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Blog

La dernière facétie du prince Philip de Mountbatten.

Dernière facétie du prince Philip

Le 29/04/2021

La cérémonie religieuse des funérailles du prince Philip Mountbatten duc d’Edimbourg, malgré son côté dépouillé et grandiose à la fois, n’a pas manqué, comme souvent les solennités les plus sérieuses, voire tragiques, d’un petit côté comique. La dernière facétie du prince, ce n’est pas la présence de sa calèche et de ses chevaux sur le parvis de la chapelle de Windsor qui est étonnante, (Caligula avait bien nommé consul son cheval Incitatus) mais la lecture par David Conner, doyen de Windsor, d’un texte biblique choisi expressément par le prince.

Il s’agit de ‟Merveilles de la nature” tiré de l’Ecclésiastique (et non pas de l’Ecclésiaste comme l’a dit imprudemment Gilles Bouleau, aussitôt corrigé par le curé de service). En voici un extrait :

« Par son ordre il [Le Très Haut] fait tomber la neige, il lance les éclairs selon ses décrets.

C’est ainsi que s’ouvre ses réserves et que s’envolent les nuages comme des oiseaux.

Sa puissance épaissit les nuages qui se pulvérisent en grêlons

À sa vue les montagnes sont ébranlées, à la voix de son tonnerre la terre entre en travail.

À sa volonté souffle le vent du sud, comme l’ouragan du nord et les cyclones.

Comme des oiseaux qui se posent il fait descendre la neige, elle s’abat comme des sauterelles.

L’œil s’émerveille devant l’éclat de sa blancheur et l’esprit s’étonne de la voir tomber.

Il déverse encore sur la terre, comme du sel, le givre que le gel transforme en pointe d’épines.

Le vent froid du nord souffle, la glace se forme sur l’eau ; elle se pose sur toute eau dormante, la revêt comme une cuirasse.

Il dévore les montagnes et brûle le désert, il consume la verdure comme un feu.

Le nuage est un prompt remède, la rosée, après la canicule rend la vie.

…. »

Le texte, qui date de 190 avant J. C. décrit une météo poétique qui attribue au Très Haut, des phénomènes qui devaient stupéfier les Hébreux comme le gel ou la neige. Philip, féru d’écologie princière, se moque une dernière fois des gogos écolos et s’en remet à Dieu pour sauver la planète. Je peux me tromper, mais il me semble que le texte avait du mal à franchir la glotte du très pieux et flegmatique doyen Conner.

D’ailleurs Dieu fait ce qu’il peut pour sauver la grosse boule bleue. Il nous envoie sans qu’on l’en ait prié, une pandémie qui devrait éliminer le trop plein de population qui met la planète en danger.      

Contre le racisme, intelligence, bienveillance et  courage ?

Race et racisme

Le 14/04/2021

Pendant de nombreuses années le mot race avait disparu des discours. Interdit. Le voilà qui revient, masqué en racialisme, indigénisme, relativisme, pensée postcoloniale, suprématisme, intersectionnalité, etc. et autres néologismes à forts relents polémiques. Mais qu’est-ce que la race ? Peut-être faut-il se demander d’abord ce qu’est l’Homme ?

On le trouve dans l’encyclopédie des animaux entre homard et huître. L’Homme est un mammifère de l’ordre des primates, famille des hominidés, genre homo, espèce (unique) sapiens. Sa particularité essentielle est le langage doublement articulé (en mots signifiants et en sons).

On définit plus difficilement la race : groupement naturel d’individus présentant un ensemble de caractères physiques, physiologiques, pathologiques, voire psychologiques communs, transmis selon les lois de l’hérédité. La notion de race est essentiellement biologique et ne peut s’appliquer qu’aux seuls caractères transmis génétiquement. Les différences raciales sont d’ordre quantitatif et non qualitatif. Tous les gènes humains sont représentés dans toutes les races. Par exemple, la couleur de la peau est régie par une douzaine de gènes que tout le monde possède, seul leur arrangement diffère. Ceci a pu faire dire que les races n’existent pas. Il s’agit pourtant d’une évidence, à moins d’en changer la définition, les races existent bel et bien.

