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Articles de siou-gilbert

Guerre plastique

Non au plastique

Par Le 03/05/2022

        À la une du Télégramme du 22 avril 2022, une photo titrée « Marioupol, la chute ». On y voit une femme plutôt jeune, tirant un caddie où sont ficelés plusieurs sacs. Elle est chaudement vêtue, porte des chaussures de marche en bon état et un sac-à-dos. Elle tient à la main, un sac en toile où il est écrit : « No to plastic » et « Stop au plastique ». Le sol est jonché de débris, de tôles tordues, derrière elle on peut voir un abribus défoncé et des immeubles éventrés et noircis à perte de vue.
        Elle regarde en arrière avec un rictus douloureux, comme si elle attendait quelqu’un, (sans doute un enfant car elle baisse un peu la tête) ou jette un dernier regard sur son passé en ruine. Personne d’autre sur la photo sauf au loin, un secouriste peut-être, vêtu de blanc et de rouge. La femme a pris l’essentiel de ses affaires et s’est préparée à l’exode. À passer des nuits dehors. À survivre sur ses propres ressources pendant plusieurs jours. Le sac de la femme porte, curieusement en français et en anglais, une injonction contre le plastique. Peut-être songe-t-elle maintenant, à sauver sa vie. D’abord.
       La guerre ! À la télévision ! Des morts partout, suppliciés, des ruines, comme à Brest à la libération et des massacres perpétrés par les troupes en retraite (Gouesnou, Plouvien…) La civilisation n’a-t-elle donc fait aucun progrès en 80 ans ? La guerre des images (manipulées ou non) fait rage. J’ai pensé au début, qu’elles pourraient enrayer le conflit et qu’une protestation générale pourrait entrainer un armistice. Mais la télévision et le cinéma ont tellement banalisé les images d’horreur et de crime, que le public blasé, anesthésié en quelque sorte, ne réagit que par une compassion humanitaire, insuffisante pour arrêter les hostilités. Et l’opinion russe, qui pourrait faire cesser la guerre, assommée par la propagande, ne réagit pas efficacement.  
        Wladimir Poutine pense sans doute comme le héros de Michel Houellebecq dans anéantir : « Une guerre est le moyen le plus sûr de ressouder une nation, et d’améliorer la popularité du chef de l’État. » Cynisme absolu mais très répandu !

       Lénine écrivait en 1902 : Que faire ? Un livre sur la stratégie à adopter pour asseoir le pouvoir communiste en Russie. Il a mis 15 ans et une guerre mondiale pour y parvenir. Cent ans après, nous en subissons encore les terrifiantes conséquences. On ne se débarrassera jamais de la guerre, peut-être du plastique ?

 

Etat de droit

De l'intérêt général

Par Le 20/04/2022

L’intérêt général semble à priori une notion simple qui devrait recevoir l’adhésion de tout le monde. Cependant la société est composée d’individus. Il n’y a pas de société, il n’y a que des individus (Margareth Thatcher), selon la tradition anglo-saxonne. Ce n’est pas du tout la nôtre. Faut-il opposer les intérêts de l’individu à l’intérêt général ? Les droits de l’homme à l’État de droit ?

 Il faut donc commencer par définir les droits de l’homme et du citoyen (l’individu). La démocratie doit s’appuyer sur ces droits pour construire la société. Celle-ci est issue de la souveraineté du peuple qui s’exprimera par ses représentants ou directement par référendum (c’est la Constitution de la France qui le dit). Mais la souveraineté du peuple est-elle garante de l’intérêt général ?

 Au passage, il faut retenir que la souveraineté du peuple est remise en cause par le développement considérable des normes supranationales de source oligarchique (non démocratique), qui font primer le droit européen sur le droit national, y compris sur la Constitution de l’État. Constitution qui prévoit d’ailleurs, la prééminence des traités internationaux sur le droit français (Titre VI art. 55)

À partir du moment où une société est fondée sur des individus pour lesquels tout désir devient un besoin et tout besoin et devient un droit, on n’arrive plus à formuler un intérêt général (Bertrand Mathieu). Le développement de l’individualisme et du moralisme à la carte pourrait-on dire, mettent à mal l’État de droit. La religion n’est plus là pour mettre des limites claires et chaque individu, dans le cadre de la loi (ou non) peut, au nom des droits de l’homme, nuire gravement à l’intérêt général. Le développement du tourisme de masse en est un exemple parmi tant d’autres (droit à la libre circulation, art. 13 de la Déclaration universelle des droits de l’homme). Enfin, il n’y a rien dans la Déclaration des droits de l’homme de 1789 qui pourrait justifier la tyrannie des minorités (Philippe Raynaud).   

Il ne faut pas confondre l’État de droit et des tas de droits. (Guy Carcassonne). Éric Zemmour quant à lui, estime que l’État de droit n’a rien à voir avec la démocratie. Mise à part la provocation, on peut se demander si le gouvernement des juges, qui tend à s’installer, (l’interprétation des lois et uniquement cela) n’est pas au fond injuste, ou manque d’humanité : Dura lex, sed lex, formule qui n’a rien à voir avec les préservatifs.

Au-delà des mots et des arguties, la démocratie (même représentative) est le meilleur des systèmes car elle est fondée sur la liberté. La majorité élue décide de l’intérêt général, qui parfois peut imposer des privations de libertés individuelles (confinement covid par exemple) ou des répressions cruelles. Et si le peuple n’est pas content, il lui reste historiquement le droit à l’insurrection (art. 35 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1793, article non retenu dans les Constitutions de 1946 et 1958).

Finalement, l’intérêt général en démocratie, dépend plus de l’attitude individuelle de chaque citoyen que de l’État de droit. C’est ce qu’on appelle le civisme.

Rue de siam nov 1944 2

L'exode

Par Le 29/03/2022

Le terrible exode des Ukrainiens me rappelle celui des Brestois en août 1944. Je ne sais qui a qualifié d’Exode ce déplacement de population, sans doute moins important que la sortie des Hébreux d’Égypte, mais le mot s’est imposé. J’avais un an et demi et on me l’a raconté souvent.

Les Américains approchent de Brest. Cernés, les Allemands se préparent à soutenir un siège. Ils font partir les populations civiles pour ne pas risquer qu’on leur tire dans le dos. L’ordre d’évacuation de Brest et des communes alentour est donné le 14 août. Tout le monde doit partir immédiatement. Certains prennent une petite valise, d’autres partent comme ils sont. Il fait un temps magnifique, on ne songe même pas à prendre des vêtements chauds, des couvertures. Pour les provisions la question ne se pose pas, il n’y en a plus. Gaby, la sœur de papa, fera tout l’exode avec un seul chemisier. Il faudra lui trouver quelque chose à mettre pour sauvegarder sa pudeur quand elle le lavera.

Le père Le Lann (mon grand-père) a mis la grand-mère impotente dans une brouette. Elle n’est pas bien lourde mais on a chargé sur elle toutes sortes de choses si bien que la brouette paraît de plomb. Les hommes se relaient, échangent leur brouette pour se défatiguer. Je suis tranquille dans mon landau. Calme et jovial malgré la chaleur. On a entassé sur moi tout ce qu’on pouvait sans m’étouffer. Les enfants s’amusent à pousser mon carrosse. Maman a du mal à suivre.

Des paysans de Kerhuon nous dépassent en charrette à cheval. Voyant la grand-mère dans sa brouette ils la prennent avec eux. On n’a pas eu de ses nouvelles pendant tout l’exode. Il n’était pas nécessaire de la chercher dans toutes les fermes de la région. Belle-mère du père Le Lann (la deuxième femme de son père), il ne l’aimait pas beaucoup. Elle finira par rentrer chez elle, on ne sait comment.

Les Allemands nous font traverser le pont de Plougastel (qu’ils dynamiteront le 25 août) puis remonter l’Elorn par la rive gauche. La côte est dure pour arriver à Dirinon mais un poste de secours de la Croix Rouge nous y attend. Des infirmières distribuent du lait pour les enfants, quelque nourriture pour les femmes et de l’eau à l’abreuvoir pour tout le monde. Les hommes, servis en dernier, n’ont ni vin ni pain. On fait étape.

Les paysans autorisent les réfugiés à dormir dans la paille, mais interdiction de fumer. Mon père préfère dormir dans la ferme sur un banc. Pour se mettre un peu à l’abri des moustiques, il a placé un demi oignon cru de chaque côté de sa tête. Il ne craint pas de tomber du banc dans son sommeil, car dessous dorment les sœurs Normand, toutes deux souples et grasses à souhait. Les fermiers ont tenu à installer maman dans un lit clos avec moi. Elle ne fermera pas l’œil de la nuit, disant au matin qu’elle a dormi sur des barres de fer ! On lui avait pourtant bien préparé son lit, avec des draps propres. Les draps des morts, lui disent les commères voisines, venues observer le lendemain les citadins en déroute.

Le père Le Lann a dormi dans la paille avec la plupart des hommes. Ils sont dévorés par les moustiques. Après une nuit agitée, le jour le réveille avec une impérieuse envie de fumer. Perdu dans le foin, il tâtonne autour de lui cherchant sa blague à tabac. Il trouve enfin quelque chose de mou et de froid. Qui se met à bouger, il a saisi un crapaud à pleine main. Chacun s’écarte de son côté, réveillé pour de bon. Pendant la nuit, des combats ont eu lieu près de Dirinon. Les FFI (Forces Françaises de l’Intérieur) ont attaqué les Allemands. Nous ne pouvons pas rester là.

L’errance reprend. Les réfugiés s’installent dans les fermes qui veulent bien les recevoir, à Plounéventer, à Plouédern... Mon père décide d’aller à Plouguerneau où il a sympathisé avec des paysans, à qui il achète du beurre. Encore trente kilomètres de marche. Maman n’en peut plus. « C’est après ce virage, en haut de cette côte, on est presque arrivé… » qu’on lui dit sans cesse. Enfin c’est vrai, les Morvan nous accueillent dans leur ferme. Morte de fatigue, morte de faim, maman se laisse tomber par terre. Papa fait à manger. En cas de guerre ou d’épidémie il sait faire la cuisine. Dans la grande marmite qui sert à cuire la nourriture pour les cochons, il met les pommes de terre et le lard. L’évocation de l'odeur puis du goût, faisaient encore saliver les anciens, 50 ans après.

