Gilbert Siou

Cordeliere 10

Marie la Cordelière

Marie la Cordelière

L'été prochain, les recherches vont reprendre pour retrouver  l'épave de Marie la Cordelière, le navire d'Hervé de Portzmoguer disparu le 10 août 1512 dans le fameux combat de la Pointe Saint-Mathieu contre le Regent de l'amiral Howard.

Extrait de mon livre "Portzmoguer, un corsaire au service d'Anne de Bretagne" (éditions Yoran Embaner)

Le feu a pris sur l’avant, les voiles s’enflamment et propagent l’incendie dans la mâture du Regent. Je profite du moment de flottement que ça provoque, pour sauter sur le pavois et m’extraire de la masse des combattants, si compacte à présent qu’on ne peut plus manier le sabre, les marins se battent à la hache, au couteau. On patauge dans le sang. J’émerge à peine de la mêlée que je reçois comme un coup de masse sur la mâchoire. Je tombe à l’eau. J’enlève prestement ma brigantine pour ne pas couler. Parmi les blessés, les morts, les débris immondes, je m’accroche à un morceau de vergue. Je tâte ma joue, mon doigt passe au travers, mes dents sont en morceaux dans ma bouche. La Cordelière et le Regent s’éloignent lentement, emportés par le courant vers la pointe Saint-Mathieu, le grondement des flammes et le vacarme du combat faiblissent. Un éclair illumine soudain la mer, une explosion dantesque secoue l’air. Un instant, j’ai cru voir sur une intense lueur jaune, les membrures noires de la Cordelière voler en éclats. Des grappes d’hommes sont projetées en l’air. Dans l’avalanche de feu, d’eau, de bois enflammé, de fer qui retombe autour de moi, je distingue le Regent qui sombre. Le château émerge encore un peu puis, dans un bruit de digestion atroce, il disparaît dans les bouillonnements de la mer. Je suis sauf. Le silence soudain bourdonne dans mon crâne. Des voix appellent à l’aide, étrangement humaines après cette apocalypse. Il n’y a plus que des débris à la surface et quelques hommes éperdus, mutilés, sanglants, ou morts. Les Anglais ont mis des embarcations à l’eau et repêchent les rescapés, bientôt aidés par les pêcheurs de Bertheaume et du Conquet. Nous ne sommes que vingt survivants de Marie la Cordelière et soixante du Regent, pour près de deux mille victimes. Au soir, les Anglais ont quitté les lieux. Ils rentrent, trop éprouvés pour continuer à se battre. Chaque camp chantera victoire en rendant hommage à son adversaire, pour mieux faire valoir son propre héroïsme. Et moi, Jean de Coatmanac’h, sire de Touronce et de Poncelin, j’ai ces souvenirs atroces gravés sur mon visage en d’horribles cicatrices. Un autre survivant, Martin Le Nault du Conquet, le maître d’équipage de la Cordelière, peut lui aussi témoigner de ce que j’ai vu.

*

Les poètes et les historiographes n’ont plus qu’à se mettre à l’ouvrage pour la gloire de Portzmoguer et de la Bretagne. Ils feront pleurer la reine Anne, qui aimait tant son vaisseau, Marie la Cordelière et son vaillant capitaine. Ce 10 août 1512, Hervé de Portzmoguer dit Primauguet ne pouvant vaincre est mort en héros.

 

Vous qui passez couverture

Vous qui passez sans me voir

www.lagidouille.fr

    Le dernier recueil de nouvelles de La Gidouille vient de paraître.  Pour son  cinquième " Variations " La Gidouille a largement diffusé une idée directrice et large : " Vous qui passez sans me voir "

    Les auteurs, connus et aguerris ou amateurs et prometteurs, sont issus de toute la France, du nord au sud, de l'est à l'ouest. On s'amuse, on rit, on pleure, on frissonne, on tremble, en un mot, cette lecture de textes courts est aussi variée dans la forme (dessins, prose, poésie) que dans le ton. Un excellent cru. (Extrait de la quatrième de couverture)

    Ma contribution dans ce livre, est une nouvelle intitulée " M. Legrand ", qui raconte l'histoire de ce garagiste qui aimait trop les fraises des bois. Etonnant non ?

Invit 22 octobre

C'est la fête à La Gidouille

      La fête à La Gidouille aura lieu le dimanche 22 octobre 2017 à partir de 15 heures à la Maison des Fontaines, place des Fontaines à Ploeuc sur Lié (22 150). Entrée libre et gratuite.

      Avant-première exceptionnelle. Plus de 25 écrivains seront présents.

      Pour ma part je présenterai une nouvelle (titre: M. Legrand) dans le recueil "Vous qui passez sans me voir" dernière livraison des éditions de La Gidouille.

220px maurice grevisse

L'accord des noms et adjectifs par le Dr Tewfick-Pacha

Eloge de l'orthographe française (suite)

Par le Dr Tewfick-Pacha de l'université d'Eyoub

 

Le pluriel des noms et adjectifs

 

           Le petit Jules a écrit : « Les maison sont rose.» Horreur ! La maman sanglote, ses larmes tombent sur la dictée fatale, l’encre se dilue dans les pleurs et forme sur le papier des petits nuages très beaux. Le papa considère le zéro en dictée comme un échec personnel. Ses petits spermatozoïdes n’ont pas transmis son don pour l’orthographe à son rejeton, ne serait-il pas son fils ? Il hésite entre la gifle interdite et l’insulte infâmante mais il se tait. La souffrance lui clôt le bec avec un accent circonflexe.

