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Le 02/12/2018
Le Roi Bobo
Régnait sur le pays Bougon,
Au pied des falaises de marbre.
Il était jeune, il était beau,
Bien plus cultivé que ses sujets.
Et plein de bonne volonté.
Il n’avait qu’un défaut,
Il était un peu sourd.
Il confondait facilement les rugissements du lion
Avec le chant des cigales.
Dans la savane désolée,
Brûlée par un réchauffement venu d’ailleurs,
Le peuple du totem au casque ailé
Réclamait plus à manger.
Le Roi Bobo répondit :
« Mangez-vous les uns les autres »
Suivant la doctrine qu’on lui avait enseignée
À l’école des Rois bobos.
Mais le peuple de la savane
Était justement celui qui était mangé
Et n’avait plus personne à dévorer.
Alors le Roi Bobo se mit à la tête de sa tribu
Et se mit à marcher.
Sous ses pas, l’herbe reverdissait,
Les zébus donnaient du lait
Les lions fièrement, apportaient la paix,
Les abeilles faisaient leur miel
Et les frelons retournaient benoîtement en Asie.
Cependant, le royaume du Roi Bobo,
Plus fier que riche,
Vassal de plus fortunés que lui,
Était tout petit.
Quand il eut fait le tour de sa case,
Le Roi Bobo rentra chez lui, satisfait :
« Pour organiser la prospérité
Il faut généraliser la misère.
Tout ira de mieux en mieux,
Les vieillards iront travailler,
Les jeunes ne perdront plus leur temps
En études inutiles,
Et les laborieux seront récompensées. »
Alors la confiance dans le Roi Bobo,
Fléchit un peu chez les Bougons.
Le peuple lui fit cadeau
D’un appareil auditif doré
(C’est bien le moins pour un Roi)
Qu’il ne sut pas utiliser…
Et toujours le chant des griots montait le soir,
Désespéré, triste et menaçant,
Dans la fumée du feu de pneus allumé sur la grand’ place.
Mais Bobo n’entendait pas
La voix des Bougons.

Le 21/11/2018
Les gilets jaunes qui sèment la pagaille sur les beaux ronds-points de France, ont-ils réfléchi une minute sur la signification de la couleur de leur chasuble ? Ils pensent sans doute qu’ils n’ont pas le choix et que ça importe peu. Contrairement au rouge qui est la couleur hautement symbolique du sang, le jaune manque de franchise. C’est la couleur du pus et de l’or.
Historiquement le jaune est la couleur de la réaction. Isabelle de Castille jure de ne pas changer de chemise avant que son mari Ferdinand d’Aragon ait pris la ville de Grenade. Après huit mois de siège sa chemise a pris cette couleur indécise qu’on nomme isabelle. Rares sont les partis politiques et les syndicats qui se réclament du jaune. En 1905 le Syndicat professionnel des ouvriers de l’arsenal de Brest, d’obédience antisocialiste, rejoint la ‟Fédération des jaunes” dont la devise est ‟Patrie Famille Travail” (qui sera reprise dans un autre ordre avec le succès que l’on sait). Un ouvrier qui ne fait pas grève, peut retrouver le soir, son vélo entièrement repeint en jaune. C’est le moins qui puisse lui arriver.
Le jaune est l’infâmante couleur du gonfanon du Chevalier félon Ganelon. Le turbotrain Paris Granville, peint en jaune, qui amenait le week-end, les cadres parisiens visiter leur femme en vacances sur la côte, était surnommé le train des cocus. En 1215, les Juifs sont contraints de porter en France la rouelle jaune, sur les injonctions du concile de Latran. L’étoile jaune lui succèdera en 1941. Le passeport des bagnards libérés était jaune ainsi que celui des prostituées. La robe des faux-monnayeurs conduits au bûcher, était couleur de l’or qu’ils avaient corrompu.
