écriture inclusive

Marie de france

Ecriture inclusive

   Maintenant que la polémique s’est (provisoirement) assoupie, grâce à Johnny Halliday et au Prince Harry, nous pourrons peut-être, parler plus sereinement de la fameuse écriture inclusive.

    Qu’est-ce que c’est ? Cette manière d’écrire consiste à inclure le féminin, entrecoupé de points milieu [·] dans les noms pour le rendre visible. On écrira par exemple : agriculteur· rice·s, ou artisan· e·s, etc…  M. Mélanchon, toujours à la pointe du progrès, écrit : sindicat·e·s. Les adjectifs et pronoms n’échappent pas à la règle : ils·elle·s, celui·elle, ceux·elles, du·de la, etc.

    Mais ce n’est pas tout, pour les déterminants l’ordre alphabétique intervient, on écrira : la·le journaliste, à la·au maire, de la·du fonctionnaire, etc. Ordre alphabétique aussi pour une énumération des termes d’un groupe. Exemple : enfants, femmes, hommes. Cela dans le but de ne pas mettre systématiquement le féminin en premier par galanterie (la honte si un masculin vous cède sa place)

    Et plus encore : l’écriture inclusive préconise l’accord de proximité. Exemple : les hommes et les femmes sont belles, mais si on applique la règle précédente (l’ordre alphabétique), on écrira les femmes et les hommes sont beaux. L’accord de proximité tombé en désuétude depuis le Moyen âge, quand le français vagissait dans ses langes, ne semble pas être un progrès pour le féminisme en fin de compte.

    L’orthographe, pour moi qui écris, est une obsession permanente due sans doute à la jambe de bois de mon maître à l’école primaire. Comme elle l’orthographe est raide, injuste, peu pratique, irréfragable et la déréliction qui me prend en face d’un mot indécis, est comparable à la solitude du dompteur dans sa cage. Alors l’écriture inclusive ne fera qu’ajouter des clous à ma croix. Des clous en forme de point milieu.

   Pourquoi l’écriture inclusive ? On l’a dit, pour rendre plus visible le genre féminin. Y aurait-il dans le maquis de la langue, une guérilla entre le féminin et le masculin ? Des guerrières rampant dans les broussailles, se lancent à l’assaut des fermes isolées où l’Académie tient ses séances secrètes et élève des cochons. Les porcs s’enfuient au vacarme de la bataille. Ils s’avoueront bientôt vaincus et viendront lécher la main de qui veut leur mort. Chefs de parti, extrémistes de gauche, populistes, chefs d’entreprise et lèche-bottes de tous horizons, viendront en chemise, cravate au cou, demander pardon de n’avoir pas compris plus tôt qui était le plus fort.          

    « Celui qui dicte les termes du débat, domine les débats » (Michel Foucault, ou un autre structuraliste avec une queue et une tête). La novlangue est indispensable aux tyrans. En politique les termes sont manipulés sans scrupule. Plus c’est gros mieux ça passe. Les Nazis : « Action Erntefest » (opération festival de la récolte) pour l’élimination des Juifs de Pologne, « Groß Lüge » (grand mensonge) technique de propagande produisant les plus gros mensonges possibles pour que personne ne puisse douter qu’ils soient vrais. Les Communistes quant à eux, actualisent les termes usés : prolétaire se dit travailleur, le Lupemproletariat (prolétaires en haillons) devient les pauvres tout simplement, les bourgeois sont les riches, les capitalistes des patrons et la révolution n’est plus qu’une transformation sociale. On peut multiplier les exemples, jusqu’au nom des pays : Républiques démocratiques de tout poil (on vient d’inventer le terme démocrature plus approprié pour les démocraties-dictatures), le Burkina Faso pays des hommes intègres (morts sans doute), le Pakistan pays des purs, le Salvador qui aurait grand besoin d’un sauveur, etc.

