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De l'art

      Il est temps de parler de l’art. Pourquoi ? Parce qu’il pleut de la tristesse et de la stupidité. L’art est le refuge de l’humain. Il représente le plaisir sans le désir de possession et de domination. Je ne parle pas ici de l’art qui est une manière déterminée de faire les choses, un métier, mais des Beaux-Arts, ceux que pratiquent les artistes.

      Qu’est-ce que l’art ? Je dirais que c’est un discours. L’art en soi n’existe pas. Il se met à vivre quand on regarde, écoute, touche, sent, goûte la production de l’artiste. Et qu’on en parle, à soi-même éventuellement. L’évocation de l’art fait l’art. Ne dit-on pas : « Ce tableau ne me dit rien » ? Je crois plutôt qu’on n’a rien à dire en le regardant. Pas de discours, pas d’art.

      Le premier discours est imprimé dans l’œuvre par l’artiste. Dans sa tête bouillonnent les idées qui guident sa main. Le second est celui de l’amateur qui fait le chemin inverse et a peu de chance d’y parvenir, sauf dans le cas où l’artiste explique lui-même sa démarche. L’art conceptuel le démontre par l’absurde : prenez une chaise, (ne vous asseyez pas malheureux !) sa photo et une affiche portant sa définition dans le dictionnaire, vous obtenez une œuvre de Joseph Kosuth. Humoristique ? impossible de le savoir, sauf si vous demandez le prix. S’agit-il d’une supercherie ?

      Tant que l’œuvre représente un sujet identifiable ou expressif, le discours repose sur quelque chose d’artistique, l’artiste dans sa grande fantaisie y glisse souvent une provocation, une supercherie, une allusion, une allégorie, que ne saisira pas le vulgum pecus. Le détournement de l’image a été de tout temps un procédé artistique. Michel-Ange ne met-il pas profusion de sexes et de fesses au plafond de la chapelle Sixtine ? Le peintre, torturé par son homosexualité, y trouve peut-être une certaine catharsis mais il se moque sournoisement du pape Jules II qui lui a passé commande.

      Watteau, Fragonard et bien d’autres, excellent dans la suggestion. Une pomme discrètement posée sur une table, un petit bouquet tombé à terre, des draperies rouges évoquant un sexe, en disent plus sur l’amour, la défloration, le désir que les nus anatomiques des pompiers du dix-neuvième siècle.

      Au Louvres, devant le Concert champêtre du Titien, une grosse dame près de moi dit : « Je ne mettrais pas ça dans mon salon, c’est trop osé. » On y voit dans un paysage idyllique, deux bergères grassouillettes, nues et deux musiciens habillés qui ne les regardent même pas. Le sujet paraît parfaitement chaste pour l’amateur d’art mais le thème du tableau est bien la célébration de la chair dans l’harmonie naturelle. Manet le comprendra et provoquera la réprobation générale avec son déjeuner sur l’herbe qui en est crument inspiré. Madame tout le monde avec sa franche naïveté a bien saisi le sens du Concert champêtre. Le connaisseur parfois s’égare, son discours peut perdre de vue et dépasser les intentions de l’artiste.

     Mais si c’était l’artiste qui allait trop loin, avec le soutien des galeristes, des critiques, des collectionneurs millionnaires et même de l’état qui subventionne ? S’il ne reste plus que la supercherie peut-on encore parler d’art ? Exemples d’art contemporain : l’emballage avec des bâches et des cordes de monuments (Christo), vitrine de magasin de souliers avec prix (Don Eddy), tas de charbon (Bernar Venet)… L’auteur du tas de charbon précise : « Le charbon librement posé en tas, libérait la sculpture des a priori de la composition imposée par l’artiste. » Discours, toujours discours, ne resterait-il que ça ?

      Allons encore plus avant : le plug annal vert, intitulé Tree de Paul McCarthy, érigé place Vendôme ou la Merde d’artiste (une boîte de conserve contenant 30 grammes de la merde de Piero Manzoni, vendue récemment 182 500 livres), enfoncent L’origine du monde de Gustave Courbet dans la préhistoire de la provocation.

      Quand une toile ripolinée unie blanche de Cy Twombly peut se vendre 2 millions de dollars, on peut se demander si la défiscalisation des œuvres d’art n’a pas quelques effets pervers. Le tas de charbon signe la disparition de l’artiste, le tableau blanc la disparition de l’œuvre et enfin, le tableau créé par un logiciel d’intelligence artificielle (vendue 432 500 dollars par la maison Christie à New York), scelle la fin de l’un et de l’autre. Restent les richissimes amateurs, qui verront sans doute leurs investissements s’évaporer prochainement avec la fin de l’art.

      Le dernier mot reste à Louis Althusser : selon lui, c’est le cadre même où elle est présentée (musée, galerie…) qui assigne à l’œuvre son statut d’objet d’art. Un philosophe peut donner de la profondeur à n’importe quelle sottise. Quel talent !      

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