Le jaune est malade, les nouveaux nés ont souvent la jaunisse (prélude symbolique des renoncements peu glorieux, qu’ils auront à faire durant leur vie de compromissions). Le foie défaillant donne des yeux jaunes, comme ceux des crocodiles.
Mais le jaune est aussi glorieux. Couleur de l’Empereur de Chine, s’en vêtir était une forfaiture punie de mort. Porter le maillot jaune est le sommet de la gloire pour un coureur cycliste mais il sera toujours soupçonné de dopage. Après le petit écart fiscal présumé de Carlos Ghosn, il faudra peut-être abandonner la couleur jaune emblématique de Renault, premier constructeur mondial d’automobiles. Sur les blasons et les drapeaux, le jaune est dit ‟or”, symbole de droiture et de pureté qui est, comme on le sait, le propre des relations internationales.
Le jaune est visible de loin d’où l’utilité de cette couleur pour les innocentes boîtes aux lettres et les gilets des manifestants. Visible de loin ne signifie pas vision d’avenir. La politique est la voie vers un futur meilleur mais, comme dirait à peu près saint Thomas (Jean 14,1-12) : « Comment connaîtrions-nous le chemin si nous ne savons pas où on va. »
Plutôt que de barrer les routes, bourré de bienveillance et sans espoir, j’irais voir Emmanuel Macron et je lui dirais : « Un cachou M. le Président ? » Un cachou Lajaunie évidemment.
C’est ce qu’on appelle faire un geste en politique.

Le 02/11/2018
En allant me coucher l’autre soir, je remarque sur une chaise rembourrée et tapissée de velours, un grand trou noir. Je suis sidéré. Une brûlure profonde de deux ou trois centimètres et longue de cinq ou six, troue la mousse et le tissu. J’appelle mon épouse pour constater les dégâts.
– Mais... dit-elle, stupéfaite.
– Je dis comme toi, je réponds.
Quel phénomène a pu provoquer cette brûlure ? Dans la maison personne ne fume, aucune flamme, tout est électrique, la cuisine est équipée d’une plaque à induction. Rien ne chauffe, même pas les radiateurs car, bien que nous soyons fin octobre, il ne fait pas encore froid. Ça ne peut venir que de l’extérieur. Nous passons en revue les causes possibles. La fenêtre était restée entrebâillée toute l’après-midi, un soleil radieux avait mis une belle lumière d’automne sur les murs de la chambre.
C’est toujours de la faute des autres, tant qu’on n’est pas convaincu du contraire. Un avion ou un satellite a laissé tomber quelque chose d’incandescent qui a pénétré par la fenêtre. Presqu’impossible car la chaise n’était pas devant l’ouverture et je vois mal un mégot jeté dans les toilettes d’un avion, parvenir sans s’éteindre jusqu’à notre chambre. Et je ne crois pas qu’on ait le droit de fumer dans la station spatiale internationale.
Ou alors, les ouvriers occupés sur les toits des maisons voisines à ramoner les cheminées, ont projeté quelque scorie brûlante, qui est entrée par la fenêtre pour agresser notre pauvre chaise. Je ne constate aucune trace de scorie. Le mystère s’épaissit. Des travaux chez les voisins ? Des élagueurs ? De la foudre en boule ? Ça c’est une belle hypothèse, mais la foudre en boule est un phénomène rarissime, surtout quand il fait un temps splendide. Et là, ce serait vraiment une petite boule, un peu mesquine. Il ne nous reste plus qu’à nous coucher, en ruminant des scénarios de plus en plus catastrophiques au fur et à mesure que la nuit avance. Je rêve aux stigmates apparus sur le bras de sœur Marie-des-sept-douleurs en 1878, des traces de brûlures à jamais inexpliquées.
