’idée de cohabitation pacifique entre les sexes. La science permettait de mettre fin à la sexualité réelle, la loi l’a fait.

   Toutes les disciplines des sciences et techniques ont collaboré (pour le plus grand profit des investisseurs), à augmenter les performances physiques et intellectuelles des hommes et des femmes. D’abord réservée à la médecine réparatrice, puis à l’exercice d’une profession, l’augmentation des capacités des individus a vite été utilisée pour les loisirs, le sport et enfin la sexualité. Cela a entraîné le déchaînement des désirs, des perversions, des vices, des viols et autres crimes. Sexes démesurés, orgasmes invalidants, l’être augmenté était de moins en moins humain, conséquences de ce qu’on avait appelé au début du vingt et unième siècle, le Transhumanisme.  Faute de réussir à endiguer les passions, par des conseils de prudence et de modération, le Gouvernement en est venu à l’interdiction totale du contact physique entre les femmes et les hommes. Ce fut l’apartheid.          

   Les techniques de l’information et la cybernétique, assistées par l’imagerie médicale, permettent de substituer aux rapports sexuels humains réels, des rapports virtuels bien plus satisfaisants (on peut étrangler son partenaire par exemple). On aurait pu croire que ce système allait favoriser l’homosexualité. Il n’en a rien été, au contraire, les rapports virtuels ont été spontanément adoptés par beaucoup d’homosexuels. L’union charnelle des individus n’existe plus. Il n’y a plus de couple, chacun a ses enfants, les hommes des garçons, les femmes des filles, que le parent n’élève pratiquement pas. Tous les bébés sont façonnés en laboratoire. La gestion des naissances se fait de manière centralisée pour satisfaire les besoins de la Nation. Chacun, suivant ses moyens, ses désirs et son génome, choisi ses enfants sur le catalogue qui lui est proposé. L’Administration peut modifier le choix en fonction des directives conjoncturelles du Gouvernement.

   L’égalité des sexes enfin réalisée, a porté à son comble la rivalité entre les genres et la lutte pour le pouvoir. En politique la parité absolue est respectée, en revanche la démocratie n’existe plus puisque la société, coupée en deux parties égales et opposées, n’a plus aucune possibilité de décider quoi que ce soit. Le Gouvernement est donc organisé autour d’une Police de la Pensée Correcte de Manipulation (PPCM ou Plus Petit Commun Multiple des idées). On compte une douzaine de parlements représentant les minorités (aucune majorité ne peut se dégager dans ce système) chacun divisé en deux chambres : celle des hommes et celle des femmes. Ils n’ont qu’un pouvoir de proposition et d’enregistrement. La Justice se limite à un département de la police. Si une confrontation hommes vs femmes face à face est nécessaire, l’un des partis est représenté par son double virtuel.

   Toutes les grandes nations ont adopté le système de l’apartheid. L’égalité à dévoré la liberté. Une grande tristesse s’est installée sur le monde.    

Feuille 1917

1918, la paix de mon grand-père

La feuille

 

     En cherchant dans les archives de la famille pour trouver de la documentation sur la vie de mon grand-père maternel, j’ai trouvé dans son livret de solde une feuille de vigne, bien conservée, sur laquelle est écrit à l’encre noire : congé renouvelable 13 Mai 1919. Je n’y ai pas porté grande attention. Quoi de plus banal qu’une feuille ou une fleur conservée entre les pages d’un livre. Souvenir. Cela se fait-il encore ?

    Mon grand-père, François Le Lann s’est engagé à quinze ans dans la marine. Il était de la classe 1913. Matelot puis quartier-maître électricien, il fait la guerre sur les sous-marins. Il en sort vivant en 1919, pour épouser sa promise Isabelle, qui l’attend depuis cinq ans.

