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Blog

Non au plastique, mais sauver sa vie d'abord, Non à la guerre

Non au plastique

Par Le 03/05/2022

        À la une du Télégramme du 22 avril 2022, une photo titrée « Marioupol, la chute ». On y voit une femme plutôt jeune, tirant un caddie où sont ficelés plusieurs sacs. Elle est chaudement vêtue, porte des chaussures de marche en bon état et un sac-à-dos. Elle tient à la main, un sac en toile où il est écrit : « No to plastic » et « Stop au plastique ». Le sol est jonché de débris, de tôles tordues, derrière elle on peut voir un abribus défoncé et des immeubles éventrés et noircis à perte de vue.
        Elle regarde en arrière avec un rictus douloureux, comme si elle attendait quelqu’un, (sans doute un enfant car elle baisse un peu la tête) ou jette un dernier regard sur son passé en ruine. Personne d’autre sur la photo sauf au loin, un secouriste peut-être, vêtu de blanc et de rouge. La femme a pris l’essentiel de ses affaires et s’est préparée à l’exode. À passer des nuits dehors. À survivre sur ses propres ressources pendant plusieurs jours. Le sac de la femme porte, curieusement en français et en anglais, une injonction contre le plastique. Peut-être songe-t-elle maintenant, à sauver sa vie. D’abord.
       La guerre ! À la télévision ! Des morts partout, suppliciés, des ruines, comme à Brest à la libération et des massacres perpétrés par les troupes en retraite (Gouesnou, Plouvien…) La civilisation n’a-t-elle donc fait aucun progrès en 80 ans ? La guerre des images (manipulées ou non) fait rage. J’ai pensé au début, qu’elles pourraient enrayer le conflit et qu’une protestation générale pourrait entrainer un armistice. Mais la télévision et le cinéma ont tellement banalisé les images d’horreur et de crime, que le public blasé, anesthésié en quelque sorte, ne réagit que par une compassion humanitaire, insuffisante pour arrêter les hostilités. Et l’opinion russe, qui pourrait faire cesser la guerre, assommée par la propagande, ne réagit pas efficacement.  
        Wladimir Poutine pense sans doute comme le héros de Michel Houellebecq dans anéantir : « Une guerre est le moyen le plus sûr de ressouder une nation, et d’améliorer la popularité du chef de l’État. » Cynisme absolu mais très répandu !

       Lénine écrivait en 1902 : Que faire ? Un livre sur la stratégie à adopter pour asseoir le pouvoir communiste en Russie. Il a mis 15 ans et une guerre mondiale pour y parvenir. Cent ans après, nous en subissons encore les terrifiantes conséquences. On ne se débarrassera jamais de la guerre, peut-être du plastique ?

 

Faut-il opposer les droits de l’individu à l’intérêt général ?

De l'intérêt général

Par Le 20/04/2022

L’intérêt général semble à priori une notion simple qui devrait recevoir l’adhésion de tout le monde. Cependant la société est composée d’individus. Il n’y a pas de société, il n’y a que des individus (Margareth Thatcher), selon la tradition anglo-saxonne. Ce n’est pas du tout la nôtre. Faut-il opposer les intérêts de l’individu à l’intérêt général ? Les droits de l’homme à l’État de droit ?

 Il faut donc commencer par définir les droits de l’homme et du citoyen (l’individu). La démocratie doit s’appuyer sur ces droits pour construire la société. Celle-ci est issue de la souveraineté du peuple qui s’exprimera par ses représentants ou directement par référendum (c’est la Constitution de la France qui le dit). Mais la souveraineté du peuple est-elle garante de l’intérêt général ?

 Au passage, il faut retenir que la souveraineté du peuple est remise en cause par le développement considérable des normes supranationales de source oligarchique (non démocratique), qui font primer le droit européen sur le droit national, y compris sur la Constitution de l’État. Constitution qui prévoit d’ailleurs, la prééminence des traités internationaux sur le droit français (Titre VI art. 55)

À partir du moment où une société est fondée sur des individus pour lesquels tout désir devient un besoin et tout besoin et devient un droit, on n’arrive plus à formuler un intérêt général (Bertrand Mathieu). Le développement de l’individualisme et du moralisme à la carte pourrait-on dire, mettent à mal l’État de droit. La religion n’est plus là pour mettre des limites claires et chaque individu, dans le cadre de la loi (ou non) peut, au nom des droits de l’homme, nuire gravement à l’intérêt général. Le développement du tourisme de masse en est un exemple parmi tant d’autres (droit à la libre circulation, art. 13 de la Déclaration universelle des droits de l’homme). Enfin, il n’y a rien dans la Déclaration des droits de l’homme de 1789 qui pourrait justifier la tyrannie des minorités (Philippe Raynaud).   