A la ferme, je suis comme un roi. Je cours partout avec la fille de la maison qui a mon âge. Je patauge dans le purin avec mes petits souliers blancs, je n’en ai pas d’autres (maman m’habille comme un petit prince). Elle ne parle que le breton et moi le français, quelques mots chacun, c’est suffisant. Elle m’appelle : «  Deus’ta Gilbert ! » (Viens donc). J’accours pour jouer avec la terre. Cette petite sera l’aînée de dix-neuf frères et sœurs, des bébés que la mère rapporte parfois du champ dans son tablier. Ce qui prouve que les enfants naissent bien dans les choux, du moins à la ferme.

On n’était pas si mal à Plouguerneau mais Gaby, et Jo son mari, se faisaient du souci pour leur maison. Papa décide donc d’aller voir à Kerhuon s’il y a eu des dégâts. Il en profitera pour ramener son vélo. Vers Guipavas des combats violents ont eu lieu. François passe par les champs pour ne pas être arrêté par les Américains. Dans un talus des Allemands avaient creusé des trous individuels. Ils y sont encore, tous morts, portant des blessures dans le dos. Ils n’avaient pas choisi le bon côté. Papa avise une paire de bottes qui ont l’air neuves. Il les rejette horrifié, les pieds sont encore dedans. Il raconte :

« J’arrive à la maison, tout paraît normal. Je passe par-dessus le mur car je sais que les Allemands aiment bien piéger les portes. J’entre, tout est ouvert, sens dessus dessous. La saleté partout. Tous les lits ont été descendus dans la cave, sur l’un d’eux trône un tas de merde. De gros réveils sont posés dans tous les coins. Des photos traînent, je reconnais deux filles du bourg. J’apprendrai plus tard que celles-là sauveront leurs cheveux et leur peau car elles auront la chance d’être arrêtées. De toute évidence la maison a servi de bordel aux parachutistes allemands.

Tout ce qui avait une valeur quelconque, négociable immédiatement a été volé. Ils ont même volé ma croix de guerre avec étoile d’argent (reçue à Mers el-Kébir sur le cuirassé Dunkerque), heureusement je retrouve mon vélo. J’avais pris la précaution de cacher les roues dans le faux plafond de la cave. Le cadre seul n’était pas vendable en ces temps d’urgences.

Quelques jours après, je reviens avec Jo pour une exploration plus approfondie. Le jardin a été déminé. Je trouve dans le four de la cuisinière un énorme plat de poires cuites dans une épaisse couche de sucre caramélisé. Pour les poires, il suffit de se servir dans le jardin où les poiriers admirablement tenus par Jo, croulent sous les fruits. Mais pour le sucre en poudre, je n’en ai pas vu une telle quantité depuis longtemps. Jo ne veut pas en manger, elles sont peut-être empoisonnées. Elles ne l’étaient pas car j’en serais sûrement mort ! Jo a soudain une idée. Gaby a caché une bouteille de Byrrh dans la cheminée. On cherche, la bouteille y est toujours. A la guerre comme à la guerre, il a fallu la boire en entier, il aurait été peu vraisemblable que les voleurs en aient laissé. »

Le dix-huit septembre 1944 Brest est libéré. Nous rentrons à la maison. Ce n’est pas le cas pour tout le monde. Brest n’est plus qu’un monceau de ruines.

3eme guerre

La troisième guerre mondiale

Par Le 09/03/2022

La guerre en Ukraine nous fait souvenir qu’une guerre mondiale est toujours possible. Et que les forces de dissuasion nucléaires n’empêchent en rien une guerre de conquête conventionnelle d’un grand pays. On peut même dire aujourd’hui que ça la favorise, en mettant l’agresseur à l’abri d’une riposte ou d’une aide directe des alliés, en leur faisant croire qu’une action quelconque en faveur de l’agressé peut déclencher le feu nucléaire. La dissuasion visée est donc inversée.

La situation dans les années 70, du temps de l’URSS, n’était pas du tout la même. Le livre du général sir John Hackett, La troisième guerre mondiale, 4 août/25 août 1985, nous donne une idée très précise de ce qu’aurait pu être un conflit mondial à cette époque, entre l’OTAN et les forces du Pacte de Varsovie. La cause principale de la guerre étant l’impérialisme soviétique inexorable et son entrisme en Afrique, au Moyen Orient, en Asie et jusqu’en Amérique.

Le conflit éclate quand la situation politique en Pologne devient intenable pour le pouvoir central soviétique. La guerre est le remède habituel des dictatures en difficultés intérieures. Après des succès initiaux, sans utilisation d’armes nucléaires tactiques ou stratégiques, l’URSS recule, elle va perdre la guerre. Le Kremlin décide alors d’utiliser la bombe H. Birmingham est vitrifiée. Riposte immédiate, c’est au tour de Minsk d’être rayée de la carte par quatre missiles MSBS.

C’est la fin, les républiques soviétiques et les états satellites de l’URSS se rebellent. L’empire éclate. Curieusement, c’est un Ukrainien infiltré au KGB, qui prend le pouvoir à Moscou. Il négocie le cessez-le-feu puis le traité de paix. L’union soviétique est démembrée, les républiques obtiennent leur indépendance et particulièrement l’Ukraine qui obtient un siège à l’ONU.

Contrairement à ce qu’on pouvait penser dans les années 70, l’URSS ne s’effondrera pas à cause d’une guerre mondiale. Elle s’est dissoute d’elle-même, sa ressource idéologique étant épuisée. Paul-Marie de La Gorce dans la postface du livre, évoque la fragilité des systèmes politiques de l’Est de l’Europe : « On peut récuser les faiblesses de son scénario, [de la troisième guerre mondiale] peu de gens comprendront qu’au premier choc la Biélorussie et l’Ukraine se séparent de la Russie, alors que ces trois pays forment depuis des siècles une même nation, unies par la même histoire – malgré les tentatives de dissidences menées en 1918 ou en 1941par les Allemands auprès des Ukrainiens – ayant résistés aux mêmes périls, traversés les mêmes épreuves, et que ces peuples sont étroitement imbriqués dans la société soviétique. »

« Le monde que décrit le brigadier général Hackett est bien tel qu’il est en réalité : un monde éclaté. De là la multiplication des crises qui le secouent, et qui le secoueront davantage encore à l’avenir. Et de là, peut-être, le seul risque concevable d’une guerre générale, si l’un ou l’autre camp, soudain trop affaibli par ces crises, tentait de rétablir son emprise par la force et déclenchait ainsi l’engrenage irrémédiable. »

           Wladimir Poutine pressent-il sa fin prochaine, pour prendre le risque de déclencher l’apocalypse ? Peut-être ce Sardanapale ne le sait-il pas lui-même.

Caverne de platon

La caverne élyséenne

Par Le 14/02/2022

Emmanuel Macron a affirmé publiquement : « Je crois profondément qu’il peut exister des continuités entre Dieu et la science. » Cette énormité, dite sans doute spontanément, à l’inverse de certaines déclarations longuement méditées avec ses communicants et destinées à faire le buzz, est passée presque inaperçue dans la logorrhée générale. Elle a pourtant une grande importance.

C’est d’abord un non-sens évident. Il ne peut y avoir de continuité entre deux choses aussi opposées (c’est-à-dire un passage progressif de l’une à l’autre). La science est fondée sur la connaissance, Dieu n’existe que par la foi. Et la foi n’est fondée que sur l’opinion, qui elle ne repose sur rien de scientifique. Par exemple, les opinions politiques, en général, sont fondées sur la conjonction de points-de-vues, tous aussi peu étayés que la cueillette du gui chez les Gaulois.

Platon l’explique dans l’allégorie de la caverne. Des hommes sont enchaînés au fond d’une grotte depuis leur naissance. Ils ne perçoivent du monde, que les ombres portées sur les parois par les évènements extérieurs, qu’un feu allumé à l’entrée de la grotte leur projette. Ils se font ainsi une image de l’univers qu’ils croient réelle puisqu’ils la voient. Qu’un homme vienne à les visiter et leur expliquer le monde tel qu’il est, ils ne peuvent le croire. L’un a la connaissance, les autres ont l’opinion, l’ombre des choses. La science contre l’apparence. Comment pourrait-il y avoir continuité entre les deux ? La réalité virtuelle serait une version moderne de la caverne de Platon, espérons qu’elle ne devienne pas un outil de gouvernance. 

La religion relie l’homme à Dieu. Elle s’appuie sur des textes anciens et des faits miraculeux. On sait combien les références religieuses s’opposent à la science. Beaucoup d’hommes ont risqué leur vie et l’ont parfois perdue, pour avoir voulu enseigner la vérité contre elles. Socrate, accusé de détourner les jeunes de la religion, Giordano Bruno qui croyait en la pluralité des mondes, Copernic qui attend d’être mourant pour publier son livre Des révolutions des orbes célestes, Galilée : « et pourtant elle tourne ! » et bien d’autres. Il est vrai que plus nombreux encore, sont ceux qui sont morts pour leur foi.

Mais Emmanuel Macron (Emmanuel signifie Dieu est avec nous et désigne le Messie) croit-il en Dieu ? N’a-t-il pas prononcé cette phrase tout simplement pour rassurer les croyants qui se sentent constamment attaqués par la laïcité à la française ? Vous pouvez voter pour moi, je crois en même temps à Dieu et au progrès scientifique. Mais ce n’est pas ce qu’il a dit. Le président n’a pas, comme Mitterrand accès à la transcendance (je peux me tromper). Il ne croit pas aux forces de l’esprit (qui n’ont pas de compte en banque). Peut-être est-il trop loin de la mort pour cela ?

