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Le poète disparu, Philippe Siou
Le 27/01/2018
Il y a 5 ans disparaissait Philippe Siou. Après une khâgne et une maîtrise de lettres à Brest, on le retrouve professeur de lettres dans le Nord. Les élèves (et les parents) aiment ce prof atypique et brillant qui joue volontier de la guitare. Il s'est lancé dans la musique à 18 ans et, de groupe en groupe, compose et écrit des chansons de plus en plus insolites, insolentes et rebelles. Choquantes parfois. Il exorcise aussi son mal-être en dessinant les personnages qui le hantent.
On pense à toi Philippe, ta souffrance était et restera la nôtre.
Exemple de chanson, qu'il disait chansonnette, " Les fêtes bourgeoises " illustrée de deux dessins de sa main. On peut trouver la quasi totalité de ses textes dans le livre "La pipe à l'envers" chez Edilivre.

Les célestes histoires de femmes, les bonnes feuilles
Le 11/01/2018
Édith
Dans un coin de la salle de danse, une fille obèse, vêtue d’un pull jaune horrible, roule des yeux de grenouille. Elle hésite entre les pleurs et le rire. Elle choisit de pleurer pour ne pas montrer ses dents gâtées. Je détourne mon regard, pris de dégoût ou de pitié. Sur l’estrade les musiciens se donnent à fond, le batteur ivre laisse libre cours à son instinct de massacreur. Une vapeur âcre monte de la foule en sueur. Les glaces aux murs, dans leurs cadres patinés de crasse, sont couvertes de buée où l’on a tracé du bout des doigts, des schémas évocateurs. Un homme embrasse une femme goulûment, elle se laisse faire, lascive, provocante. La boule à facettes de miroirs tourne au plafond. Elle fait courir des petits nuages blancs et rouge sur les faces blafardes ou cramoisies. La nausée guette. La musique écrase ou déchire une mer de danseurs qui se moire, comme un champ de blé sous les coups de vent. Un bloc humain noyé dans un océan de rythme, tangue et roule sans cesse sous un ouragan de bruit. Les couples gigotent, comme pour se débarrasser de leurs voisins agglutinés, retenus ensemble par la force lumineuse et enveloppante de la boule du plafond. En un seul corps agité de spasmes, haletant, la foule grouille joyeusement, comme des vers sur un cadavre. […]
Elle est au bar. Assise de biais sur un haut tabouret entre les hommes de sa cour, qui ne semblent pas pour l’instant beaucoup s’occuper d’elle. Ils boivent, c’est sérieux. D’un regard, appuyé d’un sourire, elle m’invite à m’approcher. Je me glisse près d’elle, le courtisan le plus proche s’est écarté avec indifférence, comme s’il cédait sa place à un enfant. Édith n’a pas changé. La silhouette est impeccable, le mollet tendu et le genou pointu, la cuisse lisse, la taille fine, le buste petit et haut, le cou hiératique. Dans son visage un peu durci, s’affirme un nez légèrement aquilin. Élégante et simple, elle porte un ensemble presque blanc (chaussures assorties) qui met en valeur la matité de son teint. J’entends de temps en temps parler d’elle et de son équipe. Les mauvaises langues lui font une réputation de fille légère…
Lire la suite dans le livre "Les célestes, histoires de femmes" en vente sur Amazon ou sur le site de l'éditeur : Les éditions du Désir.

Le 04/12/2017
Voici ce qu'écrivait le Chevalier de Fréminville en 1832 sur les habitants du Pays Pagan :
Il reste en Bretagne, et particulièrement dans le nord du Léon, entre Plouguerneau et Plounéour-Trez, des hommes qui ont conservé la rudesse de leurs ancêtres celtes. L’antique férocité de mœurs des habitants de ce territoire qu’on nomme le Pays Pagan (c’est-à-dire païen) n'est point encore adoucie, elle est empreinte même dans leurs traits. L'habitant de ces côtes redoutables est de haute stature, basané, sec et nerveux ; il marche jambes et pieds nus, un bâton noueux à la main ; ses traits farouches et menaçants semblent défier l'étranger qui le rencontre. Sa figure hâve, son front sillonné de rides que la fatigue et l'inclémence du climat y ont tracés avant le temps, est ombragé d'une forêt de cheveux longs, flottant en désordre et que ne contient pas le petit bonnet bleu et plat placé au sommet de sa tête. Ses yeux creux brillent d'un feu sombre, ils se fixent avec avidité sur la voile qui paraît à l'horizon. Si les signes d'une tempête prochaine menacent de jeter ce vaisseau sur les écueils qui hérissent ces rivages, la joie se peint sur le visage du cruel paysan de Plounéour, elle éclaircit un instant sa physionomie sauvage, comme un éclair sinistre brille au milieu de ces nuages noirs dont les flancs recèlent la foudre. Il réunit ses parents, appelle ses amis, ses voisins, tous courent sur la grève en poussant des hurlements barbares ; armés de bâtons, de crocs et de fourches, ils attendent les débris du naufrage. Si les infortunés navigateurs, dont le navire vient de se fracasser, parviennent en luttant contre la mort à atteindre ce rivage fatal, ils sont à l'instant même dépouillés et massacrés inhumainement par ces Celtes féroces et indomptables. (Antiquités de Bretagne, Finistère. Brest 1832)