Il ne faut pas confondre l’État de droit et des tas de droits. (Guy Carcassonne). Éric Zemmour quant à lui, estime que l’État de droit n’a rien à voir avec la démocratie. Mise à part la provocation, on peut se demander si le gouvernement des juges, qui tend à s’installer, (l’interprétation des lois et uniquement cela) n’est pas au fond injuste, ou manque d’humanité : Dura lex, sed lex, formule qui n’a rien à voir avec les préservatifs.

Au-delà des mots et des arguties, la démocratie (même représentative) est le meilleur des systèmes car elle est fondée sur la liberté. La majorité élue décide de l’intérêt général, qui parfois peut imposer des privations de libertés individuelles (confinement covid par exemple) ou des répressions cruelles. Et si le peuple n’est pas content, il lui reste historiquement le droit à l’insurrection (art. 35 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1793, article non retenu dans les Constitutions de 1946 et 1958).

Finalement, l’intérêt général en démocratie, dépend plus de l’attitude individuelle de chaque citoyen que de l’État de droit. C’est ce qu’on appelle le civisme.

Exode des Brestois pendant le siège de la vile, août 1944.

L'exode

Par Le 29/03/2022

Le terrible exode des Ukrainiens me rappelle celui des Brestois en août 1944. Je ne sais qui a qualifié d’Exode ce déplacement de population, sans doute moins important que la sortie des Hébreux d’Égypte, mais le mot s’est imposé. J’avais un an et demi et on me l’a raconté souvent.

Les Américains approchent de Brest. Cernés, les Allemands se préparent à soutenir un siège. Ils font partir les populations civiles pour ne pas risquer qu’on leur tire dans le dos. L’ordre d’évacuation de Brest et des communes alentour est donné le 14 août. Tout le monde doit partir immédiatement. Certains prennent une petite valise, d’autres partent comme ils sont. Il fait un temps magnifique, on ne songe même pas à prendre des vêtements chauds, des couvertures. Pour les provisions la question ne se pose pas, il n’y en a plus. Gaby, la sœur de papa, fera tout l’exode avec un seul chemisier. Il faudra lui trouver quelque chose à mettre pour sauvegarder sa pudeur quand elle le lavera.

Le père Le Lann (mon grand-père) a mis la grand-mère impotente dans une brouette. Elle n’est pas bien lourde mais on a chargé sur elle toutes sortes de choses si bien que la brouette paraît de plomb. Les hommes se relaient, échangent leur brouette pour se défatiguer. Je suis tranquille dans mon landau. Calme et jovial malgré la chaleur. On a entassé sur moi tout ce qu’on pouvait sans m’étouffer. Les enfants s’amusent à pousser mon carrosse. Maman a du mal à suivre.

Des paysans de Kerhuon nous dépassent en charrette à cheval. Voyant la grand-mère dans sa brouette ils la prennent avec eux. On n’a pas eu de ses nouvelles pendant tout l’exode. Il n’était pas nécessaire de la chercher dans toutes les fermes de la région. Belle-mère du père Le Lann (la deuxième femme de son père), il ne l’aimait pas beaucoup. Elle finira par rentrer chez elle, on ne sait comment.

Les Allemands nous font traverser le pont de Plougastel (qu’ils dynamiteront le 25 août) puis remonter l’Elorn par la rive gauche. La côte est dure pour arriver à Dirinon mais un poste de secours de la Croix Rouge nous y attend. Des infirmières distribuent du lait pour les enfants, quelque nourriture pour les femmes et de l’eau à l’abreuvoir pour tout le monde. Les hommes, servis en dernier, n’ont ni vin ni pain. On fait étape.