Et les savants ne négocient pas avec Dieu. Copernic était chanoine, n’est-ce pas l’abbé Lemaître qui a inventé le Big-Bang en contradiction flagrante avec la bible ? Quant aux pseudo-scientifiques (le dernier est de la puissante et catholique famille Boloré) qui tentent de nous faire croire à l’intelligent desing américain (Dieu a tout prévu dès le début, ce qui explique l’évolution par exemple et renvoie Adam et Ève au vestiaire des ancêtres), ils ajoutent une croyance supplémentaire complètement inutile à la religion. On ne peut pas prouver scientifiquement l’existence de Dieu (pas plus que le contraire).

Notre président de la République, du fond de sa caverne élyséenne (il en sort souvent mais il l’emporte avec lui dans ses déplacements), croit voir le ciel. Pense-t-il aussi que le ciel le regarde ? Je le lui souhaite (pour la France) !

De gaulle

Général de Gaulle

Par Le 29/01/2022

Qu’ont-ils donc tous à sauter comme des cabris (l’expression est de lui) sur la tombe du Général de Gaulle ? Serait-il le paradigme à suivre pour conquérir la fonction suprême ? Les prétendus épigones devraient pourtant se garder de suivre son modèle. Tant pour sa conquête du pouvoir que pour sa chute finale. Quant à sa gestion des affaires, il voulait porter la France à bout de bras au-dessus des Français, des veaux disait-il.

Il n’est pas question ici de revenir sur sa conduite pendant les deux guerres mondiales et son courage physique indéniable. Un grand chef. Capable d’éliminer ses adversaires dans la lutte pour le pouvoir, en faisant assassiner l’amiral Darlan à Alger par exemple (ce qui n’est pas prouvé historiquement).

Il n’est pas prouvé non plus qu’il ait dirigé en sous-main l’opération Résurrection qui devait faire débarquer en France les parachutistes du général Massu. L’opération n’a pas eu lieu (Massu n’avait pas les moyens nécessaires de toute manière) mais la menace a suffi pour qu’enfin, De Gaulle soit appelé aux commandes.

Porté au sommet par les partisans de l’Algérie française, le Général, dès son accession au pouvoir, a la ferme volonté de se débarrasser de l’Algérie. Il a beau crier devant le peuple d’Alger le 4 juin 1958 : « Je vous ai compris » ou à Mostaganem le 6 : « Vive l’Algérie Française ! » en levant les bras (qu’il a très longs) en signe de victoire, il veut l’indépendance de l’Algérie à tout prix. Et beaucoup le payeront très cher, à commencer par les pieds-noirs trahis, les harkis abandonnés à leur sort et les civils massacrés. Sans compter les soldats qui continueront à se battre et à mourir pour rien.

L’islamophobie n’était pas encore inventée lorsqu’il dit : « Les musulmans d’Algérie ne seront jamais français […] ce sont des Arabes, jamais ils ne s’intègreront. » Il n’est pas très universaliste : « Nous sommes quand même un peuple de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. » Mais il a une vision claire de l’avenir quand il déclare : « Ce n’est pas très malin de faire réciter aux peuples colonisés “nos ancêtres les Gaulois” […] voilà pourquoi la décolonisation est plus difficile pour nous que pour les Anglais. Eux ont toujours reconnu les différences de races et de cultures. Nous, nous avons nié ces différences. » Intégration utopique pour nous, pragmatisme égoïste pour les Britanniques.

Il faut reconnaître le sursaut de la France imprimé par le Général. Le refus de l’alignement sur les États-Unis, le nucléaire, la Bombe (dont la mise au point laborieuse est aidée en secret par les scientifiques britanniques), l’industrialisation : le paquebot France, le biréacteur Caravelle, la DS 19… mais parfois ratée, comme le plan calcul. Globalement le redressement économique s’amorce, au prix d’une quasi révolution en 68 (le SMIC sera augmenté d’un seul coup de 35 % pour calmer le peuple).

« Alors Massu toujours aussi con ? Toujours gaulliste mon général ! (citation probablement apocryphe). » Aujourd’hui tout le monde est gaulliste comme Massu : « Le gaullisme est avant tout une foi, à ceci près qu’on sait en qui, mais pas en quoi. » Et le Général restera un modèle, pour tous ceux qui veulent arrêter de fumer : il suffit de le dire à sa secrétaire.

Les citations sont empruntées au livre de Franz-Olivier Giesbert : Le sursaut Histoire intime de la Ve République.

Creche de noel

Myosotis

Par Le 23/12/2021

Après-demain c’est Noël. J’ai embouqué la route signalée par des panneaux bleus. Trop occupé à surveiller les voies à droite et à gauche, je n’ai pas eu le temps de déchiffrer les destinations indiquées. Peu importe. Où je vais ce n’est pas Rome mais toutes les routes y mènent. Deux voies, tout le monde roule dans le même sens. Je suis sur l’autoroute. Le ciel est d’un noir absolu. De temps en temps apparaît un panneau lumineux d’informations. « Joyeuses fêtes ! » c’est écrit. Rien d’autre. Sauf l’heure, je crois, car bizarrement, les chiffres indiquent n’importe quoi : 84 : 28 ; 16 : 92… Ce doit être une panne d’horloge ou peut-être que l’heure n’existe plus. À la longue ça me fait rire.

C’est curieux, je ne souffre plus, tout à l’heure j’avais mal. Maintenant plus rien. Dans la ville illuminée de gaîté clignotante (comme une joie alternative), des douleurs me traversaient au rythme des lampadaires orange. Couleur cadavérique. Pourquoi cadavérique ? On n’a jamais vu de cadavre orange mais cette couleur qui uniformise tout, fait penser à la mort. Tous égaux, même pâleur, même destin. Même décor ou presque. On met bien des fleurs aux défunts, pourquoi pas des guirlandes dorées. Stupidement, je me vois dans mon cercueil, orné de leds clignotantes de toutes les couleurs, glissant comme un navire sur sa cale de lancement, vers la porte du four crématoire, ouverte sur un souvenir. 

Les bandes blanches défilent à bâbord et tribord, hypnotiques. Je conduis un bateau ivre lancé dans le néant de la nuit. Sillage inversé : écume blanche devant, noire derrière. J’ai l’impression de reculer. La tête me tourne, ivresse molle, ou plutôt ivresse morne, indifférente, sans joie, sans excitation. Médicamenteuse. Juste un voile palliatif d’inconscience sur la réalité. Envie légère de vomir. De dormir. Il ne faut pas. Mais je sais que ce n’est pas à moi de décider. Une aire d’autoroute approche. Une aire de repos bien venue. Je m’arrête.

Le parking est presque désert. Je me gare près d’une autre voiture par solidarité (je sais ce que c’est que d’être seul). À l’intérieur un homme est mort, bouche ouverte, la tête renversée en arrière sur l’appui-tête. Il n’est pas si mort que ça, il bouge encore un peu. Endormi, mort, c’est pareil. Je me dirige vers la station-service illuminée. Une étoile au-dessus de la porte indique l’entrée de la crèche, havre dernier peut-être, du voyageur fatigué.    La douleur revient. Je me traîne. Une petite fille l’air sérieux, en robe de tulle rose, saute à cloche-pied dans une brume lumineuse entre les pompes de carburant. Je grimace un sourire mais la gamine diabolique me tourne le dos. Je dis diabolique parce qu’elle ne me semble pas humaine. Ou alors elle n’est pas réelle. Je crois être dans un plan séquence d’Antonioni mais je sors du champ.  

J’entre dans le commerce. Quelques guirlandes anémiques ornent les présentoirs de sandwiches et de bonbons. Je n’ai besoin de rien sinon de repos. Je me hisse sur un siège minuscule mais très haut, devant une petite table ronde maculée de ronds de café. La position est douloureuse, je ne resterai pas longtemps. Une jolie jeune fille tient la caisse. Elle a coiffé une toque rouge de père Noël, qu’elle porte avec arrogance comme un bonnet phrygien, Marianne de station-service. Pourquoi les femmes sont-elles si belles ? Cette seule question me bouleverse, agite mon cerveau reptilien honteusement sexué. La beauté, comme une lame de sabre japonais, m’angoisse. Le katana blesse et tue. La lame froide et brillante, s’élève, lance un éclair au soleil puis s’abat, le sang gicle et le condamné perd la tête. Ainsi autrefois, j’ai perdu la tête pour toi et ça s’est terminé par mon exécution.

Cette fois, l’exécution n’est pas venue d’une femme, au contraire. Là-bas elles sont toutes jeunes et gentilles, à vous faire regretter de mourir. Surtout Sophie, son nom est marqué sur une petite étiquette dorée qu’elle porte épinglée sur son sein. Je fais semblant d’être mort quand elle pousse la porte de ma chambre. Elle se penche sur moi. J’attends de sentir son souffle sur ma joue, alors j’ouvre les yeux brusquement et c’est l’éblouissement. À chaque fois. Ses yeux myosotis soulignés de khôl, plantés dans les miens, pourraient me tuer de bonheur. L’émotion est si forte que je réprime un sanglot et que la machine se met à couiner. Sur l’écran, la chenille de la courbe verte passe au rouge. D’un sourire, elle remet la chenille à sa place. Quel dommage de ne pas mourir comme ça, le cœur déchiré par un regard myosotis. Une autre, Dorothée je crois, ne porte sous sa blouse que d’explosifs sous-vêtements blancs. La blouse, sans doute taillée pour des corps plus banals, baille légèrement à chaque bouton quand elle se bat avec les tuyaux, les câbles et les aiguilles. Et sa peau mate m’est offerte en visions homéopathiques.

Alors surgissent à mes yeux, les falaises violentes brûlées par le soleil de Provence, quand tu bronzais nue, couchée sur les posidonies sèches semblables à des copeaux de bois, tandis que les vagues qui s’écroulaient en grondant sur les galets, t’arrosaient de brisures de diamant brut. Tu riais et des frissons courraient sur ta peau. Délices électriques pour toi, et pour moi.