L’Homme est un animal social. Il se regroupe de différentes manières : 

En États, formations politiques soumises à des lois et à un gouvernement unique.

En nations, groupement d’hommes vivant dans un même territoire et ayant en commun des intérêts, une histoire, une religion, une langue.

En peuples, ensembles des individus groupés sous une même autorité religieuse ou autre.

En populations, concept démographique constituant un groupement particulier d’individus appartenant à une même catégorie sociale. Ou en classe sociale, représentant un grand groupe, pris dans une dimension sociale de fait, et non de droit.

Enfin en ethnies, groupements fondés sur la communauté de caractères culturels et linguistiques.

On voit bien qu’on ne peut pas remplacer race par ethnie ni par aucun des groupes cités. Les conflits entre eux, vont de la guerre mondiale au crêpage de chignon sur le pondalez (pardon, le palier), en passant par la révolution.

On peut définir le racisme, comme l’idéologie fondée sur la croyance qu’il existe une hiérarchie entre les races ou l’hostilité systématique à l’égard d’une catégorie déterminée de personnes. Il relève de la haine de l’autre, profondément enfouie dans les ténèbres de notre cerveau reptilien, là où l’intelligence ne pénètre pas (voir le billet ‟La haine” sur le même blog). L’arme favorite des racistes est le lynchage.

La lutte contre le racisme ne relève pas seulement de l’éducation car l’enseignement, en dépit de tout, est obligatoirement orienté par la culture locale, l’histoire, l’actualité… L’universalisme tant décrié aujourd’hui, n’est qu’une utopie, tout comme l’égalité (race, sexe, âge…) dans notre République. L’égalité devant la loi est déjà si difficile à obtenir. Il reste à chacun de faire preuve d’intelligence, de bienveillance et de courage. Une utopie de plus !

Bakounine a écrit (1869) : « C'est l'horreur, également instinctive pour tout ce qui est étranger, instinctive et par conséquent tout à fait bestiale, oui réellement bestiale, car cette horreur est d'autant plus énergique et plus invincible que celui qui l'éprouve a moins pensé et compris, est moins homme. » 

Rôle des femmes dans la Commune de Paris, 1871.

Les femmes de la Commune de Paris

Le 23/03/2021

On a beaucoup parlé du rôle des femmes dans l’histoire de la Commune de Paris en 1871. Cent cinquante ans après, dans un féminisme flamboyant, que peut-on en dire ? Les femmes n’ont joué aucun rôle politique officiel dans la Commune. Elles n’étaient ni électrices ni éligibles (la Commune prévoyait de leur donner le droit de vote). Cependant elles étaient très actives dans les clubs, l’éducation des filles, les mouvements ouvriers et particulièrement à l’Association Internationale des Travailleurs (AIT). Et quand il a fallu se battre.

La plus célèbre est Louise Michel. Elle a combattu dans les rangs de la garde nationale au 61e bataillon. L’indomptable institutrice a été de tous les combats jusqu’à la fin, sur les barricades. Alors qu’elle était prisonnière aux Chantiers à Versailles, un officier la reconnait :

– C’est vous qui êtes venue au campement de Versailles, pour faire la propagande de la Commune avant l’attaque de Paris.

– Oui c’est moi, vous pouvez le raconter.

– Est-ce que vous nous prenez pour des mouchards ?

– Vous êtes bien des assassins !

La réplique était cruelle mais vraie pour la plupart des militaires. À son procès elle répond au président : Si vous me laissez vivre, je ne cesserai de crier vengeance… J’ai fini ! Si vous n’êtes pas des lâches tuez-moi.

La Brestoise Nathalie Le Mel, moins guerrière mais tout aussi pugnace, organisait pendant le siège de Paris et la Commune, des distributions de nourriture, un véritable tour de force de dévouement et d’intelligence. Elle avait obtenu l’égalité des salaires entre les hommes et les femmes dans sa profession, en animant la grève des relieurs. Pendant la semaine sanglante elle était au milieu des communards pour donner des soins aux blessés. Désespérée par l’horreur finale, elle tente de se suicider en respirant la fumée d’un poêle à charbon.