Les paysans autorisent les réfugiés à dormir dans la paille, mais interdiction de fumer. Mon père préfère dormir dans la ferme sur un banc. Pour se mettre un peu à l’abri des moustiques, il a placé un demi oignon cru de chaque côté de sa tête. Il ne craint pas de tomber du banc dans son sommeil, car dessous dorment les sœurs Normand, toutes deux souples et grasses à souhait. Les fermiers ont tenu à installer maman dans un lit clos avec moi. Elle ne fermera pas l’œil de la nuit, disant au matin qu’elle a dormi sur des barres de fer ! On lui avait pourtant bien préparé son lit, avec des draps propres. Les draps des morts, lui disent les commères voisines, venues observer le lendemain les citadins en déroute.

Le père Le Lann a dormi dans la paille avec la plupart des hommes. Ils sont dévorés par les moustiques. Après une nuit agitée, le jour le réveille avec une impérieuse envie de fumer. Perdu dans le foin, il tâtonne autour de lui cherchant sa blague à tabac. Il trouve enfin quelque chose de mou et de froid. Qui se met à bouger, il a saisi un crapaud à pleine main. Chacun s’écarte de son côté, réveillé pour de bon. Pendant la nuit, des combats ont eu lieu près de Dirinon. Les FFI (Forces Françaises de l’Intérieur) ont attaqué les Allemands. Nous ne pouvons pas rester là.

L’errance reprend. Les réfugiés s’installent dans les fermes qui veulent bien les recevoir, à Plounéventer, à Plouédern... Mon père décide d’aller à Plouguerneau où il a sympathisé avec des paysans, à qui il achète du beurre. Encore trente kilomètres de marche. Maman n’en peut plus. « C’est après ce virage, en haut de cette côte, on est presque arrivé… » qu’on lui dit sans cesse. Enfin c’est vrai, les Morvan nous accueillent dans leur ferme. Morte de fatigue, morte de faim, maman se laisse tomber par terre. Papa fait à manger. En cas de guerre ou d’épidémie il sait faire la cuisine. Dans la grande marmite qui sert à cuire la nourriture pour les cochons, il met les pommes de terre et le lard. L’évocation de l'odeur puis du goût, faisaient encore saliver les anciens, 50 ans après.

A la ferme, je suis comme un roi. Je cours partout avec la fille de la maison qui a mon âge. Je patauge dans le purin avec mes petits souliers blancs, je n’en ai pas d’autres (maman m’habille comme un petit prince). Elle ne parle que le breton et moi le français, quelques mots chacun, c’est suffisant. Elle m’appelle : «  Deus’ta Gilbert ! » (Viens donc). J’accours pour jouer avec la terre. Cette petite sera l’aînée de dix-neuf frères et sœurs, des bébés que la mère rapporte parfois du champ dans son tablier. Ce qui prouve que les enfants naissent bien dans les choux, du moins à la ferme.

On n’était pas si mal à Plouguerneau mais Gaby, et Jo son mari, se faisaient du souci pour leur maison. Papa décide donc d’aller voir à Kerhuon s’il y a eu des dégâts. Il en profitera pour ramener son vélo. Vers Guipavas des combats violents ont eu lieu. François passe par les champs pour ne pas être arrêté par les Américains. Dans un talus des Allemands avaient creusé des trous individuels. Ils y sont encore, tous morts, portant des blessures dans le dos. Ils n’avaient pas choisi le bon côté. Papa avise une paire de bottes qui ont l’air neuves. Il les rejette horrifié, les pieds sont encore dedans. Il raconte :

« J’arrive à la maison, tout paraît normal. Je passe par-dessus le mur car je sais que les Allemands aiment bien piéger les portes. J’entre, tout est ouvert, sens dessus dessous. La saleté partout. Tous les lits ont été descendus dans la cave, sur l’un d’eux trône un tas de merde. De gros réveils sont posés dans tous les coins. Des photos traînent, je reconnais deux filles du bourg. J’apprendrai plus tard que celles-là sauveront leurs cheveux et leur peau car elles auront la chance d’être arrêtées. De toute évidence la maison a servi de bordel aux parachutistes allemands.

Tout ce qui avait une valeur quelconque, négociable immédiatement a été volé. Ils ont même volé ma croix de guerre avec étoile d’argent (reçue à Mers el-Kébir sur le cuirassé Dunkerque), heureusement je retrouve mon vélo. J’avais pris la précaution de cacher les roues dans le faux plafond de la cave. Le cadre seul n’était pas vendable en ces temps d’urgences.