Sur le livret de solde, qui a pris une couleur tabac, je trouve des chiffres : en 1918, il gagne 3,00 francs par jour (solde de quartier-maître de 8 à 12 ans d’ancienneté), supplément 1,25 f. / jour (sans doute pour service à la mer), gratification pour la fête nationale : 1 f., Indemnité de combat 66,50 f. (pour 113 jours soit 0,59 f. / jour). À titre de comparaison une paire de chaussures en cuir, coûte entre 29,95 et 39,95 francs à la fin de la guerre. Le prix a doublé depuis 1914. François ne dépensait pas tout, il envoyait régulièrement de l’argent à sa famille.

    J’ai le souvenir d’un homme tout à fait démodé, avec sa raie au milieu et sa petite moustache genre Hitler. Grand type sec, son caractère est tout à l’opposé à sa morphologie. Affable, doux, aimant le vin, la bonne chère et le tabac. Il plaisante volontiers sur un registre surréaliste, voire absurde. Il prend la vie au fil de l’eau, ma grand-mère Isabelle tient le gouvernail en ronchonnant.

    Je reviens à la feuille, elle aussi couleur tabac et je réalise qu’elle a au moins cent ans. Je pense que c’est une feuille de vigne. Si c’est le cas, elle a été cueillie à Malte en 1917 (à Cherbourg, où mon grand-père finit la guerre, il n’en aurait pas trouvé de semblable). Pourquoi François a-t-il ramené ce souvenir de l’île des Chevaliers de l’Ordre de Jérusalem ?

   Il a été renvoyé dans ses foyers le 15 juin 1919. La feuille était déjà sèche pour qu’on puisse écrire dessus. Placée dans le livret de solde, elle symbolise la libération du marin. La fin de sa guerre. Et quoi de mieux qu’une feuille pour exprimer la paix ? A-t-on jamais vu des arbres se faire la guerre ? Et une feuille de vigne ! Bien que non croyant, François est imprégné de religion, la vêture d’Ève, l’ivresse de Noé, les filles de Loth, les noces de Cana, le sang du Christ… la vigne et le vin sont de puissantes images de la vie, et du péché aussi.

    Cette feuille presque miraculeusement conservée, livre cent ans après, l’espoir de paix que la fin de la Grande Guerre portait. La der. des der. ! Espoir terriblement déçu. Les guerres comme les feuilles d’arbre ont leur saison et rien ne peut les empêcher de revenir.

    Mon grand-père aurait aujourd’hui 125 ans. Il ne serait pas surpris je crois, de retrouver dans son livret de solde, une feuille cueillie dans une vigne de Malte au plus fort de la guerre, une feuille toujours vivante, comme lui dans mes souvenirs. Il y a inscrit la joie de la paix, immense, si forte, qu’elle est intacte un siècle après.

 

    Je trouve qu’on parle trop peu de cette année 1918 qui a déterminé l’avenir de l’Europe. Il y aura sans doute de multiples commémorations mais le sujet est peut-être trop complexe pour les journalistes, et puis Johnny est mort.

Cordeliere 10

Marie la Cordelière

Marie la Cordelière

L'été prochain, les recherches vont reprendre pour retrouver  l'épave de Marie la Cordelière, le navire d'Hervé de Portzmoguer disparu le 10 août 1512 dans le fameux combat de la Pointe Saint-Mathieu contre le Regent de l'amiral Howard.

Extrait de mon livre "Portzmoguer, un corsaire au service d'Anne de Bretagne" (éditions Yoran Embaner)

