Macron

Bobo

Le roi Bobo

Le Roi Bobo

Régnait sur le pays Bougon,

Au pied des falaises de marbre.

Il était jeune, il était beau,

Bien plus cultivé que ses sujets.

Et plein de bonne volonté.

Il n’avait qu’un défaut,

Il était un peu sourd.

Il confondait facilement les rugissements du lion

Avec le chant des cigales.

Dans la savane désolée,

Brûlée par un réchauffement venu d’ailleurs,

Le peuple du totem au casque ailé

Réclamait plus à manger.

Le Roi Bobo répondit :

« Mangez-vous les uns les autres »

Suivant la doctrine qu’on lui avait enseignée

À l’école des Rois bobos.

Mais le peuple de la savane

Était justement celui qui était mangé

Et n’avait plus personne à dévorer.

Alors le Roi Bobo se mit à la tête de sa tribu

Et se mit à marcher.

Sous ses pas, l’herbe reverdissait,

Les zébus donnaient du lait

Les lions fièrement, apportaient la paix,

Les abeilles faisaient leur miel

Et les frelons retournaient benoîtement en Asie.

Cependant, le royaume du Roi Bobo,

Plus fier que riche,

Vassal de plus fortunés que lui,

Était tout petit.

Quand il eut fait le tour de sa case,

Le Roi Bobo rentra chez lui, satisfait :

« Pour organiser la prospérité

Il faut généraliser la misère.

Tout ira de mieux en mieux,

Les vieillards iront travailler,

Les jeunes ne perdront plus leur temps

En études inutiles,

Et les laborieux seront récompensées. »

Alors la confiance dans le Roi Bobo,

Fléchit un peu chez les Bougons.

Le peuple lui fit cadeau

D’un appareil auditif doré

(C’est bien le moins pour un Roi)

Qu’il ne sut pas utiliser…

 

Et toujours le chant des griots montait le soir,

Désespéré, triste et menaçant,

Dans la fumée du feu de pneus allumé sur la grand’ place.

Mais Bobo n’entendait pas

La voix des Bougons.

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Du personnel aux ressources humaines

     Image du film Métropolis de Fritz Lang (1927) 

     Depuis les années 80 le terme ressources humaines s’est généralisé. Directeur des ressources humaines, Chef des ressources humaines, gestion des ressources humaines.  Dans l’industrie puis dans l’administration, ce changement de désignation des Chefs du personnel a fait florès. Ça m’avait beaucoup choqué à l’époque. Pourquoi les ouvriers et les employés sont-ils passés du rang de personne à celui de ressource ? On emploie une personne, on exploite une ressource.

     Bien sûr, les humanistes qui dirigent nos administrations et grandes entreprises n’ont pas voulu réduire les employés à du matériel inerte. Bien au contraire, en même temps se développaient les techniques japonaises d’amélioration de la qualité, de la productivité et de la réduction des coûts, qui font largement participer les opérateurs (analyse de la valeur, cercles de qualité par exemple). Après l’organisation scientifique du travail d’inspiration taylorienne, qui n’avait pour but que de produire plus à moindre coût (les cadences infernales), vint l’organisation concertée visant à maîtriser la qualité, tout en améliorant les conditions de travail, l’hygiène et la sécurité. Tout cela en emportant l’adhésion des personnels aux nouvelles méthodes (motivation). La réduction des coûts en découlant dans le meilleur des cas, à la satisfaction générale.

     Pourquoi alors le Personnel est-il devenu Ressources humaines ? L’expression est probablement issue du vocabulaire de la planification industrielle PERT (Program Evaluation and Review Technic inventée par les Américains pour la réalisation de leur programme de missiles stratégiques Polaris en 1958), où l’homme est considéré comme un moyen, une ressource, pour la réalisation d’une tâche, au même titre que les matières, machines, logiciels, etc. L’homme était entré dans l’ordinateur. Il n’en sortira plus.

     Mais on ne peut mettre une personne en entier dans un calculateur, fût-il doté d’intelligence artificielle. Un ordinateur calcule, il ne peut comprendre. Le sens des informations lui échappe. Pour le PERT une tâche a besoin de tant de bonhommes, c’est tout (les poilus de la guerre de 14 se nommaient ainsi, c’est dire si leur vie individuelle comptait peu). Les DRH gèrent des personnes entières, avec leurs caractères propres. Les 80 kilos de Marie n’ont rien à voir avec les 80 kg de Lucien et encore moins avec 80 kg de poulets morts pendus par les pattes.

      Il est donc inadmissible de traiter les gens comme des ressources. On aurait pu croire que l’Administration ne serait pas entrée dans ce système. La gestion bienveillante des personnels qui existait dans les bureaux, il y a peu encore, a volé en éclat. Les ressources humaines ne sont plus traitées avec humanité ! La technocratie a pris le pouvoir, c’est l’expert qui décide. Ses décisions sont incontestables puisqu’elles sont justifiées par des chiffres. On oublie juste de compter les arrêts maladie, les dépressions et les suicides. Et le service public qui se délite. Le plus terrible serait de confier le gouvernement de la France aux technocrates… Avec Emmanuel Macron c’est fait.