Quelques jours après, je reviens avec Jo pour une exploration plus approfondie. Le jardin a été déminé. Je trouve dans le four de la cuisinière un énorme plat de poires cuites dans une épaisse couche de sucre caramélisé. Pour les poires, il suffit de se servir dans le jardin où les poiriers admirablement tenus par Jo, croulent sous les fruits. Mais pour le sucre en poudre, je n’en ai pas vu une telle quantité depuis longtemps. Jo ne veut pas en manger, elles sont peut-être empoisonnées. Elles ne l’étaient pas car j’en serais sûrement mort ! Jo a soudain une idée. Gaby a caché une bouteille de Byrrh dans la cheminée. On cherche, la bouteille y est toujours. A la guerre comme à la guerre, il a fallu la boire en entier, il aurait été peu vraisemblable que les voleurs en aient laissé. »

Le dix-huit septembre 1944 Brest est libéré. Nous rentrons à la maison. Ce n’est pas le cas pour tout le monde. Brest n’est plus qu’un monceau de ruines.

La troisième guerre mondiale est-elle commencée ?

La troisième guerre mondiale

Par Le 09/03/2022

La guerre en Ukraine nous fait souvenir qu’une guerre mondiale est toujours possible. Et que les forces de dissuasion nucléaires n’empêchent en rien une guerre de conquête conventionnelle d’un grand pays. On peut même dire aujourd’hui que ça la favorise, en mettant l’agresseur à l’abri d’une riposte ou d’une aide directe des alliés, en leur faisant croire qu’une action quelconque en faveur de l’agressé peut déclencher le feu nucléaire. La dissuasion visée est donc inversée.

La situation dans les années 70, du temps de l’URSS, n’était pas du tout la même. Le livre du général sir John Hackett, La troisième guerre mondiale, 4 août/25 août 1985, nous donne une idée très précise de ce qu’aurait pu être un conflit mondial à cette époque, entre l’OTAN et les forces du Pacte de Varsovie. La cause principale de la guerre étant l’impérialisme soviétique inexorable et son entrisme en Afrique, au Moyen Orient, en Asie et jusqu’en Amérique.

Le conflit éclate quand la situation politique en Pologne devient intenable pour le pouvoir central soviétique. La guerre est le remède habituel des dictatures en difficultés intérieures. Après des succès initiaux, sans utilisation d’armes nucléaires tactiques ou stratégiques, l’URSS recule, elle va perdre la guerre. Le Kremlin décide alors d’utiliser la bombe H. Birmingham est vitrifiée. Riposte immédiate, c’est au tour de Minsk d’être rayée de la carte par quatre missiles MSBS.

C’est la fin, les républiques soviétiques et les états satellites de l’URSS se rebellent. L’empire éclate. Curieusement, c’est un Ukrainien infiltré au KGB, qui prend le pouvoir à Moscou. Il négocie le cessez-le-feu puis le traité de paix. L’union soviétique est démembrée, les républiques obtiennent leur indépendance et particulièrement l’Ukraine qui obtient un siège à l’ONU.

Contrairement à ce qu’on pouvait penser dans les années 70, l’URSS ne s’effondrera pas à cause d’une guerre mondiale. Elle s’est dissoute d’elle-même, sa ressource idéologique étant épuisée. Paul-Marie de La Gorce dans la postface du livre, évoque la fragilité des systèmes politiques de l’Est de l’Europe : « On peut récuser les faiblesses de son scénario, [de la troisième guerre mondiale] peu de gens comprendront qu’au premier choc la Biélorussie et l’Ukraine se séparent de la Russie, alors que ces trois pays forment depuis des siècles une même nation, unies par la même histoire – malgré les tentatives de dissidences menées en 1918 ou en 1941par les Allemands auprès des Ukrainiens – ayant résistés aux mêmes périls, traversés les mêmes épreuves, et que ces peuples sont étroitement imbriqués dans la société soviétique. »

« Le monde que décrit le brigadier général Hackett est bien tel qu’il est en réalité : un monde éclaté. De là la multiplication des crises qui le secouent, et qui le secoueront davantage encore à l’avenir. Et de là, peut-être, le seul risque concevable d’une guerre générale, si l’un ou l’autre camp, soudain trop affaibli par ces crises, tentait de rétablir son emprise par la force et déclenchait ainsi l’engrenage irrémédiable. »

           Wladimir Poutine pressent-il sa fin prochaine, pour prendre le risque de déclencher l’apocalypse ? Peut-être ce Sardanapale ne le sait-il pas lui-même.