Le feu a pris sur l’avant, les voiles s’enflamment et propagent l’incendie dans la mâture du Regent. Je profite du moment de flottement que ça provoque, pour sauter sur le pavois et m’extraire de la masse des combattants, si compacte à présent qu’on ne peut plus manier le sabre, les marins se battent à la hache, au couteau. On patauge dans le sang. J’émerge à peine de la mêlée que je reçois comme un coup de masse sur la mâchoire. Je tombe à l’eau. J’enlève prestement ma brigantine pour ne pas couler. Parmi les blessés, les morts, les débris immondes, je m’accroche à un morceau de vergue. Je tâte ma joue, mon doigt passe au travers, mes dents sont en morceaux dans ma bouche. La Cordelière et le Regent s’éloignent lentement, emportés par le courant vers la pointe Saint-Mathieu, le grondement des flammes et le vacarme du combat faiblissent. Un éclair illumine soudain la mer, une explosion dantesque secoue l’air. Un instant, j’ai cru voir sur une intense lueur jaune, les membrures noires de la Cordelière voler en éclats. Des grappes d’hommes sont projetées en l’air. Dans l’avalanche de feu, d’eau, de bois enflammé, de fer qui retombe autour de moi, je distingue le Regent qui sombre. Le château émerge encore un peu puis, dans un bruit de digestion atroce, il disparaît dans les bouillonnements de la mer. Je suis sauf. Le silence soudain bourdonne dans mon crâne. Des voix appellent à l’aide, étrangement humaines après cette apocalypse. Il n’y a plus que des débris à la surface et quelques hommes éperdus, mutilés, sanglants, ou morts. Les Anglais ont mis des embarcations à l’eau et repêchent les rescapés, bientôt aidés par les pêcheurs de Bertheaume et du Conquet. Nous ne sommes que vingt survivants de Marie la Cordelière et soixante du Regent, pour près de deux mille victimes. Au soir, les Anglais ont quitté les lieux. Ils rentrent, trop éprouvés pour continuer à se battre. Chaque camp chantera victoire en rendant hommage à son adversaire, pour mieux faire valoir son propre héroïsme. Et moi, Jean de Coatmanac’h, sire de Touronce et de Poncelin, j’ai ces souvenirs atroces gravés sur mon visage en d’horribles cicatrices. Un autre survivant, Martin Le Nault du Conquet, le maître d’équipage de la Cordelière, peut lui aussi témoigner de ce que j’ai vu.

*

Les poètes et les historiographes n’ont plus qu’à se mettre à l’ouvrage pour la gloire de Portzmoguer et de la Bretagne. Ils feront pleurer la reine Anne, qui aimait tant son vaisseau, Marie la Cordelière et son vaillant capitaine. Ce 10 août 1512, Hervé de Portzmoguer dit Primauguet ne pouvant vaincre est mort en héros.

 

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Le jargon de Macron

Le jargon de Macron

 

Est-ce volontairement, par mimétisme mou ou courtisanerie que les journalistes, les hommes politiques et ceux qui parlent en public en général, imitent le style du Président de la République française ? Quant à l’expression écrite utilisée par les épigones qui utilisent ses tournures et périphrases, malheur à eux quand on les relira dans cinq ans (ce qui est peu probable), ils passeront pour des bêtes qui ne savent pas écrire.

Quand il dit : « Les convictions qui sont les miennes », « L’élan qui est le vôtre », etc. il n’est pas judicieux de le copier. On dira seulement : mes convictions ou votre élan. Certes la version courte a moins de poids mais, est-il nécessaire dans le discours, de mettre autant de lourdeur ? « C’est cela que nous ferons » ou « c’est cela que j’attends de vous » manque de la concision et de l’élégance qui font plus, pour la compréhension et l’efficacité, que les tournures alambiquées qui sentent la sueur des communicants. Enfin les « celles et ceux », « toutes et tous », les « femmes et les hommes de ce pays », l’obligation qu’il se fait, de séparer les citoyennes des citoyens, ne va pas dans le sens de l’égalité des salaires ! Ce serait plutôt un encouragement pour l’écriture inclusive, condamnée comme un péril mortel par l’Académie française et que tous les lèche-cul s’empressent d’adopter. Le discours croquignolesque de la pyramide du Louvres est l’exemple de longueurs et de répétitions, digne des meilleurs orateurs soviétiques et, en même temps, il avait bien le droit de se faire plaisir, il avait gagné après tout.