Le 16/11/2017
Le dernier recueil de nouvelles de La Gidouille vient de paraître. Pour son cinquième " Variations " La Gidouille a largement diffusé une idée directrice et large : " Vous qui passez sans me voir "
Les auteurs, connus et aguerris ou amateurs et prometteurs, sont issus de toute la France, du nord au sud, de l'est à l'ouest. On s'amuse, on rit, on pleure, on frissonne, on tremble, en un mot, cette lecture de textes courts est aussi variée dans la forme (dessins, prose, poésie) que dans le ton. Un excellent cru. (Extrait de la quatrième de couverture)
Ma contribution dans ce livre, est une nouvelle intitulée " M. Legrand ", qui raconte l'histoire de ce garagiste qui aimait trop les fraises des bois. Etonnant non ?

Le 23/10/2017
Un coup de groin !
La multiplication des dénonciations d’agressions sexuelles sur les femmes, à la suite du hashtag Balancetonporc, me fait pousser un coup de groin indigné. C’est vrai que dans ma porcherie, où nous sommes séparés des truies, je n’ai pas la possibilité d’exprimer ma libido comme je voudrais mais je pense aux privilégiés, élevés en plein champ et à toutes les cochonneries qui leurs sont permises.
Cochons mes frères, il est parmi vous des bêtes qui abusent de leur pouvoir, ils sont si forts, si populaires, si séduisants (même si leur aspect est parfois repoussant) aux yeux de certaines femelles, qu’ils se croient tout permis. Verras mes amis, limitez-vous aux femelles consentantes, elles sont assez nombreuses à vouloir entrer dans votre bauge. Laissez les autres tranquilles. Sinon, ils seront punis ceux qui abusent de la loi du plus porc.
Bon, le verra dominant est incorrigible, les litres de sperme dont il dispose l’étouffent, il faut qu’il se soulage. Mais les autres, les petits cochons ? En liberté le porc n’est pas méchant. Il peut lécher sa truie sans la déranger, en douceur. Elle est flattée, ravie même, s’il fait ce qu’elle désire sans qu’elle ait besoin de le lui demander. Et si elle n’a pas envie, un petit coup de dent suffira à écarter l’importun, qui ira voir ailleurs.
Mais dans ce monde tout est compliqué. Nous sommes si nombreux, si pressés les uns contre les autres que tout incident prend des proportions gigantesques. L’odeur d’un porc n’est pas désagréable mais les fragrances d’une porcherie sont insupportables. Et encore, nous n’avons pas l’odeur sur les ordinateurs (les élevages sont maintenant connectés). Nous qui phosphorons trop (à cause des aliments industriels trop riches en phosphore), n’ajoutons pas l’angoisse des autres à notre pauvre vie pour en faire un purgatoire anticipé. Il est des destins autrement cruels, dont nous ne nous soucions guère.
Les caresses légitimes, au bon moment, peuvent faire oublier toutes les agressions. Les cicatrices restent mais ne font pas forcément souffrir ad vitam æternam (il y a des cochons cultivés aussi).
Et pour les incorrigibles, je suis pour rétablir la peine de porc !

Revue de presse, "Les Célestes, histoires de femmes"
Le 14/10/2017
Article du Télégramme du samedi 14 octobre 2017

Le 03/10/2017
La fête à La Gidouille aura lieu le dimanche 22 octobre 2017 à partir de 15 heures à la Maison des Fontaines, place des Fontaines à Ploeuc sur Lié (22 150). Entrée libre et gratuite.
Avant-première exceptionnelle. Plus de 25 écrivains seront présents.
Pour ma part je présenterai une nouvelle (titre: M. Legrand) dans le recueil "Vous qui passez sans me voir" dernière livraison des éditions de La Gidouille.

Femmes célestes, anges ou démons ?
Le 27/09/2017
En relisant Les chouans d'Honoré de Balzac, je suis tombé sur un paragraphe qui illustre bien mon propos dans Les célestes, histoires de femmes. L'héroïne, Marie de Verneuil a été chargé par Fouché de séduire le chef des chouans, le Marquis de Montauran, pour le livrer à la police. Les deux ennemis tombent éperdument amoureux et se sacrifieront ensemble l'un pour l'autre.
Balzac aurait-il compris la Femme ? À elles de le dire.
Marie de Verneuil (en parlant des femmes) : « Tantôt j'aperçois notre joug, et il me plaît, puis il me semble horrible et je m'y refuse ; tantôt je sens en moi ce désir de dévouement qui rend la femme si noblement belle, puis j'éprouve un désir de domination qui me dévore. Peut-être, est-ce le combat naturel du bon et du mauvais principe qui fait vivre toute créature ici-bas. Ange ou démon, vous l'avez dit. Ah ! ce n'est pas aujourd'hui que je reconnais ma double nature [...] N'avons-nous pas un instinct qui nous fait pressentir en toute chose une perfection à laquelle il est sans doute impossible d'atteindre... »