Place blanche la barricade était tenue par des femmes. Il y avait là sous le drapeau rouge, Élisabeth Dmitrief, Nathalie Le Mel, Malvina Poulain, Blanche Lefebvre, Excoflon… André Léo était à celle des Batignolles. Cette femme qui s’était dotée d’un pseudonyme masculin, écrivaine et journaliste, était une des premières militantes féministes de France. Exilée en Suisse, elle continuera son action et plaidera pour la Commune.

 On ne saura jamais la vérité sur les pétroleuses, ces femmes qu’on a accusées de mettre le feu à Paris. Il est connu que des femmes avait été chargées de recenser les provisions de pétrole avant la dernière semaine de la Commune et, probablement, de les stocker aux endroits stratégiques. Pendant les combats, le ministère des finances prend feu sous les obus des Versaillais mais les incendies du palais des Tuileries, de l’hôtel de ville et de nombreux édifices prestigieux ont été déclenchés par les fédérés.

Pour empêcher les Versaillais de contourner les barricades en passant par les immeubles ou de les mitrailler par les fenêtres, les fédérés incendiaient les maisons les unes après les autres en reculant. Des femmes ont aussi participé aux destructions. Louise Michel criait de mettre le feu en évacuant sa barricade. Ça ne fait pas d’elles les pétroleuses de la propagande versaillaise.

La barricade de la place Saint-Sulpice n’était pas assez haute, les fédérés tombaient les uns après les autres sous le feu des Versaillais. Madame Richou, sortant de chez elle, voulu les aider. Une boutique d’objets de piété était restée ouverte. Pour remplacer les pavés qui manquaient, elle fit porter à la barricade des statues de saints. Arrêtée, quand on lui demanda si c’est elle qui avait fait mettre les statues sur la barricade, elle répondit : « Mais certainement, les statues étaient de pierre et ceux qui mouraient étaient de chair. » Elle a été condamnée à la déportation.   

Certaines femmes n’étaient pas sur les barricades ou dans les ambulances à soigner les blessés. Des bourgeoises, vêtues avec élégance, rôdaient à travers le carnage, se repaissant de la vue des morts, dont elles fouillaient du bout de leur ombrelle les yeux sanglants. Quelques-unes, prises pour des pétroleuses, furent fusillées sur le tas avec les autres (d’après Louise Michel).

Le 7 août 1871 commence le procès des communards. Vingt-six conseils de guerre ! Un public huppé assiste aux séances. Les femmes ont des attitudes souvent plus fières et courageuses que les hommes. Ont-elles conscience de bâtir la légende de la Commune ? Huit femmes seront condamnées à mort, mais aucune ne sera exécutée. Vingt-neuf seront condamnées aux travaux forcés, 36 à la déportation, 83 ainsi que 6 enfants à des peines de prison. Vingt-cinq hommes seront exécutés. On ignorera toujours combien de fédérés sont morts pendant la semaine sanglante. Le conseil municipal de Paris a voté des crédits pour l’inhumation de 17 000 cadavres.

Enfin il ne faut pas minimiser la haine que suscitait la Commune de Paris dans toute la France, et pas seulement dans les milieux bourgeois.

Le 18 mars 1871 débute la révolution conduisant à la Commune

Les 150 ans de la Commune de Paris

Le 08/03/2021

Le 18 mars 1871, la révolution qui devait conduire à la Commune de Paris débute par l’échec de l’armée à récupérer les canons de la garde nationale. Les soldats mettent la crosse en l’air. C’est Louise Michel, la passionaria de la Commune qui raconte.

Tout le monde savait que les canons, soi-disant dérobés à l’Etat, appartenaient à la garde nationale et que les rendre eût été aider à une restauration. M. Thiers était pris à son propre piège, les mensonges étaient trop évidents, les menaces trop claires. La provocation directe fut donc tentée ; mais le coup de main essayé place des Vosges avait donné l’éveil.