Tous les Présidents ont aimé utiliser des mots rares, originaux ou incongrus qui resteront attachés à leur nom. De Gaulle avait la « chienlit » et le « quarteron de généraux ». Pompidou cite Paul Eluard à propos du suicide de Gabrielle Russier : « Comprenne qui voudra ! ». Giscard d’Estaing nous quitte avec son « Au revoir » pathétique et ridicule. Le « ni ni » de Mitterrand en 1988, ni de droite ni de gauche, fait florès aujourd’hui. « l’abracadabrantesque » sauve Chirac qui ne trouve pas d’autres arguments pour réfuter le financement occulte du RPR. Puis le « casse toi pauvre con » de Sarkozy qui se passe de commentaires, les « sans dents » de François Hollande et pour finir ceux qui « foutent le bordel » du « plus cultivé que la moyenne », à Egletons.

Ce n’est pas sûr que les « galimatias » et « poudre de perlimpinpin » s’imposeront à l’histoire de France. À la vacuité habituelle du discours politique on voit s’ajouter la vulgarité, il est vrai prise sur le vif par des journalistes de plus en plus importuns. L’outrance dans le discours fait rire, quand le Président singe un prof de lettres dans son discours de Francfort, la traduction instantanée a dû donner du fil à retordre aux interprètes allemands, avec les caveat, totipotent, irrédentisme et autres rhizome du terrorisme.          

Enfin notre président, le plus cruel technocrate de la cinquième, utilise le langage de l’entreprise et des managers, comme si les Français (j’aurais dû dire les Françaises et les Français) étaient ses employés (c’est le contraire à mon avis). Il nous faut « faire notre propre introspection pour faire bouger les lignes » car « Le sentiment du progrès établit un horizon psychologique créant cette conviction intime que si on y travaille, la vie sera peut-être meilleure pour soi demain ». « Intervenir avec intelligence », « Le dialogue doit être exigeant », « la réorganisation responsable », nous devons « réinventer le projet »... On se croirait en salle de réunion, quand le patron secoue (remotive) ses troupes… ou prépare un plan de licenciement.

Décidément, la cinquième république nous dote de Présidents peu banals.

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Salon du livre du Cloître-Saint-Thégonnec

Salon du livre "Le loup dans l'encrier"

      Je serai présent dimanche 4 mars 2018 au 10 eme salon du livre " Le loup dans l'encrier " dans la salle municipale, rue du télégraphe au Cloître-Saint-Thégonnec. L'entrée est gratuite, la journée sera marquée de nombreuses animations dont un spectacle de marionettes avec la participation du musée du loup.

     Je présenterai mon livre Morvan Lez Breizh roi des Bretons et mes derniers recueils de nouvelles.

      L'invité d'honneur est le poète Jean-Albert Guénégan. 

Gants de boxe annees 1920

Expression "du coup"

Du coup

 

      Du coup ça m’énerve. Pas de souci, du coup n’a jamais fait de mal à personne. Maladie très contagieuse mais bénigne, l’emploi de du coup à tout propos n’expose à aucune souffrance particulière, pas d’éruption de boutons, pas de sécheresse buccale ou autre, pas d’ecchymoses visibles, juste un petit pincement au cœur quand votre interlocuteur répète insidieusement du coup, pour vous faire honte de votre inculture ou de votre langage populacier.

    Donc du coup, évitez cette expression. Ce n’est pas difficile, les équivalents sont nombreux : donc, par conséquent, finalement, par suite, de ce fait, dans ces conditions, en fin de compte, etc. Exemple : au marché devant le marchand de légume.

– Vous n’avez plus de carottes ?

– Non Madame.

– Vos navets sont bons ?

– Tout frais déterrés ils sont.

Du coup je vais prendre des artichauts…

     On peut s’offusquer de remplacer les navets par des artichauts, ou que les navets soient déterrés ce qui fait un peu macabre, mais du coup en l’occurrence, aurait pu être remplacé (si vous portez un manteau de fourrure, un chapeau à plume élégant et des gants) par finalement ou toutefois.

     Alors, du coup, si on veut employer quand même cette expression (pour être dans le coup comme on disait autrefois – T’es plus dans l’coup, papa, t’es plus dans l’coup…) quand faut-il l’utiliser ?