Je crois profondément, quand Macron se lâche sur la religion

La caverne élyséenne

Par Le 14/02/2022

Emmanuel Macron a affirmé publiquement : « Je crois profondément qu’il peut exister des continuités entre Dieu et la science. » Cette énormité, dite sans doute spontanément, à l’inverse de certaines déclarations longuement méditées avec ses communicants et destinées à faire le buzz, est passée presque inaperçue dans la logorrhée générale. Elle a pourtant une grande importance.

C’est d’abord un non-sens évident. Il ne peut y avoir de continuité entre deux choses aussi opposées (c’est-à-dire un passage progressif de l’une à l’autre). La science est fondée sur la connaissance, Dieu n’existe que par la foi. Et la foi n’est fondée que sur l’opinion, qui elle ne repose sur rien de scientifique. Par exemple, les opinions politiques, en général, sont fondées sur la conjonction de points-de-vues, tous aussi peu étayés que la cueillette du gui chez les Gaulois.

Platon l’explique dans l’allégorie de la caverne. Des hommes sont enchaînés au fond d’une grotte depuis leur naissance. Ils ne perçoivent du monde, que les ombres portées sur les parois par les évènements extérieurs, qu’un feu allumé à l’entrée de la grotte leur projette. Ils se font ainsi une image de l’univers qu’ils croient réelle puisqu’ils la voient. Qu’un homme vienne à les visiter et leur expliquer le monde tel qu’il est, ils ne peuvent le croire. L’un a la connaissance, les autres ont l’opinion, l’ombre des choses. La science contre l’apparence. Comment pourrait-il y avoir continuité entre les deux ? La réalité virtuelle serait une version moderne de la caverne de Platon, espérons qu’elle ne devienne pas un outil de gouvernance. 

La religion relie l’homme à Dieu. Elle s’appuie sur des textes anciens et des faits miraculeux. On sait combien les références religieuses s’opposent à la science. Beaucoup d’hommes ont risqué leur vie et l’ont parfois perdue, pour avoir voulu enseigner la vérité contre elles. Socrate, accusé de détourner les jeunes de la religion, Giordano Bruno qui croyait en la pluralité des mondes, Copernic qui attend d’être mourant pour publier son livre Des révolutions des orbes célestes, Galilée : « et pourtant elle tourne ! » et bien d’autres. Il est vrai que plus nombreux encore, sont ceux qui sont morts pour leur foi.

Mais Emmanuel Macron (Emmanuel signifie Dieu est avec nous et désigne le Messie) croit-il en Dieu ? N’a-t-il pas prononcé cette phrase tout simplement pour rassurer les croyants qui se sentent constamment attaqués par la laïcité à la française ? Vous pouvez voter pour moi, je crois en même temps à Dieu et au progrès scientifique. Mais ce n’est pas ce qu’il a dit. Le président n’a pas, comme Mitterrand accès à la transcendance (je peux me tromper). Il ne croit pas aux forces de l’esprit (qui n’ont pas de compte en banque). Peut-être est-il trop loin de la mort pour cela ?

Et les savants ne négocient pas avec Dieu. Copernic était chanoine, n’est-ce pas l’abbé Lemaître qui a inventé le Big-Bang en contradiction flagrante avec la bible ? Quant aux pseudo-scientifiques (le dernier est de la puissante et catholique famille Boloré) qui tentent de nous faire croire à l’intelligent desing américain (Dieu a tout prévu dès le début, ce qui explique l’évolution par exemple et renvoie Adam et Ève au vestiaire des ancêtres), ils ajoutent une croyance supplémentaire complètement inutile à la religion. On ne peut pas prouver scientifiquement l’existence de Dieu (pas plus que le contraire).

Notre président de la République, du fond de sa caverne élyséenne (il en sort souvent mais il l’emporte avec lui dans ses déplacements), croit voir le ciel. Pense-t-il aussi que le ciel le regarde ? Je le lui souhaite (pour la France) !