L’invasion des faubourgs par l’armée fut faite dans la nuit du 17 au 18 mars ; mais malgré quelques coups de fusil des gendarmes et des gardes de Paris, ils fraternisèrent avec la garde nationale. Sur la butte, était un poste du 61e, veillant au n° 6 de la rue des Rosiers, [actuelle rue du chevalier de la Barre] j’y étais allée de la part de Dardelle pour une communication et j’étais restée [… Un coup de feu retentit], le factionnaire Turpin tombe atteint d’une balle. Le poste est surpris sans que le coup de canon à blanc qui devait être tiré en cas d’attaque ait donné l’éveil, mais on sentait bien que la journée ne finissait pas là.

La cantinière et moi nous avions pansé Turpin en déchirant notre linge sur nous, alors arrive Clemenceau qui ne sachant pas le blessé déjà pansé demande du linge. Sur ma parole et sur la sienne de revenir, je descends la butte, ma carabine sous mon manteau, en criant : Trahison ! Une colonne se formait, tout le comité de vigilance était là : Ferré, le vieux Moreau, Avronsart, Lemoussu, Burlot, Scheiner, Bourdeille. Montmartre s’éveillait, le rappel battait, je revenais en effet, mais avec les autres à l’assaut des buttes.

Dans l’aube qui se levait, on entendait le tocsin ; nous montions au pas de charge, sachant qu’au sommet il y avait une armée rangée en bataille. Nous pensions mourir pour la liberté. On était comme soulevés de terre. Nous morts, Paris se fût levé. Les foules à certaines heures sont l’avant-garde de l’océan humain. La butte était enveloppée d’une lumière blanche, une aube splendide de délivrance. Tout à coup je vis ma mère près de moi et je sentis une épouvantable angoisse ; inquiète, elle était venue, toutes les femmes étaient là montées en même temps que nous, je ne sais comment.

Ce n’était pas la mort qui nous attendait sur les buttes où déjà pourtant l’armée attelait les canons, pour les joindre à ceux des Batignolles enlevés pendant la nuit, mais la surprise d’une victoire populaire. Entre nous et l’armée, les femmes se jettent sur les canons, les mitrailleuses ; les soldats restent immobiles. Tandis que le général Lecomte commande feu sur la foule, un sous-officier sortant des rangs se place devant sa compagnie et plus haut que Lecomte crie : Crosse en l’air ! Les soldats obéissent. C’était le sergent Verdaguerre qui fut pour ce fait surtout, fusillé par Versailles quelques mois plus tard. La Révolution était faite.

Lecomte arrêté au moment où pour la troisième fois il commandait feu, fut conduit rue des Rosiers où vint le rejoindre Clément Thomas, reconnu tandis qu’en vêtements civils il étudiait les barricades de Montmartre. Suivant les lois de la guerre ils devaient périr. Au Château-Rouge, quartier général de Montmartre, le général Lecomte signa l’évacuation des buttes. Conduits du Château-Rouge à la rue des Rosiers, Clément Thomas et Lecomte eurent surtout pour adversaires leurs propres soldats. L’entassement silencieux des tortures que permet la discipline militaire amoncelle aussi d’implacables ressentiments. Les révolutionnaires de Montmartre eussent peut-être sauvé les généraux de la mort qu’ils méritaient si bien, malgré la condamnation déjà vieille de Clément Thomas par les échappés de juin [1848] et le capitaine garibaldien Herpin-Lacroix était en train de risquer sa vie pour les défendre, quoique la complicité de ces deux hommes se dégageât visible : les colères montent, un coup part, les fusils partent d’eux-mêmes.

Clément Thomas et Lecomte furent fusillés vers quatre heures rue des Rosiers. Clément Thomas mourut bien. Rue Houdon, un officier ayant blessé un de ses soldats qui refusait de tirer sur la foule fut lui-même visé et atteint. Les gendarmes cachés derrière les baraquements des boulevards extérieurs n’y purent tenir et [le général] Vinoy s’enfuit de la place Pigalle laissant, disait-on, son chapeau.

La victoire était complète ; elle eût été durable, si dès le lendemain, en masse, on fût parti pour Versailles où le gouvernement s’était enfui. Beaucoup d’entre nous fussent tombés sur le chemin, mais la réaction eût été étouffée dans son repaire. La légalité, le suffrage universel, tous les scrupules de ce genre qui perdent les Révolutions, entrèrent en ligne comme de coutume. Le soir du 18 mars, les officiers qui avaient été faits prisonniers avec Lecomte et Clément Thomas furent mis en liberté par Jaclard et Ferré. On ne voulait ni faiblesses ni cruautés inutiles.