     Au sens propre : « Frappé au visage, du coup il s’effondra ». Ce n’est pas très élégant mais c’est pertinent (à utiliser avec modération, je parle des coups au visage).

      Au sens d’une cause agissant brusquement : « l’usine explosa, du coup la ville prit feu. » Du coup peut prendre le sens d’aussitôt.

      Chaque époque a ses tics de langage qui énervent les vieux. Ceux-ci préfèrent leurs tics à eux. On disait pas de problème (ou pas de pébé ou encore, pas de pé), on dit maintenant pas de souci évolution freudienne qui transforme un problème à résoudre par le souci désinvolte de le contourner. Je ne parlerai pas des insultes nouvelles qui enrichissent chaque jour notre belle langue de termes parfois déguisés en verlan. J’ai la nostalgie du javanais de mon enfance, ou du louchébem (argot des bouchers parisiens) de tonton René. Les mots ont un goût dans la bouche, saveur de l’insulte ou du gros mot qui explose sur le palais, suavité du compliment, complexité de la phrase tournicotée, douceur des paroles d’amour, qui tournent dans la bouche comme une langue étrangère…

     Je conclurai sagement par le Abusus non tollit usum, l’abus n’exclut pas l’usage, maxime de l’ancien droit. L’abus que l’on peut faire d’une chose ne doit pas forcer nécessairement de s’en abstenir (voir les pages roses).                      

Chez nedo bal

Les célestes histoires de femmes, les bonnes feuilles

Extrait pour site webÉdith

                 Dans un coin de la salle de danse, une fille obèse, vêtue d’un pull jaune horrible, roule des yeux de grenouille. Elle hésite entre les pleurs et le rire. Elle choisit de pleurer pour ne pas montrer ses dents gâtées. Je détourne mon regard, pris de dégoût ou de pitié. Sur l’estrade les musiciens se donnent à fond, le batteur ivre laisse libre cours à son instinct de massacreur. Une vapeur âcre monte de la foule en sueur. Les glaces aux murs, dans leurs cadres patinés de crasse, sont couvertes de buée où l’on a tracé du bout des doigts, des schémas évocateurs. Un homme embrasse une femme goulûment, elle se laisse faire, lascive, provocante. La boule à facettes de miroirs tourne au plafond. Elle fait courir des petits nuages blancs et rouge sur les faces blafardes ou cramoisies. La nausée guette. La musique écrase ou déchire une mer de danseurs qui se moire, comme un champ de blé sous les coups de vent. Un bloc humain noyé dans un océan de rythme, tangue et roule sans cesse sous un ouragan de bruit. Les couples gigotent, comme pour se débarrasser de leurs voisins agglutinés, retenus ensemble par la force lumineuse et enveloppante de la boule du plafond. En un seul corps agité de spasmes, haletant, la foule grouille joyeusement, comme des vers sur un cadavre. […]

                Elle est au bar. Assise de biais sur un haut tabouret entre les hommes de sa cour, qui ne semblent pas pour l’instant beaucoup s’occuper d’elle. Ils boivent, c’est sérieux. D’un regard, appuyé d’un sourire, elle m’invite à m’approcher. Je me glisse près d’elle, le courtisan le plus proche s’est écarté avec indifférence, comme s’il cédait sa place à un enfant. Édith n’a pas changé. La silhouette est impeccable, le mollet tendu et le genou pointu, la cuisse lisse, la taille fine, le buste petit et haut, le cou hiératique. Dans son visage un peu durci, s’affirme un nez légèrement aquilin. Élégante et simple, elle porte un ensemble presque blanc (chaussures assorties) qui met en valeur la matité de son teint. J’entends de temps en temps parler d’elle et de son équipe. Les mauvaises langues lui font une réputation de fille légère…

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Pierre emile barthelemy naufrage sur la cote bretonne 1851

Le Pays Pagan

      Voici ce qu'écrivait le Chevalier de Fréminville en 1832 sur les habitants du Pays Pagan :          