   On le voit, les oppresseurs manipulent le langage bien plus facilement que les opprimés. A-t-on traduit la bible en verlan ? Je serais curieux d’entendre la lecture d’un lai de Marie de France réécrit en écriture inclusive. Ne dit-elle pas :

                    « Tels purchace le mal d’altrui,                   « Tel qui dénonce le mal d’autrui,

                     Dunt tuz li mals revert sur lui. »               Voit tout le mal se retourner contre lui. »

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Le jargon de Macron

Le jargon de Macron

 

Est-ce volontairement, par mimétisme mou ou courtisanerie que les journalistes, les hommes politiques et ceux qui parlent en public en général, imitent le style du Président de la République française ? Quant à l’expression écrite utilisée par les épigones qui utilisent ses tournures et périphrases, malheur à eux quand on les relira dans cinq ans (ce qui est peu probable), ils passeront pour des bêtes qui ne savent pas écrire.

Quand il dit : « Les convictions qui sont les miennes », « L’élan qui est le vôtre », etc. il n’est pas judicieux de le copier. On dira seulement : mes convictions ou votre élan. Certes la version courte a moins de poids mais, est-il nécessaire dans le discours, de mettre autant de lourdeur ? « C’est cela que nous ferons » ou « c’est cela que j’attends de vous » manque de la concision et de l’élégance qui font plus, pour la compréhension et l’efficacité, que les tournures alambiquées qui sentent la sueur des communicants. Enfin les « celles et ceux », « toutes et tous », les « femmes et les hommes de ce pays », l’obligation qu’il se fait, de séparer les citoyennes des citoyens, ne va pas dans le sens de l’égalité des salaires ! Ce serait plutôt un encouragement pour l’écriture inclusive, condamnée comme un péril mortel par l’Académie française et que tous les lèche-cul s’empressent d’adopter. Le discours croquignolesque de la pyramide du Louvres est l’exemple de longueurs et de répétitions, digne des meilleurs orateurs soviétiques et, en même temps, il avait bien le droit de se faire plaisir, il avait gagné après tout.

Tous les Présidents ont aimé utiliser des mots rares, originaux ou incongrus qui resteront attachés à leur nom. De Gaulle avait la « chienlit » et le « quarteron de généraux ». Pompidou cite Paul Eluard à propos du suicide de Gabrielle Russier : « Comprenne qui voudra ! ». Giscard d’Estaing nous quitte avec son « Au revoir » pathétique et ridicule. Le « ni ni » de Mitterrand en 1988, ni de droite ni de gauche, fait florès aujourd’hui. « l’abracadabrantesque » sauve Chirac qui ne trouve pas d’autres arguments pour réfuter le financement occulte du RPR. Puis le « casse toi pauvre con » de Sarkozy qui se passe de commentaires, les « sans dents » de François Hollande et pour finir ceux qui « foutent le bordel » du « plus cultivé que la moyenne », à Egletons.

Ce n’est pas sûr que les « galimatias » et « poudre de perlimpinpin » s’imposeront à l’histoire de France. À la vacuité habituelle du discours politique on voit s’ajouter la vulgarité, il est vrai prise sur le vif par des journalistes de plus en plus importuns. L’outrance dans le discours fait rire, quand le Président singe un prof de lettres dans son discours de Francfort, la traduction instantanée a dû donner du fil à retordre aux interprètes allemands, avec les caveat, totipotent, irrédentisme et autres rhizome du terrorisme.          

Enfin notre président, le plus cruel technocrate de la cinquième, utilise le langage de l’entreprise et des managers, comme si les Français (j’aurais dû dire les Françaises et les Français) étaient ses employés (c’est le contraire à mon avis). Il nous faut « faire notre propre introspection pour faire bouger les lignes » car « Le sentiment du progrès établit un horizon psychologique créant cette conviction intime que si on y travaille, la vie sera peut-être meilleure pour soi demain ». « Intervenir avec intelligence », « Le dialogue doit être exigeant », « la réorganisation responsable », nous devons « réinventer le projet »... On se croirait en salle de réunion, quand le patron secoue (remotive) ses troupes… ou prépare un plan de licenciement.

Décidément, la cinquième république nous dote de Présidents peu banals.