Des fantômes passent. Des chuchotements, des bruits lointains de chasse d’eau se mêlent au bruissement de mes oreilles. Marianne Noël, princesse de la caisse, baille derrière sa main. La nuit s’éternise. Je m’enfuis avant que la laideur me gagne. La douleur est si laide. Sur l’aire de l’autoroute des camions ronronnent, faussement endormis, rideaux tirés derrière des guirlandes électriques. Vont-ils rentrer chez eux demain pour la fête les routiers ? Des silhouettes se glissent furtivement entre les mastodontes. Dans sa voiture, le faux mort est maintenant affalé sur son volant. Quel travail, quelle jouissance, quelle souffrance l’ont fatigué à ce point ? J’envie son sommeil. Le mien est pour bientôt.

Je crois avoir repris la route car des lumières blanches passent au-dessus de ma tête, de plus en plus vite. La voiture hoquette ou mes tympans tapent. J’aurais coulé une bielle ? (Ça ne se dit plus je crois.) Non, c’est mon cœur qui cogne mais je n’ai pas mal. J’écarquille les yeux en abordant une descente vertigineuse. Un splendide panorama sort de la nuit. Paradisiaque. Mon cadeau de Noël ! Tout est brillant, lumineux. Les arbres solitaires, les bois bien ordonnés, les champs cultivés, verts, jaunes, bruns, les ondulations des coteaux ponctués de petites maisons blanches, une rivière de mercure qui serpente avant de se jeter à la mer…

Et le ciel, couleur de myosotis ! Je vois de plus en plus mal. J’ai comme de l’eau dans les yeux. J’ai murmuré : « Alice, forget me not ! » Fondu au noir.

Jean louis pindy anarchiste archivicide siou gilbert

Jean-Louis Pindy, anarchiste, archivicide

Par Le 09/12/2021

Ce livre retrace presque au jour le jour, les convulsions de la fin du dix-neuvième siècle, vues par un ouvrier menuisier brestois : la révolution industrielle, la guerre de 70, la chute de l'Empire, le siège de Paris, la Commune, la première Internationale… Et l’émergence des mouvements ouvriers syndicalistes, anarchistes et révolutionnaires.

Jean-Louis Pindy (né à Brest en 1840) était l’archétype de l’ouvrier fier de sa condition, fier de son travail, avide de connaissances et de progrès social. Sa personnalité opiniâtre, sans concession et courageuse, l’a conduit à s’illustrer dans la Commune de Paris et à l’Association Internationale des Travailleurs (A.I.T.). La Commune s’est achevée par la Semaine sanglante et l’incendie de Paris. Pindy, colonel de la garde nationale, met le feu à l’hôtel de ville, anéantissant ainsi des siècles de précieuses archives.

La sagesse venant avec l’âge, celui qu’on surnommait l’Anarchiste, a compris que la liberté était avant tout celle de travailler, de penser, de s’exprimer et de militer. Réfugié en Suisse, il y est resté ouvrier, expert en métaux précieux, jusqu’à sa mort en 1917.

L’Anarchie telle que la voyait Pindy était l’organisation de la société en partant du bas, des producteurs, et non en ruisselant du haut d’un gouvernement central. Un monde de mutualisme fondé sur des coopératives, des communes et des fédérations, à l’opposé de la dictature du prolétariat centralisatrice ou de la loi du profit maximum, hégémonique aujourd’hui.

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Le Conseil de l'Europe

Par Le 09/11/2021

La honte soit sur moi, j’ignorais jusqu’à l’existence du Conseil de l’Europe. Si j’en entendais parler ou lisais quelque part cette mention, je pensais Conseil européen (chefs de gouvernement de l’UE) ou Conseil de l’UE (conseil des ministres de l’UE) ou pire encore, Commission européenne (commissaires de l’exécutif de l’UE). Mais le Conseil de l’Europe existe bel et bien ! Nous venons d’en avoir la preuve avec cette campagne pour La liberté dans le hijab (Beauty is in diversity as freedom is in hijab). Pour une institution qui se donne pour mission principale de défendre les droits de l’homme, c’est une dérive peu banale que de faire la promotion du hijab et de piétiner ainsi les droits des femmes qui se battent pour l’enlever. 

Le Conseil de l’Europe est né en 1949, par le traité de Londres, de la volonté générale d’éviter de nouveaux massacres, de nouvelles horreurs. Comme après toutes les grandes guerres, on crée des organismes censés éviter la prochaine : Conférence internationale pour la paix, après la guerre de 70 ; Sociétés des Nations (SDN) après celle de 14-18 ; ONU (Organisation des Nations Unies) en 1945. L’Europe, qui a beaucoup à se reprocher en matière de conflits, a tenu à se doter d’une organisation particulière, le Conseil de l’Europe qui regroupe 47 pays, dont la Turquie et la Russie. L’Amérique et l’Asie ont fait de même.

Les bonnes volontés se déchaînent, les organisations mondiales se multiplient : UNESCO (science et culture), UNICEF (enfance), OMC (commerce), UNHCR (réfugiés), OCDE (développement économique), PAM (programme alimentaire), WHO (santé), etc., sans compter les ONG (organisations non gouvernementales). Et pendant ce temps on s’étripe au Moyen orient, en Afrique… on meurt de faim, les réfugiés se multiplient, la démocratie recule jusqu’en Europe. Peut-être les réunions, les rapports, les dénonciations ne sont-ils pas assez efficaces. Il faudra demander aux Tchétchènes.

Conseils, assemblées, comités, secrétariats, cabinets… des milliers de personnes intelligentes et diligentes, s’échinent sur les malheurs du monde. Rendons hommage à leurs résultats, mais ils sont minces au vu des efforts déployés. On peut se demander si c’est la bonne méthode, s’il ne faudrait pas faire l’économie de toute cette gigantesque hypocrisie, parfois perverse, qui n’a jamais évité une guerre. Et qui est sujette à toutes les influences voire à la corruption. Les lobbyistes, dont le rôle est de faire passer un intérêt particulier avant l’intérêt général, font la loi dans cette jungle (c’est ce qu’on appelle la diplomatie du caviar).

Mais ne changeons rien : Bon appétit messieurs ! Ô ministres intègres ! Conseillers vertueux ! (Ruy Blas, Victor Hugo).

Bakounine marx

Marx vs Bakounine

Par Le 18/10/2021

Mikhaïl Aleksandrovitch Bakounine (1814 – 1876) est un aristocrate russe né à Tver (entre Moscou et Saint-Pétersbourg). Karl Marx (1818 – 1883) naît à Trèves (en Prusse), dans une famille bourgeoise juive convertie au protestantisme. Bakounine préfère l’université à la carrière militaire à laquelle il était destiné, quant à Marx c’est un pur universitaire, il obtient son doctorat à Iéna.

Les deux géants du socialisme rivalisent de pilosité et d’ivrognerie. L’un boit l’alcool à la russe jusqu’à perdre conscience, l’autre boit comme un Allemand, chope de bière sur chope de bière, jusqu’au débordement. Ils ont en commun une santé délabrée. Marx vit dans une misère noire pendant 20 ans, dans les deux pièces d’un taudis à Londres avec sa nombreuse famille (il aura 7 enfants dont 4 mourront en bas âge). La malnutrition, le manque d’hygiène et de sommeil, le travail intellectuel forcené, entraînent des anthrax à répétition, des rages de dents… il souffre aussi d’une hépatite chronique et sur la fin, ses poumons seront atteints par un cancer. Bakounine garde de ses séjours en prison une santé chancelante. Il a perdu toutes ses dents à la suite du scorbut contracté à la forteresse de Königstein, il souffre d’une maladie de cœur et de pathologies diverses, foie, estomac… Marx n’aura passé qu’une nuit en prison (en Belgique) tandis que Bakounine, condamné trois fois à mort, sera interné de nombreuses années et déporté en Sibérie.

Bakounine est un géant de près de deux mètres, dandy négligé, il domine les assemblées par son aspect gigantesque et sa taille athlétique. Sa figure rabelaisienne de titan à la tête de lion, avec une superbe crinière, retient le regard. Mais son visage accuse la fatigue et la maladie. Et les abus. Il dédaigne l’argent, le distribue à pleine main quand il en a et emprunte sans vergogne, en oubliant de rembourser, quand il n’en a pas. Il y a dans sa nature quelque chose de franc, de simple et de convaincant qui attire. On a envie de se dévouer pour lui. Les ouvriers suisses ne l’appellent que Michel.

Marx, la peau brune, la barbe et les cheveux noirs et frisés, se compare lui-même au Maure de Venise. Habillé en bourgeois, le lorgnon en sautoir, il se tient au milieu de ceux qui l’entourent comme une cour, tel un souverain. Il est vrai qu’on ne peut oublier cette tête remarquable, aux yeux pleins d’intelligence malicieuse, dans un visage où l’expression de la bienveillance est absente. On sent qu’il pourrait mordre ses ennemis ! (C’est ce que dit de lui un anarchiste peu suspect de flagornerie).

Marx est amoureux fou de Jenny von Westphalen (il séduit aussi son père, qui permet enfin le mariage après 7 ans de fiançailles). La belle aristocrate se dévouera pour lui jusqu’à la mort, dans la maladie, les grossesses annuelles, la pire misère et la trahison. Karl fait un enfant à la jeune et jolie bonne de la famille, Hellen Demuth, dans la pure tradition bourgeoise. Il ne reconnaîtra pas l’enfant (Engel s'en chargera). Bakounine épouse à 44 ans une jeune polonaise de 17 ans, Antonia Kwiatowska, fille d’un exilé comme lui en Sibérie. Il s’évade et son épouse le rejoint à Stokholm plus d’un an après. Antonia tombe amoureuse d’un anarchiste italien, Carlo Gambuzzi avec qui elle aura trois enfants (et un quatrième après la mort de Bakounine) qu’il reconnaîtra suivant ses convictions libertaires. Il prône une liberté sexuelle totale pour les femmes et la fin de la famille juridique autoritaire.

Après avoir été amis à Paris puis à Londres (Bakounine traduit en russe le Manifeste du parti communiste de Marx et Engel), ils sont devenus les pires ennemis. Marx veut la dictature du prolétariat, le gouvernement des ouvriers, Bakounine l’anarchiste, ne veut aucun gouvernement. Ils participent tous deux à la fondation de l’Association Internationale des Travailleurs (AIT ou première Internationale) mais Marx obtiendra l’éviction de Bakounine au congrès de La Haye en 1872, où les socialistes autoritaires (les communistes) ont la majorité. La première Internationale n’y survivra pas.