      Il reste en Bretagne, et particulièrement dans le nord du Léon, entre Plouguerneau et Plounéour-Trez, des hommes qui ont conservé la rudesse de leurs ancêtres celtes. L’antique férocité de mœurs des habitants de ce territoire qu’on nomme le Pays Pagan (c’est-à-dire païen) n'est point encore adoucie, elle est empreinte même dans leurs traits. L'habitant de ces côtes redoutables est de haute stature, basané, sec et nerveux ; il marche jambes et pieds nus, un bâton noueux à la main ; ses traits farouches et menaçants semblent défier l'étranger qui le rencontre. Sa figure hâve, son front sillonné de rides que la fatigue et l'inclémence du climat y ont tracés avant le temps, est ombragé d'une forêt de cheveux longs, flottant en désordre et que ne contient pas le petit bonnet bleu et plat placé au sommet de sa tête. Ses yeux creux brillent d'un feu sombre, ils se fixent avec avidité sur la voile qui paraît à l'horizon. Si les signes d'une tempête prochaine menacent de jeter ce vaisseau sur les écueils qui hérissent ces rivages, la joie se peint sur le visage du cruel paysan de Plounéour, elle éclaircit un instant sa physionomie sauvage, comme un éclair sinistre brille au milieu de ces nuages noirs dont les flancs recèlent la foudre. Il réunit ses parents, appelle ses amis, ses voisins, tous courent sur la grève en poussant des hurlements barbares ; armés de bâtons, de crocs et de fourches, ils attendent les débris du naufrage. Si les infortunés navigateurs, dont le navire vient de se fracasser, parviennent en luttant contre la mort à atteindre ce rivage fatal, ils sont à l'instant même dépouillés et massacrés inhumainement par ces Celtes féroces et indomptables. (Antiquités de Bretagne, Finistère. Brest 1832)

Le cochon est joueur 194546 wide

Un coup de groin

Un coup de groin !

         La multiplication des dénonciations d’agressions sexuelles sur les femmes, à la suite du hashtag Balancetonporc, me fait pousser un coup de groin indigné. C’est vrai que dans ma porcherie, où nous sommes séparés des truies, je n’ai pas la possibilité d’exprimer ma libido comme je voudrais mais je pense aux privilégiés, élevés en plein champ et à toutes les cochonneries qui leurs sont permises.

         Cochons mes frères, il est parmi vous des bêtes qui abusent de leur pouvoir, ils sont si forts, si populaires, si séduisants (même si leur aspect est parfois repoussant) aux yeux de certaines femelles, qu’ils se croient tout permis. Verras mes amis, limitez-vous aux femelles consentantes, elles sont assez nombreuses à vouloir entrer dans votre bauge. Laissez les autres tranquilles. Sinon, ils seront punis ceux qui abusent de la loi du plus porc.

        Bon, le verra dominant est incorrigible, les litres de sperme dont il dispose l’étouffent, il faut qu’il se soulage. Mais les autres, les petits cochons ? En liberté le porc n’est pas méchant. Il peut lécher sa truie sans la déranger, en douceur. Elle est flattée, ravie même, s’il fait ce qu’elle désire sans qu’elle ait besoin de le lui demander. Et si elle n’a pas envie, un petit coup de dent suffira à écarter l’importun, qui ira voir ailleurs.

        Mais dans ce monde tout est compliqué. Nous sommes si nombreux, si pressés les uns contre les autres que tout incident prend des proportions gigantesques. L’odeur d’un porc n’est pas désagréable mais les fragrances d’une porcherie sont insupportables. Et encore, nous n’avons pas l’odeur sur les ordinateurs (les élevages sont maintenant connectés). Nous qui phosphorons trop (à cause des aliments industriels trop riches en phosphore), n’ajoutons pas l’angoisse des autres à notre pauvre vie pour en faire un purgatoire anticipé. Il est des destins autrement cruels, dont nous ne nous soucions guère.