          Comment est-t-il possible qu’une règle aussi simple ne soit pas appliquée, sinon comprise, par un enfant de huit ans normalement constitué ? Jules n’est pas un imbécile, il a dépanné son père qui s’apprêtait à jeter son ordinateur par la fenêtre de désespoir, il le bat régulièrement au football en jeu vidéo. Il se sert couramment du four à micro-ondes, (ses parents oublient parfois de lui préparer à manger) sans avoir jamais lu la notice. Ce n’est pas un génie non plus. Les tables de multiplications n’ont pas accès à son cerveau. Pour trouver combien font 9 fois 7, il utilise une méthode digitale, complexe et lente, d’origine chinoise, trouvée sur internet. Ça marche, à condition de disposer d’un délai suffisant.

           Pourquoi n’applique-t-il pas la règle élémentaire de l’accord des noms et des adjectifs ? Il paraît naturel à Jules d’écrire : « Les maison. » Ça ne le choque pas le moins du monde. Il y a plusieurs objets nommés maison, comme l’indique l’article défini pluriel les placé devant. Il n’est donc pas logique de mettre un s à maison qui est une unité (un concept si on est architecte). Ni nécessaire pour la compréhension. La multiplicité des constructions est suffisamment indiquée par l’article (déterminant). Si on avait écrit maisons tout seul le pluriel aurait été nécessaire mais avec les… En poussant le raisonnement à son terme, il faudrait donc dire les cheval.

          Certains pluriels sont irréguliers. Les premiers mots balbutiés par nos ancêtres n’avaient peut-être pas pour support une grammaire élaborée afin de communiquer sans ambigüité (tolérance orthographique sur la position du tréma). Ils n’avaient pas encore l’Académie française et ne recevait pas le Journal officiel, pourtant indispensables de nos jours. Pour dire : « Je vois des chevaux dans la plaine» et avertir le sorcier d’allumer le feu, parce qu’on allait bientôt manger, Naoh depuis son observatoire s’écriait : « Arrh ! Cheval, o ! Miam miam. » Le o, exclamation marquant une vive approbation, signalait donc qu’il y avait plusieurs cheval, contracté depuis en chevaux. Farfelu ? Peut-être pas. Bien plus tard, en ancien français, la forme de l’affirmation variait suivant qu’elle engageait la première personne (o je), la seconde (o tu) la troisième (o il). C’est cette dernière qui s’est fixée d’abord en oil puis en oui. Le miam miam quant à lui, ne nécessite pas d’explication car il est toujours usité de nos jours. La civilisation en a fait le verbe manger.  

           Jules n’a pas non plus accordé l’adjectif rose. Il a pensé : des maisons de couleur rose. On peut en effet, induire de la tournure de la phrase que les maisons sont uniformément roses, et que, par conséquent, il n’y a qu’un rose. Donc par suite, la couleur ne prendrait pas d’s. Là, l’ange bleu du bord de la route grammaticale nationale française rétorque : « Halte-là, ce n’est pas des maisons de couleur rose, c’est des maisons roses. » L’impertinent Jules aurait remarqué sournoisement : « Ce sont et non pas c’est… » Ce en quoi il n’aurait pas eu tout à fait raison, l’accord insolite du verbe avec l’attribut étant légèrement archaïsant, bien que toujours régulièrement pratiqué par la dame de la météo à la télé. Pardonnons à Jules, il n’a que huit ans !  Mais il y a plus, dommage pour Jules que la couleur rose n’aie pas eu une nuance, rose bonbon par exemple (mais bonbon aurait posé un autre problème d’exception du m devant le b ou le p). C’est l’accord qui aurait été fautif. Pourquoi ? Parce qu’on dit : des maisons de couleur rose bonbon. Quand le rose est bonbon, la couleur est sous entendue, quand il ne l’est pas il ne s’agit pas d’une couleur, les maisons sont roses comme elles seraient grandes ou laides, un point c’est tout. Si vous n’êtes pas contents adressez-vous à M. Grévisse ! Mais il y a plus (encore !) si les maisons avaient été marron, il n’y aurait pas eu d’accord non plus car la couleur des fleurs et des fruits ne s’accorde pas avec celle des maisons (sauf pour rose, mauve, pourpre… qui s’accordent). On peut dire marron, de la couleur du marron, fruit du marronnier. Aïeu ! On se mord la queue, on y perd son latin, on est perdu. La dialectique a ses limites en orthographe, qui elle, n’en a pas. Voilà sa gloire, notre espérance et notre soutien (cantique chrétien qui glorifie les mystères de Dieu à l’égal des arcanes de l’orthographe française). Jules sait bien, quand il fera sa communion (ou sa bar Mitzvah), qu’il aura plus de chances d’aller au paradis que de faire une dictée sans fautes.

Couv du paradis

Du rififi au paradis, roman policier

Du rififi au paradis

Après les récits de vie, les romans historiques et les nouvelles, je m'attaque maintenant au roman policier, et au plus gros des lecteurs. Car il est bien plus intéressant d'imaginer son voisin découpé en morceaux par un mystérieux psychopathe que de se coltiner les états d'âme d'un vieillard qui se recrée une enfance ou invente des histoires qui se seraient réellement déroulées autrefois. 

Voilà donc un roman policier qui se déroule dans un endroit où nous irons tous, les enfers. Un ministre et un enfant pérégrinent dans l'au-delà à la recherche des coupables de leur mort. Ils vont rencontrer Satan, des anges, un policier de roman, des gens célèbres et même Jésus. Sous l'ésotérisme farfelu on peut lire la critique de nos élites engluées dans la communication de masse. 

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