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Le jargon de Macron

Le jargon de Macron

 

Est-ce volontairement, par mimétisme mou ou courtisanerie que les journalistes, les hommes politiques et ceux qui parlent en public en général, imitent le style du Président de la République française ? Quant à l’expression écrite utilisée par les épigones qui utilisent ses tournures et périphrases, malheur à eux quand on les relira dans cinq ans (ce qui est peu probable), ils passeront pour des bêtes qui ne savent pas écrire.

Quand il dit : « Les convictions qui sont les miennes », « L’élan qui est le vôtre », etc. il n’est pas judicieux de le copier. On dira seulement : mes convictions ou votre élan. Certes la version courte a moins de poids mais, est-il nécessaire dans le discours, de mettre autant de lourdeur ? « C’est cela que nous ferons » ou « c’est cela que j’attends de vous » manque de la concision et de l’élégance qui font plus, pour la compréhension et l’efficacité, que les tournures alambiquées qui sentent la sueur des communicants. Enfin les « celles et ceux », « toutes et tous », les « femmes et les hommes de ce pays », l’obligation qu’il se fait, de séparer les citoyennes des citoyens, ne va pas dans le sens de l’égalité des salaires ! Ce serait plutôt un encouragement pour l’écriture inclusive, condamnée comme un péril mortel par l’Académie française et que tous les lèche-cul s’empressent d’adopter. Le discours croquignolesque de la pyramide du Louvres est l’exemple de longueurs et de répétitions, digne des meilleurs orateurs soviétiques et, en même temps, il avait bien le droit de se faire plaisir, il avait gagné après tout.

Tous les Présidents ont aimé utiliser des mots rares, originaux ou incongrus qui resteront attachés à leur nom. De Gaulle avait la « chienlit » et le « quarteron de généraux ». Pompidou cite Paul Eluard à propos du suicide de Gabrielle Russier : « Comprenne qui voudra ! ». Giscard d’Estaing nous quitte avec son « Au revoir » pathétique et ridicule. Le « ni ni » de Mitterrand en 1988, ni de droite ni de gauche, fait florès aujourd’hui. « l’abracadabrantesque » sauve Chirac qui ne trouve pas d’autres arguments pour réfuter le financement occulte du RPR. Puis le « casse toi pauvre con » de Sarkozy qui se passe de commentaires, les « sans dents » de François Hollande et pour finir ceux qui « foutent le bordel » du « plus cultivé que la moyenne », à Egletons.

Ce n’est pas sûr que les « galimatias » et « poudre de perlimpinpin » s’imposeront à l’histoire de France. À la vacuité habituelle du discours politique on voit s’ajouter la vulgarité, il est vrai prise sur le vif par des journalistes de plus en plus importuns. L’outrance dans le discours fait rire, quand le Président singe un prof de lettres dans son discours de Francfort, la traduction instantanée a dû donner du fil à retordre aux interprètes allemands, avec les caveat, totipotent, irrédentisme et autres rhizome du terrorisme.          

Enfin notre président, le plus cruel technocrate de la cinquième, utilise le langage de l’entreprise et des managers, comme si les Français (j’aurais dû dire les Françaises et les Français) étaient ses employés (c’est le contraire à mon avis). Il nous faut « faire notre propre introspection pour faire bouger les lignes » car « Le sentiment du progrès établit un horizon psychologique créant cette conviction intime que si on y travaille, la vie sera peut-être meilleure pour soi demain ». « Intervenir avec intelligence », « Le dialogue doit être exigeant », « la réorganisation responsable », nous devons « réinventer le projet »... On se croirait en salle de réunion, quand le patron secoue (remotive) ses troupes… ou prépare un plan de licenciement.

Décidément, la cinquième république nous dote de Présidents peu banals.

Napo macro

Macron vs Napoléon

            Est-ce une illusion ou Emmanuel Macron ressemble à Napoléon Bonaparte ? Macron nouveau Napoléon ? Les contempteurs susurreront coup d'Etat, les zélateurs parleront de volonté (dans la mâchoire), les femmes verront la séduction (dans le regard), les coiffeurs évoqueront la fragilité (les cheveux fins), les politiques jugeront de la droiture (du nez) et les autres n'y verront rien !

        Napoléon tirait l'oreille des grognards après la victoire. N'a-t-on pas vu Macron caresser la joue et tirer l'oreille de Gérard Collomb lors de son triomphe à l'Elysée ? Le Président aime le contact des gens. Les Rois guérissaient les écrouelles après leur sacre et l'Empereur touchaient les pestiférés à Jaffa. La fonction régalienne inclut le miracle de la guérison mais peut-on guérir la France ?