         Les caresses légitimes, au bon moment, peuvent faire oublier toutes les agressions. Les cicatrices restent mais ne font pas forcément souffrir ad vitam æternam (il y a des cochons cultivés aussi).

         Et pour les incorrigibles, je suis pour rétablir la peine de porc !

Celestes telegramme photo

Revue de presse, "Les Célestes, histoires de femmes"

Article du Télégramme du samedi 14 octobre 2017

Celestes telegramme texte modifie 1

Invit 22 octobre

C'est la fête à La Gidouille

      La fête à La Gidouille aura lieu le dimanche 22 octobre 2017 à partir de 15 heures à la Maison des Fontaines, place des Fontaines à Ploeuc sur Lié (22 150). Entrée libre et gratuite.

      Avant-première exceptionnelle. Plus de 25 écrivains seront présents.

      Pour ma part je présenterai une nouvelle (titre: M. Legrand) dans le recueil "Vous qui passez sans me voir" dernière livraison des éditions de La Gidouille.

Honore de balzac 1

Femmes célestes, anges ou démons ?

       En relisant Les chouans d'Honoré de Balzac, je suis tombé sur un paragraphe qui illustre bien mon propos dans Les célestes, histoires de femmes. L'héroïne, Marie de Verneuil a été chargé par Fouché de séduire le chef des chouans, le Marquis de Montauran, pour le livrer à la police. Les deux ennemis tombent éperdument amoureux et se sacrifieront ensemble l'un pour l'autre.

       Balzac aurait-il compris la Femme ? À elles de le dire.

       Marie de Verneuil (en parlant des femmes) :  « Tantôt j'aperçois notre joug, et il me plaît, puis il me semble horrible et je m'y refuse ; tantôt je sens en moi ce désir de dévouement qui rend la femme si noblement belle, puis j'éprouve un désir de domination qui me dévore. Peut-être, est-ce le combat naturel du bon et du mauvais principe qui fait vivre toute créature ici-bas. Ange ou démon, vous l'avez dit. Ah ! ce n'est pas aujourd'hui que je reconnais ma double nature [...] N'avons-nous pas un instinct qui nous fait pressentir en toute chose une perfection à laquelle il est sans doute impossible d'atteindre... »   

De passage 1

[de passage] livre de Martine Pochart chez Angles et Perspectives

[de passage] éditions Angles et perspectives

Texte Martine Pochart, Photographies Joëlle Laurent 

 

            Livre agréable à lire, léger, poétique. Livre de femme, axé sur les sentiments, les impressions, sensuel et pudique. Féminin aussi ce contact avec les gens et les choses par lequel passe la connaissance de l’autre, l’intuition, le désir, l’abandon de soi. Le verbe aimer est conjugué mais le mot amour n’est pas employé. Pourquoi ? Au lecteur de le découvrir.

Le style est limpide. Le récit se déroule à la troisième personne (genre Modiano), comme si l’auteur, qui parle toujours de lui-même, prenait de la distance par rapport à son sujet, l’observait de l’extérieur alors qu’il fouille en lui-même. Il passe de temps en temps à la première personne, ce serait téméraire de tenter d’expliquer pourquoi.

La vie quotidienne semée de temps forts, est exprimée en pensées fugaces ou persistantes, riches ou triviales. Rien n’est figé, nous sommes de passage dans l’existence. Le sujet est inépuisable et beau. C’est celui des poètes.      

Joli livre. Les photos sont à l’unisson, riches de suggestions flottantes, d’impressions qui passent.

G. S.

Couverture

Les célestes histoires de femmes

http://editionsdudesir.fr

http://nouvellesetrecits.com

Les célestes, histoires de femmes

Tour du monde des âmes féminines en vingt récits... Terra incognita.

Quel homme n'a connu de femmes célestes ? Une mère auréolée de lumière, une gamine secrètement adorée à l'école, la fille du premier baiser presque chaste, les amoureuses des tempêtes adolescentes, la femme des nuits veloutées et enfin la vieille dame vénérée dans son aura de soie rose.