Comment de Gaulle a conquis le pourvoir, ce qu'il en a fait.

Général de Gaulle

Par Le 29/01/2022

Qu’ont-ils donc tous à sauter comme des cabris (l’expression est de lui) sur la tombe du Général de Gaulle ? Serait-il le paradigme à suivre pour conquérir la fonction suprême ? Les prétendus épigones devraient pourtant se garder de suivre son modèle. Tant pour sa conquête du pouvoir que pour sa chute finale. Quant à sa gestion des affaires, il voulait porter la France à bout de bras au-dessus des Français, des veaux disait-il.

Il n’est pas question ici de revenir sur sa conduite pendant les deux guerres mondiales et son courage physique indéniable. Un grand chef. Capable d’éliminer ses adversaires dans la lutte pour le pouvoir, en faisant assassiner l’amiral Darlan à Alger par exemple (ce qui n’est pas prouvé historiquement).

Il n’est pas prouvé non plus qu’il ait dirigé en sous-main l’opération Résurrection qui devait faire débarquer en France les parachutistes du général Massu. L’opération n’a pas eu lieu (Massu n’avait pas les moyens nécessaires de toute manière) mais la menace a suffi pour qu’enfin, De Gaulle soit appelé aux commandes.

Porté au sommet par les partisans de l’Algérie française, le Général, dès son accession au pouvoir, a la ferme volonté de se débarrasser de l’Algérie. Il a beau crier devant le peuple d’Alger le 4 juin 1958 : « Je vous ai compris » ou à Mostaganem le 6 : « Vive l’Algérie Française ! » en levant les bras (qu’il a très longs) en signe de victoire, il veut l’indépendance de l’Algérie à tout prix. Et beaucoup le payeront très cher, à commencer par les pieds-noirs trahis, les harkis abandonnés à leur sort et les civils massacrés. Sans compter les soldats qui continueront à se battre et à mourir pour rien.

L’islamophobie n’était pas encore inventée lorsqu’il dit : « Les musulmans d’Algérie ne seront jamais français […] ce sont des Arabes, jamais ils ne s’intègreront. » Il n’est pas très universaliste : « Nous sommes quand même un peuple de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. » Mais il a une vision claire de l’avenir quand il déclare : « Ce n’est pas très malin de faire réciter aux peuples colonisés “nos ancêtres les Gaulois” […] voilà pourquoi la décolonisation est plus difficile pour nous que pour les Anglais. Eux ont toujours reconnu les différences de races et de cultures. Nous, nous avons nié ces différences. » Intégration utopique pour nous, pragmatisme égoïste pour les Britanniques.

Il faut reconnaître le sursaut de la France imprimé par le Général. Le refus de l’alignement sur les États-Unis, le nucléaire, la Bombe (dont la mise au point laborieuse est aidée en secret par les scientifiques britanniques), l’industrialisation : le paquebot France, le biréacteur Caravelle, la DS 19… mais parfois ratée, comme le plan calcul. Globalement le redressement économique s’amorce, au prix d’une quasi révolution en 68 (le SMIC sera augmenté d’un seul coup de 35 % pour calmer le peuple).

« Alors Massu toujours aussi con ? Toujours gaulliste mon général ! (citation probablement apocryphe). » Aujourd’hui tout le monde est gaulliste comme Massu : « Le gaullisme est avant tout une foi, à ceci près qu’on sait en qui, mais pas en quoi. » Et le Général restera un modèle, pour tous ceux qui veulent arrêter de fumer : il suffit de le dire à sa secrétaire.

Les citations sont empruntées au livre de Franz-Olivier Giesbert : Le sursaut Histoire intime de la Ve République.

Il meurt dans les yeux myosotis d'une infirmière à  Noël.

Myosotis

Par Le 23/12/2021

Après-demain c’est Noël. J’ai embouqué la route signalée par des panneaux bleus. Trop occupé à surveiller les voies à droite et à gauche, je n’ai pas eu le temps de déchiffrer les destinations indiquées. Peu importe. Où je vais ce n’est pas Rome mais toutes les routes y mènent. Deux voies, tout le monde roule dans le même sens. Je suis sur l’autoroute. Le ciel est d’un noir absolu. De temps en temps apparaît un panneau lumineux d’informations. « Joyeuses fêtes ! » c’est écrit. Rien d’autre. Sauf l’heure, je crois, car bizarrement, les chiffres indiquent n’importe quoi : 84 : 28 ; 16 : 92… Ce doit être une panne d’horloge ou peut-être que l’heure n’existe plus. À la longue ça me fait rire.