Marx est un homme de cabinet, il n’a jamais mis les pieds dans une usine. Travailleur acharné, brouillon, il ne sait pas terminer un ouvrage, c’est Engel qui met de l’ordre dans ses papiers (Il est le seul à pouvoir déchiffrer son écriture : il écrit avec ses griffes dit-il). Bakounine au contraire est un homme de terrain, il est de toutes les insurrections (Paris en 1848, Prague, Dresde en 1849, en Allemagne, en Pologne, à la Commune de Lyon en 1871…). Orateur de talent, il intervient dans les assemblées révolutionnaires, galvanise les hommes, monte aux barricades, intrépide, infatigable. Il en est même parfois encombrant ! Il n’en laisse pas moins une œuvre philosophique importante.

Il n’y aura pas plus de 20 personnes à l’enterrement de Marx tandis qu’une foule se presse autour du cercueil de Bakounine, la princesse Zoé Obolenskaia son égérie, a envoyé une voiture pleine de fleurs. Les anarchistes suisses, français, italiens, allemands, pleurent sincèrement leur ami Michel.

Bourgeoisie

Le bobo des villes et le bobo des champs

Par Le 07/10/2021

(Mes excuses à M. De La Fontaine)

Le bobo des villes a invité le bobo des champs à dîner.

Un dîner en ville élégant comme il se doit,

Avec des personnalités presque ministres

Des femmes d’esprit, des jolies journalistes.

La chère sera saine, goûteuse et rare. De grand choix.

 

Le bobo des champs est parti au point du jour

Dans sa voiture de collection à pétrole,

Mais son véhicule est interdit de séjour

Dans ce quartier huppé de la métropole,

Où dorment les SUV propres, rechargeables et lourds.

 

Le bobo des champs arrive enfin en taxi.

Son épouse, à la maîtresse de maison ravie,

Offre un panier de légumes de leur jardin,

Bios évidemment, issus de tous leurs soins.

On s’extasie à la ronde sur leur aspect moche.

Certains demandent ce que c’est, fruit ou légume ?

Et chacun feint de s’intéresser, tâte et hume.

 

Le dîner est chic, le vin bio coule à flot.

Car ça ne peut pas faire de mal la bamboche,

Non plus le quinoa andin des hauts plateaux,

Ou le cher tabac récréatif marocain.

On parle arbres, qualité de l’air, jus d’agrumes,

Lisier, labourage, pesticides enfin.

Le bobo des villes approuve sans écouter.

La ville est trop sale, bruyante et polluée.

Il pense bien à s’installer à la campagne.

Rendez-vous est pris pour un week-end prolongé

En région Bretagne, chez le bobo des champs.

 

« J’ai galéré pour trouver la propriété

Le GPS vous mettait en Afghanistan ! »

Dit le bobo des villes depuis son auto

4x4 hybride de 300 chevaux,

Avec une boîte automatique à crabots.

« Nous avons pris des bottes – Vous avez raison,

Il a un peu plu, mais ce n’est pas la saison. »

 

Après la visite du jardin potager,

De la chèvre, de la brebis, du poulailler,

Des fleurs, et des paillages en ardoise d’Anger,

Au fond du jardin, le bobo des champs s’excuse :

« J’en pouvais plus de débroussailler le talus

C’est plus propre, J’ai mis du plastique dessus.»

Au composteur, le bobo des villes accuse :

« C’est étrange, il ne sent rien ton fumier !

– Il ne fonctionne pas, je ne sais pas pourquoi.

– C’est le bio, c’est trop sain, ça ne pourrit pas ! »

Affirme le bobo des villes en riant.

 

Tous à table ! Le maire écolo est venu

Avec sa femme, ancienne hippie toute fripée,

Habillée en coton bio équitable

Des chaussettes au turban, sandales confortables

Fabriquées en Inde dans de vieux pneus.

La conversation est confuse, au mieux,

Mais inclusive, c’est fini le new-âge

Et les chakras, on peut évoquer les varices.

Le maire défend la cause du coq Maurice,

Qui sonne le réveil à quatre heures du matin.

Le bobo des champs aime bien le coq au vin.

Les cloches du curé sont aussi un problème

Mais à ce niveau on est plutôt sur le thème

Du père Dupanloup, que bientôt on chante,

(On a fait des études, ce n’est pas pour rien)

Et que la campagne est belle, ravissante,

Sa poésie est presque d’un ordre divin,

On évoque Watteau et ses fêtes galantes.

 

La nuit a été belle, personne n’a vomi.

« Il vaut mieux pas être malade, a dit le maire,

Et ne cherchez pas, le plus proche médecin

N’exerce pas sur le même méridien.

Heureusement qu’on peut voir un vétérinaire

Qui est expert en maladies du coin. »

 

À quatre heures du matin Maurice réveille

Ceux qui ont pu dormir, sur l’une ou l’autre oreille.

Des fragrances odieuses se répandent,

C’est dimanche, jour d’épandage du lisier.

Les moustiques repus vont se reproduire

Et les mouches se mettent intensément à bruire.

L’hôtesse s’excuse, pour les croissants surgelés,  

L’excellent boulanger du village est parti.

Il a fait fortune comme plombier à Paris.

 

Le bobo des villes remercie le bobo

Des champs, pour son accueil, son fromage, ses légumes

Son eau de vie artisanale et son champagne.

Il est résolu à habiter la campagne

Là où il n’y a pas d’agriculteur, de coq et de curé.

Avec le prix de son six pièces, une fortune,

Il se paiera 120 hectares de forêt

Murée, autour d’un château de prince charmant.

Et chaque matin dès l’aube, il se fera livrer,

Les croissants tout chauds, par un esclave à vélo.

*

Entropie

Entropie humaine

Par Le 24/09/2021

En physique, une notion m’a toujours paru mystérieuse, même si on peut la traduire par des expressions mathématiques : l’entropie. Cette valeur qui ne peut que croître me semble d’ordre divin ou plutôt diabolique. Est-elle universelle ?

Qu’est-ce que l’entropie ? C’est une grandeur qui permet d’évaluer la dégradation de l’énergie d’un système, l’entropie caractérise son degré de désordre. Elle peut s’exprimer par le rapport entre la quantité de chaleur et la température d’un système isolé : Q/T. L’entropie est intimement liée à la flèche du temps. Il est impossible de revenir à l’instant d’avant. Un sucre dissout dans le café ne redeviendra jamais un sucre. Et les particules de sucre bien ordonnées et figées dans des cristaux sont maintenant associées aux molécules d’eau en désordre et en mouvement. L’entropie du petit noir, et du sucre sur la soucoupe, a augmenté.

Peut-on parler d’entropie humaine ? L’humanité peut-elle être considérée comme un système isolé ? Il serait simple de dire qu’un ensemble vivant ne subit pas les lois de la thermodynamique et n’en parlons plus. Je n’en crois rien. La flèche du temps agit cruellement sur nous. On n’a jamais vu un mort revenir à la vie (à de rares exceptions près). L’entropie du genre humain ne pourrait-elle que croître, comme celle de toutes choses dans l’univers ?   

Le vivant a une relation particulière à l’énergie. Contrairement aux systèmes naturels inanimés qui dispersent l’énergie dans l’environnement, le vivant consomme de l’énergie, il pompe dans son milieu pour vivre. La vache mange de l’herbe et restitue des gaz nauséabonds. On sait ce que commet l’homme. Dans un système en équilibre avec assez de pluie et pas trop de vaches, l’entropie globale ne croît pas trop vite (il y a quand même transformation de carbone organique en gaz dans l’atmosphère). Mais sur terre nous sommes très loin de l’équilibre.

L’énergie de l’univers se dégrade, le désordre augmente mais la richesse aussi. À partir de l’hydrogène et de l’hélium les étoiles en mourant fabriquent de l’or. Sur terre peut-on dire que la vie est une richesse ? Si on considère que la vie n’a pour but que sa pérennité (je ne vois pas quel autre but elle pourrait avoir) elle débouche obligatoirement sur le progrès des espèces par la sélection naturelle. La vie s’enrichit d’elle-même. La complexité gagne, donc le désordre, forme de l’entropie de la vie.

Mais l’homme ? On pourrait se contenter de ce qui vient d’être dit. L’homme est le fruit de l’évolution (on sait aujourd’hui que de nombreuses espèces d’êtres humains ont précédé l’homo sapiens) et son entropie marquerait le sommet (provisoire) de la vie. Ce serait sans compter les civilisations qui se sont succédées et se sont effondrées l’une après l’autre. Y a-t-il un rapport entre l’hégémonie exercée par un groupe humain et l’entropie générale ?

De toute évidence oui ! Les lois, les mœurs, les contraintes imposées par le groupe dominant, viennent se superposer aux règles des dominés. Les minorités s’opposent au pouvoir. Le désordre s’accroit avec les conflits. Quel bond formidable de l’entropie humaine qu’une guerre. L’énergie (au sens large) dégradée est perdue à jamais. Sur les ruines, une nouvelle civilisation s’installe, toujours plus avide, et l’entropie continue de croître sans possibilité de retour en arrière.

L’entropie humaine se nourrit des ressources disponibles sur terre, fournies en grande partie par le soleil (les énergies fossiles seront un jour épuisées mais l’énergie colossale fournie par le soleil devrait toujours suffire à satisfaire nos besoins les plus délirants). L’homme finira-t-il dans un désordre gigantesque, une espèce de mouvement brownien de ses mille milliards d’habitants ? Puis le soleil s’éteindra après un gigantesque feu d’artifice, la terre se débarrassera de son atmosphère et de ses habitants, réduits en poussière, vide d’énergie. L’entropie, cette valeur mystérieuse, grandira encore jusqu’à la dispersion totale de la planète dans le vide intersidéral.

Alvin toffler

Le choc du futur

Par Le 01/09/2021

J’ai relu Le choc du futur d’Alvin Toffler, paru en 1970. Ce livre oublié aujourd’hui, avait eu un succès considérable à l’époque. Cinquante ans après sa parution, il m’a semblé intéressant de comparer sa vision du futur à la réalité advenue. Et les solutions qu’il préconise à celles que nous avons trouvées pour supporter le choc, si tant est qu’il y ait eu un choc.

