Le 4 août 1898 l’élève Jules Lecoq reçoit le prix d’excellence à la distribution solennelle des prix, pour ses résultats au Cours supérieur de l’école de garçons de La Vallée, ville d’Amiens. Il s’agit d’un gros livre in-quarto, intitulé "La vie rustique" de A. Theuriet de l’Académie française.
La vie des paysans de la fin du dix-neuvième siècle était pour beaucoup encore très rustique. Les jeunes qui lisaient ce livre à l’époque n’étaient sans doute pas tentés par les métiers de l’agriculture, contrairement aux citadins d’aujourd’hui, partisans du retour à la terre. Mais "La chanson du blé " (Pierre Dupont) résonne toujours dans les champs :
« Chemine, chemine
Pauvre paysan,
Travaille et rumine
Sinon la ruine
Est au bout de l’an. »
La condition des femmes à la ferme y est traitée avec réalisme : « Malgré sa cruelle destinée, la femme accepte sa souffrance avec une courageuse résignation, de même qu’elle accepte, sans trop se révolter, les rudesses et le despotisme du mari. Elle aime à trouver dans son homme un maître, elle préfère être battue que d’avoir affaire à un époux sans énergie. Dès qu’elle s’aperçoit que les rôles sont intervertis et qu’elle mène son mari, elle le méprise, et alors du mépris à l’infidélité elle ne fait qu’une enjambée. Toutefois, il est juste de reconnaître qu’à la campagne, l’infidélité de la femme est rare, et, quand on l’y rencontre, elle est causée le plus souvent par l’abandon ou la sottise du mari... »
Et l’homme : « D’abord, si grossière que soit sont éducation, si animale que soit sont enveloppe, le paysan, comme tous les gens qui travaillent beaucoup, est au fond chaste et continent. Il est sensuel et gourmand dans une certaine mesure mais il n’est pas corrompu […] Sous sa rugueuse écorce, l’homme qui vit en contact avec la terre a une sensibilité tout aussi vive que l’habitant des villes. Il aime, il souffre et il se passionne comme le reste de l’humanité. Il est seulement doué d’une plus forte dose de patience et il exprime plus sobrement ce qu’il sent... »
Finalement : « Le jour où le culte de la terre serait dédaigné chez nous serait l’ultima dies, et nous pourrions dire, ce jour-là que la France est bien finie. La famille paysanne, même avec ses rudesses, ses grossièretés et ses tares, est encore l’élément le plus vivace et le plus sain de la société actuelle, et c’est dans la culture de la terre, dans la vie campagnarde en plein air que la bourgeoisie française devrait désormais chercher le rajeunissement et le salut. »
C’était il y a deux cents ans, aujourd'hui il n’y a plus de culte de la terre ni de rien d'autre (sauf du lucre peut-être, mais il a toujours existé). La civilisation technologique n’a qu’un but, le progrès pour toujours moins d’efforts et plus de profits. Mais les paysans sont toujours là et ils se font entendre. Il faudrait les écouter car nous n’avons pas fini de manger.