Quelques jours après mourut Turpin, heureux, disait-il, d’avoir vu la Révolution ; il recommanda à Clemenceau sa femme qu’il laissait sans ressources. Une multitude houleuse accompagna Turpin au cimetière.

— A Versailles ! criait Théophile Ferré monté sur le char funèbre.

— A Versailles ! répétait la foule.

Il semblait que déjà on fût sur le chemin, l’idée ne venait pas à Montmartre qu’on pût attendre. Ce fut Versailles qui vint, les scrupules devaient aller jusqu’à l’attendre.

Le bonheur d'Elsa Triolet, moments fugaces sortis de l'âme.

Bonheur

Le 11/02/2021

Parfois je ne sais plus que lire. J’ai pris au hasard dans la bibliothèque de mon fils, un livre de poche délabré : L’âme d’Elsa Triolet. Je l’avais sans doute déjà lu. Mais cette fois, j’y ai découvert une pensée délicate que je peux mieux comprendre aujourd’hui. Quand elle parle du bonheur, je me crois en union avec elle :

« Le bonheur a mille visages, il peut visiter les vieillards, les estropiés, les monstres, les obèses. Il faut savoir le reconnaître… D’ailleurs qu’est-ce que le bonheur ? Cherchez dans votre vie, ce ne sont jamais que de courts instants, des éclairs… Un revoir, une réussite, un mal disparu… C’est une explosion, un instantané, un plat parfois longuement cuisiné et vite mangé, jamais un long sentiment continu. Le bonheur est relatif, il est par rapport à… »

 

J’avais écrit ceci il y a quelques temps, dans L’ombre du désir et autres nouvelles (éditions Itinéraires) :

« Qui n’a ressenti un jour, une sensation de bonheur apparemment sans raison ?  Malgré des difficultés préoccupantes, des malheurs, des peines, voilà que tout à coup je me sens heureux, pourquoi ? L’herbe sous mes pieds, l’oiseau qui s’envole à travers les branches avec un bruit d’applaudissements, une odeur de fougère soudaine et je suis transporté ailleurs, dans un monde virtuel où je suis heureux. Ça ne dure pas. Les mots, ce sont les mots qui me transportent. J’ai dit fougère, j’ai pensé à mon enfance car j’ai joué enfant dans des friches où je construisais des cabanes tressées de fougères-aigle à l’odeur puissante. J’ai entendu un pigeon s’envoler, j’ai pensé applaudissements. Je salue un public imaginaire qui m’aime et m’admire. Folie ! Et l’herbe appelle les pieds nus. Nu, ce mot si court a le bras long ! Ce bonheur que je viens de ressentir, il était en moi, latent, mais il vient des limbes de l’intelligence, où sont imprimés des odeurs, des bruits, des sensations. Toute ma vie peut-être.

Pourquoi pleure-t-on quand la cantatrice chante ? Nous ne comprenons pas ses mots mais l’aria nous déchire. La musique était en nous, cachée, elle s’extirpe de l’âme, en larmes délicieuses, libérées du carcan de la pensée. On est rarement aussi ému par une musique qu’on entend pour la première fois. »

Le bonheur c’est bien autre chose que le plaisir. J’en parlerai une autre fois.

Le principe de précaution est-il applicable à la Covid 19 ?

Principe de précaution, la Covid

Le 29/01/2021

Peut-on appliquer le “principe de précaution” au sujet de la covid 19 ? Nos gouvernants empêtrés dans la pandémie, l’utilisent-ils ? Est-ce à bon escient ? L’énoncé du fameux principe se trouve dans la loi du 2 février 1995 “relative au renforcement de la protection de l’environnement” dite loi Barnier (Article L.110 paragraphe II 1er alinéa). Il ne s’agit pas ici précisément d’environnement, mais l’analogie est forte et le principe de précaution est souvent présenté comme universel.