Bien vu d’abord, ce qu’il appelle le super-industrialisme et que nous nommons aujourd’hui la civilisation post-industrielle. Les pays à haut développement technologique s’engagent dans le secteur tertiaire et rejettent le travail manuel. C’est le triomphe des cols blancs. Mais Toffler n’évalue pas le coût énorme de ce triomphe en termes humains, la paupérisation de régions entières et le report de la pollution, de la déforestation, de la réduction de la biodiversité, etc., dans les pays en voie de développement. Il ignore en 1970, le réchauffement climatique, qui est maintenant une préoccupation majeure. Et pourrait provoquer un véritable choc de civilisation en retour.

Toujours sur le plan économique, il cite le Secrétaire général des Nations unies U Thant : « Aujourd’hui […] les ressources ne sont plus une limite aux décisions, ce sont les décisions qui font naître les ressources. Tel est le changement fondamental et révolutionnaire – le plus révolutionnaire peut-être de mémoire d’homme. » On peut dire cinquante ans après que le phénomène s’est inversé. À force de puiser sans mesure dans les ressources nous en sommes à redouter leur épuisement. C’est la disponibilité des ressources qui impose les décisions (le choix des matières premières et des produits semi-finis), elle impacte les politiques nationales, entraîne des guerres, alimente le terrorisme et suscite des alliances parfois contre nature. Et le transport massif pose de plus en plus de problèmes. Plus grave encore, les êtres humains sont aussi considérés comme des ressources (voir mon billet « Du personnel aux ressources humaines » du 20 août 2018).

En 1970 Toffler peut déjà dire que les frontières ont éclaté, que le réseau des liens sociaux est si serré que les conséquences d’un évènement se répandent instantanément dans le monde entier. Il n’emploie pas le terme de mondialisation mais il en a l’intuition. Un évènement qui ne concerne qu’une poignée de gens au moment où il s’est produit, peut avoir des conséquences mondiales (Black Lives Matter, Me too…). Et les évènements du passé refluent sur nous (esclavage, colonisation, Shoah…).

Le choc du futur pour Toffler, se trouve principalement dans l’accélération générale que subissent les habitants du monde. Tout va plus vite, c’est le règne de l’éphémère. On jette, on divorce, on change de métier, de résidence… on vit à cent à l’heure et l’on communique plus vite encore. Toffler se demande si l’homme réussira à s’adapter, si de nouvelles pathologies ne vont pas apparaître, dues aux changements rapides, brutaux et continuels de nos conditions de vie. Il ne semble pas pourtant, que 50 ans de changements radicaux (stress, pollution, réduction du sommeil, nourritures industrielles, usage des écrans, etc.) aient engendré de nouvelles maladies. Bien que l’espérance de vie (hors Covid) soit en recul dans certains pays, aux USA particulièrement, mais les causes en sont complexes. En revanche, la mondialisation nous met à la merci d’une pandémie qui s’étend à toute vitesse et le changement climatique semble impacter de plus en plus notre vie quotidienne : catastrophes météorologiques, plantes et insectes invasifs, mauvaises récoltes… Toffler se trompe sur les causes mais le résultat pourrait être le même.

Il n’a pas idée du saut quantitatif énorme des échanges au niveau de la planète en 50 ans. Échanges, dont les conséquences nous échappent totalement, qui vont du virus mortel, aux mœurs américanisées (les Lumières sont ringardisée), en passant par les réseaux sociaux. Échange aussi de biens de toute nature : roses d’Ethiopie, haricots verts du Kenya, voitures coréennes, téléphones chinois… Toffler cite en exemple, l’introduction des postes à transistors qui ne serait pas étrangère à la recrudescence des nationalismes arabes ! Le transistor est un pétard à mèche, comparé à la bombe H d’Internet. Cependant il prévoit l’invention d’un assistant personnel virtuel (et intelligent), qui n’apparaîtra que vers 2010 (OK Google !). Ce n’est pas si mal, alors qu’IBM en est encore aux cartes perforées.

Toffler attaque rudement la technocratie verticale de nos dirigeants. Il prédit une instabilité sociale de plus en plus grande et une perte de contrôle sur les forces qui génèrent l’évolution de la société (on pense aux Gilets jaunes). Ce n’est pas aux politiciens, aux scientifiques et encore moins aux technocrates, qu’il faut demander dans quel monde nous voulons vivre dans dix, vingt ou trente ans, il faut aller au peuple. Belle utopie que le référendum permanent qu’il suggère !

 Il raisonne en démocrate américain et pense comme Francis Fukuyama, que la démocratie libérale sera la forme finale des gouvernements de tous les pays et conduira à  La fin de l’histoire. Mais tout le monde n’est pas américain et la démocratie perd du terrain partout, y compris en Europe. Et ce n’est pas de la seule faute des technocrates.

Finalement, la prospective de Toffler est assez juste. Il voit bien que, à mesure que l’interdépendance mondiale des groupes sociaux se fait plus étroite, le plus petit d’entre eux acquiert un pouvoir explosif terrifiant. La démocratie n’a pas de réponse à ce problème. Nous sommes lancés à toute vitesse vers l’inconnu, dans le noir, en espérant ne pas percuter un mur. Mais Toffler passe complètement à côté de ce qui est vraiment le choc du futur, l’explosion démographique et son corollaire, la préservation de la planète pour la survie du genre humain.

  

Image inclusion

Inclusif

Par Le 05/08/2021

Inclusif, le mot à la mode. Il en est qui tout-à-coup deviennent viraux (viral est lui-même un mot viral) dans la presse, sur Internet et dans le langage des politiques. Comme pour les épidémies, on ne sait jamais trop d’où c’est parti. Tout ce que l’on sait, c’est que le virus se propage à grande vitesse et qu’il fait des ravages.

Une des premières apparitions de l’adjectif inclusif, qui a contaminé les médias, puis les hommes et les femmes politiques qui écrivent, s’est trouvée dans l’écriture inclusive. Selon la professeure Ayada, elle n’y voit nulle inclusion et seulement une tentative de destruction de la langue française. Je trouve que c’est faire beaucoup d’honneur aux activistes qui l’on inventée ou la pratiquent. Cette écriture qui ne peut se lire à haute voix, est seulement une sottise de plus, que s’attache à pratiquer les féministes intégristes et les politiques démagogues, qui craignent de perdre la voix des femmes aux prochaines élections. Quant à moi, je suis favorable à utilisation du féminin à la place du neutre masculin. Ne dit-on pas, les femmes et les enfants d’abord en cas de naufrage ? Celui de la langue française en l’occurrence. 

Le terme inclusif qui signifie simplement « qui contient en soi quelque chose d’autre » devient générique. Par exemple, l’éducation inclusive qui « vise le plein développement de l’autonomie et de l’autodétermination des enfants et principalement de ceux ayant des besoins particuliers. Elle encourage l’ensemble de la communauté (ce terme n’est pas du tout inclusif puisqu’il exclut ceux qui n’en font pas partie) à privilégier l’intégration de tous les enfants dans les différentes sphères d’activités. » Belle utopie généreuse, que n’adopteront certainement pas les parents de petits génies (et ils sont nombreux), même s’ils sont wokes (conscients des injustices et du système d’oppression qui pèsent sur les minorités).

J’oserais la comparaison entre intégration et inclusion. On dit intégrer l’X, Sciences-po., Normale sup. ou parfois aussi un C.P. Montessori. Intégrer c’est atteindre un niveau supérieur. Les journées d’intégration par exemple, permettent à ceux qui n’ont jamais bu une bière de passer directement à la tequila. L’inclusion au contraire met tout le monde au même niveau et comme on ne peut pas transformer un âne en cheval de course, on fait courir les ânes.

Au top niveau de l’inclusion on peut mettre Nayib Bukele le président du Salvador. Il a décidé l’inclusion financière des plus pauvres, en légalisant le cours du bitcoin dans son pays. Voilà une nation qui va confier sa monnaie à un algorithme, pour éviter les commissions versées aux banques sur les transferts de fonds des expatriés (qui représentent tout de même  21 % de son PIB). Le blanchiment de l’argent sale et la corruption, plaies du Salvador, vont certainement bien profiter de la situation. Le petit paysan, qui n’a même pas de compte en banque, va se trouver en position extrêmement périlleuse. Son maigre lopin de terre, risque de se retrouver rapidement aux mains d’un narcotrafiquant.

L’inclusion mise à toutes les sauces, risque d’être un plat difficile à digérer. Il est peu probable qu’elle mette fin aux injustices, discriminations, racisme et haines recuites qui minent la société. Elle peut même en rajouter. Dans l'horreur : Le porte-parole des Talibans, nouveaux maîtres de Kaboul, Suhail Shaheen a déclaré: "Nous voulons un gouvernement islamique inclusif." Après ça, comment utiliser ce mot sans trembler ? 

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Misère des cimetières

Par Le 19/07/2021

Nos cimetières semblent abandonnés. Les mauvaises herbes poussent entre les tombes (pardon, je ne voudrais pas stigmatiser les herbes qu’on dit mauvaises, nous devons respecter la nature). Au cimetière de Lambé (Lambézellec à Brest), la porte ouest n’a pas été nettoyée  depuis des années, l’eau du robinet tout proche, coule dans le passage et l’herbe pousse sous la grille. À la tristesse des lieux s’ajoute un sentiment de délaissement.

Le refus des pesticides, louable en soi, a conduit à enherber certains cimetières. Comme la disposition des tombes ne s’y prête guère, la tonte de l’herbe et la coupe des bordures sont laborieuses. À chaque entretien, les monuments et les fleurs sont couverts de terre et de débris végétaux très difficile à éliminer. Bref, tout est sale.