Nous nous réveillons tard, presque étonnés que la maison ne soit pas en flammes. La brûlure de la chaise est toujours là, mystérieuse, inexplicable, inquiétante. La fraîcheur matinale éclaircit les idées. Sur la commode près de la chaise, est posé un miroir sur pied à deux faces. L’une plane pour un reflet réaliste sans pitié et l’autre concave pour grossir les défauts du visage, jusqu’à faire peur. Une idée surgit, Eurêka ! Toutefois, je ne me précipite pas tout nu dans la rue comme Archimède. Le miroir grossissant placé devant la fenêtre a pu renvoyer les rayons du soleil sur la chaise, comme les réflecteurs paraboliques du savant grec, qui incendièrent les vaisseaux romains devant Syracuse.
Vérification faite aussitôt. La face concave concentre les rayons du soleil comme une loupe. À un mètre du miroir, il est impossible de tenir la main plus de quelques secondes au foyer de la parabole. La chaleur est largement suffisante pour enflammer un morceau de papier ou pour consumer une mousse ou un tissu inflammable.
Amis qui ôtez vos points noirs devant un miroir grossissant, pensez à ne jamais le laisser face au soleil. Il pourrait diriger un rayon ardent sur les rideaux ou les objets alentour et provoquer ainsi un incendie catastrophique. On le sait depuis vingt-trois siècles environ et moi je l’ignorais.

Le 22/10/2018
Pour ma deuxième participation au recueil de nouvelles annuel de la Gidouille, intitulé cette année ‟En costume d’huîtres”, je livre une nouvelle inspirée de la photo d’un vélo couvert de coquilles d’huîtres. Titre : ‟Le raidillon”.
Mon petit-fils de quatorze ans m’avait demandé d’écrire sa biographie. J’ai reculé devant ce travail considérable. Je me suis contenté de le faire figurer dans cette nouvelle où je tente d’expliquer, entre-autres choses, son horreur de la pratique du vélocipède :
C’est la bicyclette qui raconte. Une jeune et jolie institutrice vivant seule au Conquet avec son fils (elle s’appelle Paulette évidemment) va travailler à vélo. Elle rencontre un jeune homme sur le chemin de l’école mais le marlou ne plaît pas à la bicyclette, qui fait tout ce qu’elle peut pour faire échouer leur liaison. Exaspérée la femme jette la bicyclette à la mer… Et tout finira bien, peut-être.
Le recueil comprend une vingtaine de nouvelles savoureuses à base d’huîtres et une saynète non moins délectable.
On peut commander le livre en librairie ou chez l'éditeur : La Gidouille.

Le 01/10/2018
Deux théières en faïence voisinaient sur une étagère,
L’une blanche et française
L’autre rouge et japonaise.
Sur l’une était marqué ‟Thé”,
Sur l’autre figurait un idéogramme rond.
Elles ne se parlaient pas n’ayant pas langue commune.
Les fantaisies de la maîtresse de maison
Les plaçaient tantôt bec à bec, tantôt anse contre anse.
Ainsi bouche à bouche ou bras dessus bras dessous,
Façon de parler bien sûr,
Les théières n’ayant ni bouche ni bras.
En eussent-elles eu qu’elles n’en auraient pas profité
Car elles ne s’aimaient pas.
Cependant un jour, que la Japonaise était chaude,
Ayant récemment servi le thé, la Française lui dit :
« Fukushima ! » L’autre vexée répondit :
« Nagasaki ! » preuve de sa méconnaissance de l’histoire,
Les théières françaises n’ayant jamais bombardé le Japon.
Elles en restèrent là pour cette fois.
Le lendemain matin, à son tour, la Française était chaude
(Elle est commise au petit déjeuner).
La Japonaise dit, méprisante,
Si tant est qu’une théière puisse être méprisante :
« Fugu ! »
La française qui n’ignorait pas que le fugu est un poisson,
Répliqua : « Morue ! »
Ce qui cloua le bec de l’étrangère.
Poisson poison contre poisson salé,
Ainsi allait la vie sur l’étagère.