Il s’énonce comme suit : « Le principe de précaution, selon lequel l’absence de certitudes, compte tenu des connaissances scientifiques et techniques du moment, ne doit pas retarder l’adoption de mesures effectives et proportionnées visant à prévenir un risque de dommages graves et irréversibles à l’environnement à un coût économiquement acceptable.»

En première lecture on ne comprend rien mais il faut excuser le législateur qui a dû, pour rédiger ce texte, tenir compte de centaines d’avis éclairés et divergents. Je vais néanmoins (terme de juriste qui annonce que ce qui vient d’être dit ne sera applicable que dans certaines circonstances, c’est le fameux en même temps de Macron) tenter de comprendre, comment on peut appliquer le principe de précaution sauce Barnier, au risque covid.

1. Nous sommes dans “l’absence de certitudes, compte tenu des connaissances scientifiques et techniques du moment”. Quand on parcourt l’histoire des sciences, les certitudes de chaque époque sont inévitablement mises en défaut à la génération suivante. On ne peut pas prouver qu’une hypothèse est vraie, on peut seulement prouver qu’elle est fausse. Bref, nous n’avons pas de certitudes et nous n’en n’aurons jamais, qu’elles soient scientifiques ou techniques. Le principe de précaution devrait donc s’appliquer en tous temps, en tous lieux, en toutes matières et en toutes circonstances. Autant dire qu’il est trivial et n’apporte aucune aide à la décision, particulièrement pour une pandémie.

2. “L’absence de certitudes ne doit pas retarder l’adoption de mesures visant à prévenir un risque”. Le premier item était inutile, celui-ci est nébuleux. On sent effectivement qu’il manque quelque chose. Si le risque n’est pas identifié ou circonscrit, comment prendre des mesures contre lui ? Dans le cas de la covid, nous connaissons de mieux en mieux le risque, mais nous sommes encore loin des certitudes, notamment pour la contamination.  

3. “L’adoption de mesures effectives et proportionnées visant des risques de dommages graves et irréversibles”. Ici la poésie législative fait merveille. Les lois sont tellement peu appliquées, qu’elles incluent dans leur texte que les mesures à prendre doivent être effectives et non pas intentionnelles. Et les mesures doivent être appliquées proportionnellement au risque. Celui-ci n’est pas le même pour tout le monde : Les gouvernants ont le risque d’être trainés en justice et de ne pas être réélus, les médecins d’être débordés, le quidam vieux de mourir, le quidam jeune estime le risque minime et le complotiste qu’il n’existe pas. Voilà donc des estimations divergentes qu’il faut résoudre par des mesures générales, effectives et proportionnées. Est-ce possible ?

4. Le plus grave enfin : “à un coût économiquement acceptable”. Ce coût économiquement acceptable paraît incongru dans le contexte. Il serait plus intéressant de parler de coût en matière de santé, de biodiversité, de n’importe quoi et non d’euros qui n’ont jamais tué personne. La loi admet donc qu’on laisse des gens risquer la maladie, l’accident, la mort peut-être, si ça coûte trop cher de lancer les actions de prévention ou de supprimer une activité économiquement juteuse. Le président a dit : « Quel qu’en soit le coût ». Il n’applique donc pas le principe de précaution et c’est heureux. Mais pour combien de temps ?

Le principe de précaution en l’occurrence, sert surtout quand le gouvernement fait systématiquement fuiter ses décisions avant de les rendre publiques, pour sonder l’opinion. Avec la complicité délicieuse des médias. Tyrannie de la communication.  

Du combiné en bakélite au téléphone mobile, bla-bla-bla...

Le téléphone pleure

Le 05/01/2021

J’ai horreur du téléphone. Pourquoi donc ? Ça remonte à loin. Je devais bien avoir 20 ans quand j’ai téléphoné la première fois. Ce fut un échec car je tenais le combiné à l’envers. Je parlais dans l’écouteur et écoutais côté microphone. La honte m’en est restée. Le combiné combine, comme son nom l’indique, le récepteur et l’émetteur dans une espèce de poignée très pratique en bakélite (polymère synthétique du benzène), noire à l’origine, relié par un fil en tortillon qui permet de s’écarter à une distance variable du support relié au réseau. Ce combiné permettait de raccrocher tout en nuances. Brutalement si on est en colère (l’appareil est très solide), délicatement pour une conversation confidentielle, avec désinvolture voire avec négligence si l’interlocuteur nous ennuie.