Les véritables célestes sont terrestres, anges incarnés, femmes. Elles ont quelque chose  à faire d'essentiel, de grand comme le ciel. Parfois d'être belles tout simplement. De créer ou de bâtir. Ou d'aimer et d'être aimées aussi, d'être vierges ou mamans et de s'élever ainsi, au-dessus de la plate humanité.

Napo macro

Macron vs Napoléon

            Est-ce une illusion ou Emmanuel Macron ressemble à Napoléon Bonaparte ? Macron nouveau Napoléon ? Les contempteurs susurreront coup d'Etat, les zélateurs parleront de volonté (dans la mâchoire), les femmes verront la séduction (dans le regard), les coiffeurs évoqueront la fragilité (les cheveux fins), les politiques jugeront de la droiture (du nez) et les autres n'y verront rien !  

Beaumarchais

Paroles d'hommes politiques, citations et bévues

Beaumarchais faisait dire à Figaro à propos de la politique : « … Mais feindre d’ignorer ce qu’on sait, de savoir tout ce qu’on ignore ; d’entendre ce qu’on ne comprend pas, de ne point ouïr ce qu’on entend ; surtout de pouvoir au-delà de ses forces ; avoir souvent pour grand secret de cacher qu’il n’y en a point ; s’enfermer pour tailler des plumes, et paraître profond quand on n’est, comme on dit, que vide et creux ; jouer bien ou mal un personnage, répandre des espions et pensionner des traîtres ; amollir des cachets, intercepter des lettres, et tâcher d’ennoblir la pauvreté des moyens par l’importance des objets : voilà toute la politique ou je meure ! »

Les hommes politiques ne sont pas plus sots que les autres, cependant ils le paraissent souvent parce qu'ils parlent infiniment plus que leurs concitoyens. Exemple:

 Un élu d’opposition de la ville de Brest s’est écrié un jour à la discussion du budget, en direction de la majorité (de gauche) :« Que vous nous donniez des leçons d’arithmétique est déjà difficile à avaler mais nous n’acceptons pas que vous nous donniez des leçons d’hypocrisie. » Que j’aime ces envolées qui s’écrasent en bout de piste ! Les exemples sont légion, depuis le célèbre : « Le char de l’état navigue sur un volcan. » en passant par « Si c’est possible c’est fait, si c’est impossible ce sera fait. » (mot de M. de Calonne à Marie-Antoinette), ou le tragique « Tout est prêt. J’entends par être prêt, que si la guerre devait durer un an, nous n’aurions pas besoin d’acheter un bouton de guêtre. » (Maréchal Leboeuf le 15 juillet 1870), ou encore le comique Jules Vallès pendant la Commune de Paris : « Je voterai contre la proposition [de Courbet de supprimer Dieu par décret], Dieu ne me gêne pas. Il n’y a que Jésus-Christ que je ne peux pas souffrir comme toutes les réputations surfaites. » La sottise surgit dans le discours improvisé, pour faire gagner la postérité à un modeste parlementaire ou à un Maréchal de défaite.

    

Couv du paradis

Du rififi au paradis, roman policier

Du rififi au paradis

Après les récits de vie, les romans historiques et les nouvelles, je m'attaque maintenant au roman policier, et au plus gros des lecteurs. Car il est bien plus intéressant d'imaginer son voisin découpé en morceaux par un mystérieux psychopathe que de se coltiner les états d'âme d'un vieillard qui se recrée une enfance ou invente des histoires qui se seraient réellement déroulées autrefois. 

Voilà donc un roman policier qui se déroule dans un endroit où nous irons tous, les enfers. Un ministre et un enfant pérégrinent dans l'au-delà à la recherche des coupables de leur mort. Ils vont rencontrer Satan, des anges, un policier de roman, des gens célèbres et même Jésus. Sous l'ésotérisme farfelu on peut lire la critique de nos élites engluées dans la communication de masse. 

Dans toutes les librairies ou sur http://chapitre.com