Certaines mairies demandent aux citoyens de nettoyer les cimetières ou au moins leur propre concession. Si c’est impossible pour les tombes abandonnées ou rarement visitées car trop anciennes, le recueillement qui s’impose à la mémoire des défunts ne s’oppose évidemment pas à une petite séance de jardinage. Mais demander aux citoyens de se constituer en commando pour nettoyer leur cimetière, s’apparente aux corvées moyenâgeuses (sauf qu’elles ne sont plus obligatoires). Il serait plus judicieux d’y coller les condamnés à des travaux d’intérêt général ou des prisonniers qui seraient ravis de prendre l’air et de se sentir un peu utiles (pour les volontaires évidemment, nous ne sommes plus au temps des travaux forcés).

L’entretien des cimetières est un service public et comme tout service public, il n’a pas vocation à être rentable (il semble que ce principe, pourtant fondamental, est remis en cause à tous les niveaux de gouvernance, depuis l’Europe jusqu’aux mairies). Le respect dû à nos morts n’a pas de prix, il s’apparente à la morale, aux sentiments, à la cohésion sociale aussi.

On ne peut pas parler de culte des morts en Bretagne. Nos ancêtres n’étaient pas meilleurs que nous, il n’y donc pas de raison de leur élever des autels, mais nos cimetières étaient généralement bien tenus. Cependant, pour les défunts qu’on a connus, il nous reste des souvenirs et c’est aussi à nous-même que nous pensons, en nous recueillant sur leur tombe (qui sera peut-être un jour la nôtre). Les oublier, c’est oublier une partie de notre vie, bonne ou mauvaise, qui nous a fait ce que nous sommes. Respecter nos morts c’est se respecter soi-même. Ce n’est pas toujours aussi facile que d’arracher quelques mauvaises herbes.     

Nos ronds-points richement plantés et décorés par les jardiniers municipaux, sont bien mieux lotis que nos cimetières. Auraient-ils peur des fantômes qu’ils n’y mettent pas les pieds ? Je suggère finalement que nous enterrions nos morts sur les ronds-points. Ainsi fleuris, nos défunts seraient enfin justement honorés. Et bientôt, grâce aux voitures électriques, ils n’auraient même pas à souffrir des gaz d’échappement.                 

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Profiter

Par Le 20/06/2021

Encore un verbe d’usage courant, non pas dévié de son sens premier, mais utilisé abusivement. « Voilà les vacances, je vais bien profiter de mes petits-enfants.»

Profiter : tirer un avantage matériel ou moral de… (Larousse 2011) Ou encore : tirer un gain ou de l’avantage de quelque chose // rapporter du profit // servir, être utile //faire des progrès // se dit de la nourriture dont le corps tire avantage… (Littré)

Profiteur, euse : personne qui cherche à tirer un profit ou un avantage abusif de toute chose, notamment du travail d’autrui (Larousse 2011). Ou celui ou celle qui tire profit de la peine ou du travail des autres, péjoratif (Littré).

De ces deux définitions, il s’en suit que n’est pas obligatoirement un profiteur, celui qui profite de quelque chose. Sauf si ce profit est abusif. Il ne serait donc pas immoral de profiter de ses petits-enfants. Cependant la formule est douteuse.

« Je vais en vacances à Cherbourg, pour bien profiter du soleil ! » Même si c’est difficile à Cherbourg, profiter du soleil n’est pas abusif. Le verbe profiter est donc idoine dans ce cas. Quand on dit : « Je vais profiter de ma belle-mère cet été » on ne pense pas au plaisir qu’on va tirer de son physique avantageux, de sa présence envahissante et de sa conversation acide, mais bien à lui soutirer des avantages ou de l’argent, en authentique profiteur.

Mais profiter des enfants, des amis, des circonstances, induit un biais. Qui profite ? Je profite, car l’amour, l’admiration, les attentions, les cadeaux, etc. sont pour moi. Est-il question que j’apporte quelque chose ? Non, tout est pour moi. Je peux donner en retour l’équivalent de ce que je reçois, mais ce n’est pas dit dans la formule : je profite.

Ne soyons pas pessimiste, nous ne sommes pas profiteurs pour autant. Dans le cours de l’histoire, les exemples d’altruisme sont constants et l’époque actuelle ne semble pas plus égoïste qu’une autre. Cependant notre niveau de richesse est inégalé, du moins si on considère les biens matériels et les moyens de jouissance dont nous disposons. Et plus de richesses pour les uns, c’est plus de misères pour les autres (par comparaison, il ne me suffit pas d’être heureux, encore faut-il que les autres ne le soient pas plus que nous). On ne désire que ce qu’on n’a pas.

Vous n’avez rien vous marchez, vous disposez d’une bicyclette vous pédalez, d’une voiture vous voyagez, d’un avion vous polluez… Plus on en a, plus on en veut. Ça ne fait de torts à personne (sauf à la planète comme disent les jeunes). Mais ce n’est peut-être pas le but de la vie, de jouir de tout ce que la civilisation nous offre, presque sans mesure (quand nous serons débarrassés du méchant virus).

Profitons moins, vivons la vraie vie. Pas celle de l’amour virtuel, des paroles vides ou des vidéos rigolotes sur les réseaux sociaux. Ni celle d’une piscine à Bali. Est-ce possible ? Non, je ne crois pas. Le progrès moral n’existe que dans les rêves des philosophes ou les mensonges des politiques. L’homme demeurera toujours un loup pour l’homme. J’en suis un moi-même… Hou ! Hou ! Hou !  

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Le néant des idées

Par Le 19/05/2021

Qu’est-ce qu’une idée à laquelle on ne pense pas ? (Alain) Comment un de nos plus grands philosophe contemporain peut-il proférer une telle sottise ? Je plains sincèrement les élèves de terminale qui seront jugés pour une large part sur leurs prestations philosophiques. À l’oral qui plus est. Mort aux timides et bafouilleurs !

Mais qu’est-ce qu’une idée à laquelle on pense ? Alain ne répond pas. Une idée c’est une petite lumière qui s’allume dans notre cerveau (on la figure par une lampe électrique dans les dessins de presse). Tout s’éclaire et soudain, nous savons ce que nous avons à faire. Eureka ! s’écrie Archimède dans son bain, quand il voit son sexe se dresser mollement comme une algue dans la mer. Il en déduit que : « Tout corps plongé dans un liquide reçoit de la part de ce liquide, une poussée verticale de bas en haut égale au poids du liquide déplacé. »

Tout le monde n’a pas de baignoire, on peut simplement avoir l’idée d’acheter une pizza pour éviter d’avoir à faire à manger. L’idée est l’amorce d’une réalisation, si elle se concrétise. Curieusement mises au pluriel, les idées, n’ont plus la même signification. On se fait des idées, c’est-à-dire qu’on imagine des choses qui ne sont pas. L’inverse en fait, d’une bonne idée.      

Mais il y a d’autres idées qui n’en sont pas, comme par exemple les idées des hommes politiques, ce qu’ils nomment des convictions. Mot honnête pour dire des croyances, qu’ils n’ont aucun moyen de prouver avant de se trouver au pouvoir, en situation alors de ne pas pouvoir (ou de ne plus vouloir) les appliquer. Mais n’accablons pas les politiques, nous avons ceux qui nous ressemblent, ou du moins, nous représentent.

Mis à part les idées géniales qui conduisent à des inventions, que reste-t-il de nos idées ? Je ne parle pas du fonctionnement normal du cerveau qui nous fait bouger bras et jambes en fonction d’un but plus ou moins bien explicité, mais des idées qui germent en permanence dans nos têtes. On pourrait comparer cette agitation, au bouillonnement du vide mis en évidence par la mécanique quantique. Une énergie énorme qui au total, ne produit rien. Sauf le néant, s’il existe. Néant qu’on pourrait traduire aussi par idées noires. Noir, symbole de la mort.

Seul le poète qui laisse à sa plume la bride sur le cou (Mme de Sévigné) ou pratique l’écriture automatique (André Breton), met sur le papier les idées confuses, bizarres, interdites parfois par la raison, qui s’entrechoquent dans son cerveau en produisant des feux d’artifices, explosions de beauté artificielle sans signification propre. Le vrai poète (pourquoi dit-on vrai, y en aurait-il des faux ?) fait appel à l’envers du décor. Il voit le derrière des acteurs et la face des spectateurs. Peu importe la pièce, tout le monde la connaît, seule l’émotion compte. De là nait la surprise, l’originalité. L’humanité.

Le philosophe est tout le contraire du poète. Il est dans la salle et observe la pièce. Il critique, ne rit pas. Il plaque ses idées, son opinion, sur ce qu’il croit voir. Il s’imagine plus intelligent que l’auteur. Et si la pièce est le théâtre du monde, le philosophe n’en voit qu’un coin minuscule du haut de ses prétentions, de ses préjugés (il est au balcon derrière une colonne). Lui pense, les autres agissent. Mal évidemment. Il n’a pour lui que ses idées, autrement-dit rien, le néant. Car il se garde bien de les appliquer pour lui-même (à de rare exceptions près, qui se terminent souvent très mal)

Les grands hommes n’ont qu’une seule et belle idée : leur gloire. Même les saints. Quand nous monterons au paradis, nous les verrons bien rangés, à la droite de Dieu assis sur son nuage porté par les Trônes, ces roues de feu piquetées de mille yeux.

Vous n’avez pas idée du spectacle !

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Dernière facétie du prince Philip

Par Le 29/04/2021

La cérémonie religieuse des funérailles du prince Philip Mountbatten duc d’Edimbourg, malgré son côté dépouillé et grandiose à la fois, n’a pas manqué, comme souvent les solennités les plus sérieuses, voire tragiques, d’un petit côté comique. La dernière facétie du prince, ce n’est pas la présence de sa calèche et de ses chevaux sur le parvis de la chapelle de Windsor qui est étonnante, (Caligula avait bien nommé consul son cheval Incitatus) mais la lecture par David Conner, doyen de Windsor, d’un texte biblique choisi expressément par le prince.

Il s’agit de ‟Merveilles de la nature” tiré de l’Ecclésiastique (et non pas de l’Ecclésiaste comme l’a dit imprudemment Gilles Bouleau, aussitôt corrigé par le curé de service). En voici un extrait :

« Par son ordre il [Le Très Haut] fait tomber la neige, il lance les éclairs selon ses décrets.