Malheureusement, le téléphone était un outil indispensable pour mon métier. J’ai toujours préféré aller voir les gens plutôt que de leur téléphoner. Mais c’était rarement possible. Dans les années 70, il fallait parfois attendre des heures pour avoir une communication entre Toulon et Paris. Attente détestable. Autant dire qu’une fois la liaison établie, il n’était pas question de parler de la pluie et du beau temps.

Et le téléphone est synonyme de mauvaises nouvelles. Avec l’âge, j’en ai reçu quelques-unes, si bien que je ne peux plus entendre une sonnerie sans sursauter. Ce n’est pas la faute de cette machine si elle génère de l’angoisse. Autrefois les catastrophes familiales arrivaient par télégramme. À la mine du facteur qui vous remettait le papier bleu plié, on pouvait se préparer au pire. Le téléphone vous frappe directement à l’estomac.

Je n’aime pas le téléphone. Professionnellement, il suffisait par politesse, de s’enquérir de la santé de votre correspondant avant d’aborder le sujet principal. Une conversation de 10 minutes, c’était déjà très long. Aujourd’hui avec les communications illimitées, vous passez pour un goujat si vous n’avez pas fait le tour de l’actualité, commenté la météo, raconté les dernières blagues d’Internet, disserté sur la déforestation de l’Amazonie ou échangé sur les derniers scandales des pipoles, avant de demander si tonton peut venir avec son masque. Une heure ça dure, parfois plus. Le cerveau est passé aux micro-ondes, presque inoffensives, du bla-bla-bla.

Il faut reconnaître que nos téléphones mobiles sont des objets extraordinaires. Beaux déjà, ils contiennent un annuaire téléphonique, une encyclopédie, une calculatrice, une horloge, un télégraphe, un appareil photo, une galerie d’art, une boutique de Géo-Trouvetout, des jeux addictifs, un magnétophone, un vidéophone, etc. et un téléphone presque normal. À condition de savoir s’en servir, ce qui n’est pas donné à tout le monde.

Et quel progrès en 50 ans ! Notre téléphone est 1200 fois plus rapide, a 220 fois plus de mémoire morte et 500 fois plus de mémoire vive, que l’ordinateur de bord d’Apollo 11 (qui pesait 40 kg). Le grand pas qu’Armstrong fit sur la lune, paraîtra bien modeste quand on fera le premier selfie avec un Martien.

L’avantage de ce téléphone, c’est qu’au lieu de se parler, souvent on s’écrit. Par exemple il est plus facile taper : « Je te quitte » que de le dire. La réponse écrite sera différée, plus réfléchie, sans être moins douloureuse. Et si le nouvel ex. appelle, il tombera dans une boîte vocale sans fond.

Souvent le téléphone pleure, comme chantait Claude François.

Un conte de Noël, un cadeau inattendu qui n'en est pas un.

Un Noël de cancre

Le 18/12/2020

J’ai dix ans, j’entre en sixième. Je suis le plus petit de la classe. La sixième M4, une espèce d’enfer froid où je dors mal, troublé que je suis par des professeurs consciencieux et agités comme des abeilles, ou plutôt des fourmis qui piquent. Les notes tombent comme des bouses. Elles sont inscrites au fur et à mesure sur le carnet de correspondance, les profs signent en face pour vérifier qu’il n’y a pas de fraude. Le carnet est présenté, signé des parents, le lundi matin au premier cours. S’il n’y avait que des bonnes notes dessus, ce serait facile. Papa signerait presque sans regarder, dans un élan d’amour pour son rejeton si brillant, dès le samedi midi et la bonne humeur règnerait tout le week-end.

Maman signe le lundi matin, à la dernière minute, parce qu’il faut bien signer. Le carnet n’est pas beau. Papa je suppose, préfère ne pas le voir mais il sait. Tout le dimanche je cherche un moment favorable pour le lui présenter, car maman prétend que c’est à lui de signer. Généralement, j’en trouve pas.