C’est curieux, je ne souffre plus, tout à l’heure j’avais mal. Maintenant plus rien. Dans la ville illuminée de gaîté clignotante (comme une joie alternative), des douleurs me traversaient au rythme des lampadaires orange. Couleur cadavérique. Pourquoi cadavérique ? On n’a jamais vu de cadavre orange mais cette couleur qui uniformise tout, fait penser à la mort. Tous égaux, même pâleur, même destin. Même décor ou presque. On met bien des fleurs aux défunts, pourquoi pas des guirlandes dorées. Stupidement, je me vois dans mon cercueil, orné de leds clignotantes de toutes les couleurs, glissant comme un navire sur sa cale de lancement, vers la porte du four crématoire, ouverte sur un souvenir. 

Les bandes blanches défilent à bâbord et tribord, hypnotiques. Je conduis un bateau ivre lancé dans le néant de la nuit. Sillage inversé : écume blanche devant, noire derrière. J’ai l’impression de reculer. La tête me tourne, ivresse molle, ou plutôt ivresse morne, indifférente, sans joie, sans excitation. Médicamenteuse. Juste un voile palliatif d’inconscience sur la réalité. Envie légère de vomir. De dormir. Il ne faut pas. Mais je sais que ce n’est pas à moi de décider. Une aire d’autoroute approche. Une aire de repos bien venue. Je m’arrête.

Le parking est presque désert. Je me gare près d’une autre voiture par solidarité (je sais ce que c’est que d’être seul). À l’intérieur un homme est mort, bouche ouverte, la tête renversée en arrière sur l’appui-tête. Il n’est pas si mort que ça, il bouge encore un peu. Endormi, mort, c’est pareil. Je me dirige vers la station-service illuminée. Une étoile au-dessus de la porte indique l’entrée de la crèche, havre dernier peut-être, du voyageur fatigué.    La douleur revient. Je me traîne. Une petite fille l’air sérieux, en robe de tulle rose, saute à cloche-pied dans une brume lumineuse entre les pompes de carburant. Je grimace un sourire mais la gamine diabolique me tourne le dos. Je dis diabolique parce qu’elle ne me semble pas humaine. Ou alors elle n’est pas réelle. Je crois être dans un plan séquence d’Antonioni mais je sors du champ.  

J’entre dans le commerce. Quelques guirlandes anémiques ornent les présentoirs de sandwiches et de bonbons. Je n’ai besoin de rien sinon de repos. Je me hisse sur un siège minuscule mais très haut, devant une petite table ronde maculée de ronds de café. La position est douloureuse, je ne resterai pas longtemps. Une jolie jeune fille tient la caisse. Elle a coiffé une toque rouge de père Noël, qu’elle porte avec arrogance comme un bonnet phrygien, Marianne de station-service. Pourquoi les femmes sont-elles si belles ? Cette seule question me bouleverse, agite mon cerveau reptilien honteusement sexué. La beauté, comme une lame de sabre japonais, m’angoisse. Le katana blesse et tue. La lame froide et brillante, s’élève, lance un éclair au soleil puis s’abat, le sang gicle et le condamné perd la tête. Ainsi autrefois, j’ai perdu la tête pour toi et ça s’est terminé par mon exécution.

Cette fois, l’exécution n’est pas venue d’une femme, au contraire. Là-bas elles sont toutes jeunes et gentilles, à vous faire regretter de mourir. Surtout Sophie, son nom est marqué sur une petite étiquette dorée qu’elle porte épinglée sur son sein. Je fais semblant d’être mort quand elle pousse la porte de ma chambre. Elle se penche sur moi. J’attends de sentir son souffle sur ma joue, alors j’ouvre les yeux brusquement et c’est l’éblouissement. À chaque fois. Ses yeux myosotis soulignés de khôl, plantés dans les miens, pourraient me tuer de bonheur. L’émotion est si forte que je réprime un sanglot et que la machine se met à couiner. Sur l’écran, la chenille de la courbe verte passe au rouge. D’un sourire, elle remet la chenille à sa place. Quel dommage de ne pas mourir comme ça, le cœur déchiré par un regard myosotis. Une autre, Dorothée je crois, ne porte sous sa blouse que d’explosifs sous-vêtements blancs. La blouse, sans doute taillée pour des corps plus banals, baille légèrement à chaque bouton quand elle se bat avec les tuyaux, les câbles et les aiguilles. Et sa peau mate m’est offerte en visions homéopathiques.