C’est ainsi que s’ouvre ses réserves et que s’envolent les nuages comme des oiseaux.

Sa puissance épaissit les nuages qui se pulvérisent en grêlons

À sa vue les montagnes sont ébranlées, à la voix de son tonnerre la terre entre en travail.

À sa volonté souffle le vent du sud, comme l’ouragan du nord et les cyclones.

Comme des oiseaux qui se posent il fait descendre la neige, elle s’abat comme des sauterelles.

L’œil s’émerveille devant l’éclat de sa blancheur et l’esprit s’étonne de la voir tomber.

Il déverse encore sur la terre, comme du sel, le givre que le gel transforme en pointe d’épines.

Le vent froid du nord souffle, la glace se forme sur l’eau ; elle se pose sur toute eau dormante, la revêt comme une cuirasse.

Il dévore les montagnes et brûle le désert, il consume la verdure comme un feu.

Le nuage est un prompt remède, la rosée, après la canicule rend la vie.

…. »

Le texte, qui date de 190 avant J. C. décrit une météo poétique qui attribue au Très Haut, des phénomènes qui devaient stupéfier les Hébreux comme le gel ou la neige. Philip, féru d’écologie princière, se moque une dernière fois des gogos écolos et s’en remet à Dieu pour sauver la planète. Je peux me tromper, mais il me semble que le texte avait du mal à franchir la glotte du très pieux et flegmatique doyen Conner.

D’ailleurs Dieu fait ce qu’il peut pour sauver la grosse boule bleue. Il nous envoie sans qu’on l’en ait prié, une pandémie qui devrait éliminer le trop plein de population qui met la planète en danger.      

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Race et racisme

Par Le 14/04/2021

Pendant de nombreuses années le mot race avait disparu des discours. Interdit. Le voilà qui revient, masqué en racialisme, indigénisme, relativisme, pensée postcoloniale, suprématisme, intersectionnalité, etc. et autres néologismes à forts relents polémiques. Mais qu’est-ce que la race ? Peut-être faut-il se demander d’abord ce qu’est l’Homme ?

On le trouve dans l’encyclopédie des animaux entre homard et huître. L’Homme est un mammifère de l’ordre des primates, famille des hominidés, genre homo, espèce (unique) sapiens. Sa particularité essentielle est le langage doublement articulé (en mots signifiants et en sons).

On définit plus difficilement la race : groupement naturel d’individus présentant un ensemble de caractères physiques, physiologiques, pathologiques, voire psychologiques communs, transmis selon les lois de l’hérédité. La notion de race est essentiellement biologique et ne peut s’appliquer qu’aux seuls caractères transmis génétiquement. Les différences raciales sont d’ordre quantitatif et non qualitatif. Tous les gènes humains sont représentés dans toutes les races. Par exemple, la couleur de la peau est régie par une douzaine de gènes que tout le monde possède, seul leur arrangement diffère. Ceci a pu faire dire que les races n’existent pas. Il s’agit pourtant d’une évidence, à moins d’en changer la définition, les races existent bel et bien.

L’Homme est un animal social. Il se regroupe de différentes manières : 

En États, formations politiques soumises à des lois et à un gouvernement unique.

En nations, groupement d’hommes vivant dans un même territoire et ayant en commun des intérêts, une histoire, une religion, une langue.

En peuples, ensembles des individus groupés sous une même autorité religieuse ou autre.

En populations, concept démographique constituant un groupement particulier d’individus appartenant à une même catégorie sociale. Ou en classe sociale, représentant un grand groupe, pris dans une dimension sociale de fait, et non de droit.

Enfin en ethnies, groupements fondés sur la communauté de caractères culturels et linguistiques.

On voit bien qu’on ne peut pas remplacer race par ethnie ni par aucun des groupes cités. Les conflits entre eux, vont de la guerre mondiale au crêpage de chignon sur le pondalez (pardon, le palier), en passant par la révolution.

On peut définir le racisme, comme l’idéologie fondée sur la croyance qu’il existe une hiérarchie entre les races ou l’hostilité systématique à l’égard d’une catégorie déterminée de personnes. Il relève de la haine de l’autre, profondément enfouie dans les ténèbres de notre cerveau reptilien, là où l’intelligence ne pénètre pas (voir le billet ‟La haine” sur le même blog). L’arme favorite des racistes est le lynchage.

La lutte contre le racisme ne relève pas seulement de l’éducation car l’enseignement, en dépit de tout, est obligatoirement orienté par la culture locale, l’histoire, l’actualité… L’universalisme tant décrié aujourd’hui, n’est qu’une utopie, tout comme l’égalité (race, sexe, âge…) dans notre République. L’égalité devant la loi est déjà si difficile à obtenir. Il reste à chacun de faire preuve d’intelligence, de bienveillance et de courage. Une utopie de plus !

Bakounine a écrit (1869) : « C'est l'horreur, également instinctive pour tout ce qui est étranger, instinctive et par conséquent tout à fait bestiale, oui réellement bestiale, car cette horreur est d'autant plus énergique et plus invincible que celui qui l'éprouve a moins pensé et compris, est moins homme. » 

Les petroleuses

Les femmes de la Commune de Paris

Par Le 23/03/2021

On a beaucoup parlé du rôle des femmes dans l’histoire de la Commune de Paris en 1871. Cent cinquante ans après, dans un féminisme flamboyant, que peut-on en dire ? Les femmes n’ont joué aucun rôle politique officiel dans la Commune. Elles n’étaient ni électrices ni éligibles (la Commune prévoyait de leur donner le droit de vote). Cependant elles étaient très actives dans les clubs, l’éducation des filles, les mouvements ouvriers et particulièrement à l’Association Internationale des Travailleurs (AIT). Et quand il a fallu se battre.

La plus célèbre est Louise Michel. Elle a combattu dans les rangs de la garde nationale au 61e bataillon. L’indomptable institutrice a été de tous les combats jusqu’à la fin, sur les barricades. Alors qu’elle était prisonnière aux Chantiers à Versailles, un officier la reconnait :

– C’est vous qui êtes venue au campement de Versailles, pour faire la propagande de la Commune avant l’attaque de Paris.

– Oui c’est moi, vous pouvez le raconter.

– Est-ce que vous nous prenez pour des mouchards ?

– Vous êtes bien des assassins !

La réplique était cruelle mais vraie pour la plupart des militaires. À son procès elle répond au président : Si vous me laissez vivre, je ne cesserai de crier vengeance… J’ai fini ! Si vous n’êtes pas des lâches tuez-moi.

La Brestoise Nathalie Le Mel, moins guerrière mais tout aussi pugnace, organisait pendant le siège de Paris et la Commune, des distributions de nourriture, un véritable tour de force de dévouement et d’intelligence. Elle avait obtenu l’égalité des salaires entre les hommes et les femmes dans sa profession, en animant la grève des relieurs. Pendant la semaine sanglante elle était au milieu des communards pour donner des soins aux blessés. Désespérée par l’horreur finale, elle tente de se suicider en respirant la fumée d’un poêle à charbon.

Place blanche la barricade était tenue par des femmes. Il y avait là sous le drapeau rouge, Élisabeth Dmitrief, Nathalie Le Mel, Malvina Poulain, Blanche Lefebvre, Excoflon… André Léo était à celle des Batignolles. Cette femme qui s’était dotée d’un pseudonyme masculin, écrivaine et journaliste, était une des premières militantes féministes de France. Exilée en Suisse, elle continuera son action et plaidera pour la Commune.

 On ne saura jamais la vérité sur les pétroleuses, ces femmes qu’on a accusées de mettre le feu à Paris. Il est connu que des femmes avait été chargées de recenser les provisions de pétrole avant la dernière semaine de la Commune et, probablement, de les stocker aux endroits stratégiques. Pendant les combats, le ministère des finances prend feu sous les obus des Versaillais mais les incendies du palais des Tuileries, de l’hôtel de ville et de nombreux édifices prestigieux ont été déclenchés par les fédérés.

Pour empêcher les Versaillais de contourner les barricades en passant par les immeubles ou de les mitrailler par les fenêtres, les fédérés incendiaient les maisons les unes après les autres en reculant. Des femmes ont aussi participé aux destructions. Louise Michel criait de mettre le feu en évacuant sa barricade. Ça ne fait pas d’elles les pétroleuses de la propagande versaillaise.

La barricade de la place Saint-Sulpice n’était pas assez haute, les fédérés tombaient les uns après les autres sous le feu des Versaillais. Madame Richou, sortant de chez elle, voulu les aider. Une boutique d’objets de piété était restée ouverte. Pour remplacer les pavés qui manquaient, elle fit porter à la barricade des statues de saints. Arrêtée, quand on lui demanda si c’est elle qui avait fait mettre les statues sur la barricade, elle répondit : « Mais certainement, les statues étaient de pierre et ceux qui mouraient étaient de chair. » Elle a été condamnée à la déportation.   

Certaines femmes n’étaient pas sur les barricades ou dans les ambulances à soigner les blessés. Des bourgeoises, vêtues avec élégance, rôdaient à travers le carnage, se repaissant de la vue des morts, dont elles fouillaient du bout de leur ombrelle les yeux sanglants. Quelques-unes, prises pour des pétroleuses, furent fusillées sur le tas avec les autres (d’après Louise Michel).

Le 7 août 1871 commence le procès des communards. Vingt-six conseils de guerre ! Un public huppé assiste aux séances. Les femmes ont des attitudes souvent plus fières et courageuses que les hommes. Ont-elles conscience de bâtir la légende de la Commune ? Huit femmes seront condamnées à mort, mais aucune ne sera exécutée. Vingt-neuf seront condamnées aux travaux forcés, 36 à la déportation, 83 ainsi que 6 enfants à des peines de prison. Vingt-cinq hommes seront exécutés. On ignorera toujours combien de fédérés sont morts pendant la semaine sanglante. Le conseil municipal de Paris a voté des crédits pour l’inhumation de 17 000 cadavres.

Enfin il ne faut pas minimiser la haine que suscitait la Commune de Paris dans toute la France, et pas seulement dans les milieux bourgeois.