Je dois inscrire au moins un zéro chaque semaine en orthographe. La prof s’obstine à noter la dictée sur vingt au lieu de la mettre avec les questions. Le zéro sec fait mal, souligné deux fois par cette salope, qui met son paraphe rageur en marge. Impossible de tricher. Même dix en orthographe (juste un 1 devant le zéro) serait complètement invraisemblable. Comment avoir plus que zéro ? Quatre points par faute, une demi-faute pour l’orthographe d’usage et un quart de faute pour les accents, s’ils ne relèvent pas d’une faute de grammaire : zéro ! N’en parlons plus… mais une douzaine de bulles dans un trimestre, ça fait baisser la moyenne !

Surtout qu’ailleurs ça vole pas bien haut non plus. En français j’atteins la moyenne nulle part, je frôle le nul en anglais (j’écris “englais” sur mon carnet, par contamination des langues). Dans les autres matières, les notes sont aléatoires c’est-à-dire déterminées par la chance : une leçon apprise à propos, j’en apprends encore quelques-unes, que je récite à maman ou à papa par gros temps, un cours bien écouté et retenu, car intéressant, une tricherie réussie, de bonnes bases en mathématiques où je dépasse fréquemment la moyenne… J’arrive ainsi sans effort particulier, à une moyenne générale de dix tout juste. A signaler une moyenne de 11,6 en éducation physique, reflet équitable ou plutôt flatteur, de mes performances olympiques.

            Le choc est rude pour mes parents à la lecture du bulletin du premier trimestre. Les Parisiens découvrant le Bulletin de la Grande Armée après la Bérézina ne devaient pas être plus stupéfiés. Moi aussi ! Je croyais naïvement que 10 n’était pas une si mauvaise moyenne, que j’avais des réussites par-ci, par-là : quatrième en Histoire avec 19, sixième en sciences naturelles avec 13,5… mais c’est là tous mes exploits. Une reprise en main est aussitôt décidée. Papa : 

– Je vais m’occuper personnellement de tes devoirs et de tes leçons, finis les jeudis dehors à traîner, finis les illustrés stupides que tu lis trente-six fois de suite. Je vais te faire travailler moi…Tiens-toi droit et mouche ton nez !

– Ma moyenne, c’est à cause des zéros en orthographe.

– Et cinq en Anglais !

– Cinq et demi.

– Tu vas voir !

J’ai été trop loin, une injustice ne motive pas une impertinence. Il ne m’a pas battu cependant.

Mais j’aurais dû me méfier, il s’est vengé de mon bulletin désastreux. Pendant les vacances de Noël, il m’a fait étaler la misère de mes outils de travail, tâchés, cornés, illisibles, cousus de fautes. Il avait bien raison de ne pas les regarder précédemment, notre moral en aurait pâti. J’ai récité quelques leçons anciennes réapprises, refait des exercices pas trop difficiles, distripé un peu d’anglais (Distriper, de stripou, tripes : parler approximativement) mais le plus dur m’attendait.

Dans la cheminée de ma chambre, grand-père a mis un pilgos (une souche) à brûler, une douce chaleur fait rayonner nos joues éclairées par le feu devant lequel demain, s’étaleront les cadeaux. À 8 heures, maman me réveille pour aller à la messe. Dans la cheminée, rien que de la cendre. Il fait froid, les cadeaux ne sont pas encore arrivés. Après la messe, je cours plein d’espoir, pour rentrer à la maison.

Dans mes sabots, pour moi, un petit paquet seulement. J’arrache le papier cadeau. Je comprends pas tout de suite. Un livre, avec une couverture moche à bandes bleues et rouges, marqué : FRANÇAIS-ANGLAIS ENGLISH-FRENCH LAROUSSE. Un dictionnaire d’anglais ! Mon seul cadeau. J’ai rien dit. La rupture était consommée. Pas de pardon. J’ai compris que j’étais un cancre, un banni des jouets, un exilé des cadeaux, un morfondu des fêtes. Maman a écrit mon nom à l’intérieur du livre et la date : 1953, j’ajoute à l’encre bleu-noir de mon écriture maladroite : “Noël”.