Alors surgissent à mes yeux, les falaises violentes brûlées par le soleil de Provence, quand tu bronzais nue, couchée sur les posidonies sèches semblables à des copeaux de bois, tandis que les vagues qui s’écroulaient en grondant sur les galets, t’arrosaient de brisures de diamant brut. Tu riais et des frissons courraient sur ta peau. Délices électriques pour toi, et pour moi.

Des fantômes passent. Des chuchotements, des bruits lointains de chasse d’eau se mêlent au bruissement de mes oreilles. Marianne Noël, princesse de la caisse, baille derrière sa main. La nuit s’éternise. Je m’enfuis avant que la laideur me gagne. La douleur est si laide. Sur l’aire de l’autoroute des camions ronronnent, faussement endormis, rideaux tirés derrière des guirlandes électriques. Vont-ils rentrer chez eux demain pour la fête les routiers ? Des silhouettes se glissent furtivement entre les mastodontes. Dans sa voiture, le faux mort est maintenant affalé sur son volant. Quel travail, quelle jouissance, quelle souffrance l’ont fatigué à ce point ? J’envie son sommeil. Le mien est pour bientôt.

Je crois avoir repris la route car des lumières blanches passent au-dessus de ma tête, de plus en plus vite. La voiture hoquette ou mes tympans tapent. J’aurais coulé une bielle ? (Ça ne se dit plus je crois.) Non, c’est mon cœur qui cogne mais je n’ai pas mal. J’écarquille les yeux en abordant une descente vertigineuse. Un splendide panorama sort de la nuit. Paradisiaque. Mon cadeau de Noël ! Tout est brillant, lumineux. Les arbres solitaires, les bois bien ordonnés, les champs cultivés, verts, jaunes, bruns, les ondulations des coteaux ponctués de petites maisons blanches, une rivière de mercure qui serpente avant de se jeter à la mer…

Et le ciel, couleur de myosotis ! Je vois de plus en plus mal. J’ai comme de l’eau dans les yeux. J’ai murmuré : « Alice, forget me not ! » Fondu au noir.

Pindy, anarchiste, incendiaire de l'hôtel de ville de Paris

Jean-Louis Pindy, anarchiste, archivicide

Par Le 09/12/2021

Ce livre retrace presque au jour le jour, les convulsions de la fin du dix-neuvième siècle, vues par un ouvrier menuisier brestois : la révolution industrielle, la guerre de 70, la chute de l'Empire, le siège de Paris, la Commune, la première Internationale… Et l’émergence des mouvements ouvriers syndicalistes, anarchistes et révolutionnaires.

Jean-Louis Pindy (né à Brest en 1840) était l’archétype de l’ouvrier fier de sa condition, fier de son travail, avide de connaissances et de progrès social. Sa personnalité opiniâtre, sans concession et courageuse, l’a conduit à s’illustrer dans la Commune de Paris et à l’Association Internationale des Travailleurs (A.I.T.). La Commune s’est achevée par la Semaine sanglante et l’incendie de Paris. Pindy, colonel de la garde nationale, met le feu à l’hôtel de ville, anéantissant ainsi des siècles de précieuses archives.

La sagesse venant avec l’âge, celui qu’on surnommait l’Anarchiste, a compris que la liberté était avant tout celle de travailler, de penser, de s’exprimer et de militer. Réfugié en Suisse, il y est resté ouvrier, expert en métaux précieux, jusqu’à sa mort en 1917.

L’Anarchie telle que la voyait Pindy était l’organisation de la société en partant du bas, des producteurs, et non en ruisselant du haut d’un gouvernement central. Un monde de mutualisme fondé sur des coopératives, des communes et des fédérations, à l’opposé de la dictature du prolétariat centralisatrice ou de la loi du profit maximum, hégémonique aujourd’hui.