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Bourgeoisie

Le bobo des villes et le bobo des champs

siou-gilbert Par Le 07/10/2021 0

(Mes excuses à M. De La Fontaine)

Le bobo des villes a invité le bobo des champs à dîner.

Un dîner en ville élégant comme il se doit,

Avec des personnalités presque ministres

Des femmes d’esprit, des jolies journalistes.

La chère sera saine, goûteuse et rare. De grand choix.

 

Le bobo des champs est parti au point du jour

Dans sa voiture de collection à pétrole,

Mais son véhicule est interdit de séjour

Dans ce quartier huppé de la métropole,

Où dorment les SUV propres, rechargeables et lourds.

 

Le bobo des champs arrive enfin en taxi.

Son épouse, à la maîtresse de maison ravie,

Offre un panier de légumes de leur jardin,

Bios évidemment, issus de tous leurs soins.

On s’extasie à la ronde sur leur aspect moche.

Certains demandent ce que c’est, fruit ou légume ?

Et chacun feint de s’intéresser, tâte et hume.

 

Le dîner est chic, le vin bio coule à flot.

Car ça ne peut pas faire de mal la bamboche,

Non plus le quinoa andin des hauts plateaux,

Ou le cher tabac récréatif marocain.

On parle arbres, qualité de l’air, jus d’agrumes,

Lisier, labourage, pesticides enfin.

Le bobo des villes approuve sans écouter.

La ville est trop sale, bruyante et polluée.

Il pense bien à s’installer à la campagne.

Rendez-vous est pris pour un week-end prolongé

En région Bretagne, chez le bobo des champs.

 

« J’ai galéré pour trouver la propriété

Le GPS vous mettait en Afghanistan ! »

Dit le bobo des villes depuis son auto

4x4 hybride de 300 chevaux,

Avec une boîte automatique à crabots.

« Nous avons pris des bottes – Vous avez raison,

Il a un peu plu, mais ce n’est pas la saison. »

 

Après la visite du jardin potager,

De la chèvre, de la brebis, du poulailler,

Des fleurs, et des paillages en ardoise d’Anger,

Au fond du jardin, le bobo des champs s’excuse :

« J’en pouvais plus de débroussailler le talus

C’est plus propre, J’ai mis du plastique dessus.»

Au composteur, le bobo des villes accuse :

« C’est étrange, il ne sent rien ton fumier !

– Il ne fonctionne pas, je ne sais pas pourquoi.

– C’est le bio, c’est trop sain, ça ne pourrit pas ! »

Affirme le bobo des villes en riant.

 

Tous à table ! Le maire écolo est venu

Avec sa femme, ancienne hippie toute fripée,

Habillée en coton bio équitable

Des chaussettes au turban, sandales confortables

Fabriquées en Inde dans de vieux pneus.

La conversation est confuse, au mieux,

Mais inclusive, c’est fini le new-âge

Et les chakras, on peut évoquer les varices.

Le maire défend la cause du coq Maurice,

Qui sonne le réveil à quatre heures du matin.

Le bobo des champs aime bien le coq au vin.

Les cloches du curé sont aussi un problème

Mais à ce niveau on est plutôt sur le thème

Du père Dupanloup, que bientôt on chante,

(On a fait des études, ce n’est pas pour rien)

Et que la campagne est belle, ravissante,

Sa poésie est presque d’un ordre divin,

On évoque Watteau et ses fêtes galantes.

 

La nuit a été belle, personne n’a vomi.

« Il vaut mieux pas être malade, a dit le maire,

Et ne cherchez pas, le plus proche médecin

N’exerce pas sur le même méridien.

Heureusement qu’on peut voir un vétérinaire

Qui est expert en maladies du coin. »

 

À quatre heures du matin Maurice réveille

Ceux qui ont pu dormir, sur l’une ou l’autre oreille.

Des fragrances odieuses se répandent,

C’est dimanche, jour d’épandage du lisier.

Les moustiques repus vont se reproduire

Et les mouches se mettent intensément à bruire.

L’hôtesse s’excuse, pour les croissants surgelés,  

L’excellent boulanger du village est parti.

Il a fait fortune comme plombier à Paris.

 

Le bobo des villes remercie le bobo

Des champs, pour son accueil, son fromage, ses légumes

Son eau de vie artisanale et son champagne.

Il est résolu à habiter la campagne

Là où il n’y a pas d’agriculteur, de coq et de curé.

Avec le prix de son six pièces, une fortune,

Il se paiera 120 hectares de forêt

Murée, autour d’un château de prince charmant.

Et chaque matin dès l’aube, il se fera livrer,

Les croissants tout chauds, par un esclave à vélo.

*

 
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