C’était sans compter avec le remue-ménage
Périodique dans la cuisine.
Voici maintenant que la fière théière japonaise
Est suivie de quatre petites tasses,
Rouges comme elle,
Et marquées du même idéogramme.
Ses filles. Sur l’étagère !
La théière française n’avait pas de progéniture,
À sa connaissance du moins,
Car elle ne savait point
Comment se fabriquent les tasses à thé.
Elle n’en était que plus marrie.
Bien alignées derrière leur mère,
Comme des petits canards pédalant dans la mare,
Les quatre tasses japonaises jacassaient dans l’aigu,
Et en japonais.
Ce qui est fort désagréable
Pour une théière née à Limoge.
A qui se plaindre se dit la Limougeaude ?
Le Dieu de la vaisselle est sourd
(Ne dit-on pas sourd comme un pot ?)
« Je peux le remplacer »
Murmura une voix noire.
Le couvercle de la théière sursauta :
« C’est qui ? – C’est moi ! – Qui moi ? – Moi la cafetière,
Je suis derrière toi.
– Moi aussi, dit une autre voix.
Blanche cette fois, je suis le pot à lait.
– Et moi et moi ! » Criaient d’autres voix :
Le beurrier, le pot à olives, le bocal à cornichons (avec sa cuiller en bois), le sucrier…
– Aidez-moi, supplia la théière.
– Nous sommes derrière toi, clamaient-ils en cœur. »
Mais personne ne bougeait,
La vaisselle étant peu ingambe
Comme chacun sait.
Tout à coup, un léger tremblement de terre
Ébranla l’étagère,
Qui bascula.
Le maître de maison peu prévoyant,
Bricoleur paresseux,
N’avait pas tenu compte de la tectonique
Incidente de la faille sud armoricaine.
Le petit monde international des faïences
Se retrouva sur le carrelage de la cuisine,
En morceaux, tous débris mêlés.
Moralité :
Vous pouvez haïr vos voisins
En toute tranquillité,
Vous finirez tous mélangés.
En poussières d’étoiles.C’est certain !

Le désastre du tourisme de masse
Le 17/09/2018
Il faut sauver la planète disent-ils. Et les voilà partis à des milliers de kilomètres de chez eux pour visiter ce qu’ils ont vu à la télé des dizaines de fois. Certes, ce n’est pareil de voir en vrai ce qu’on a entrevu sur l’écran à cristaux liquides. On a l’odeur en plus et le sentiment du réel, parfois poignant il est vrai. Et on partage (mot clé des touristes) avec les indigènes toujours souriants, aimables et communicatifs : What is your name ? Were do you come from ? Les pauvres sont gentils en général.
On dit, j’ai fait la Grèce, moi j’ai fait Bali, les Caraïbes, l’Iran, la côte ouest (pas de la Bretagne, des États-Unis of course), l’Algérie (t’as pas eu peur ?), l’Inde (la misère, incroyable !), les îles (y en a partout)… Les fous furieux du voyage vous assomment de descriptions de sites extraordinaires et principalement d’aéroports où ils ont passé des heures, voire des jours entiers, à attendre un avion pour rentrer à la maison.
Partons, loin, dépaysement garanti : air climatisé, piscine fraîche, cocktails de ouf, lits de 160 ou plus. Ça me rappelle un menu de restaurant du Kerala (Inde) qui mentionnait du ‟poulet comme à la maison” (en français, mar plij). Quel dépaysement ! Chaleur, moustiques, serpents et crocodiles à la demande mais on n’est pas obligé. Le must c’est la croisière. L’hôtel sur la mer. Trois mille amis qui naviguent ensemble, qui mangent, boivent (forfait bar illimité), dansent et jouent toutes les nuits et sont trop fatigués au matin pour aller en excursion. Que du bonheur on dit, quand on rentre enfin chez soi pour se refaire une santé.
Nous sauverons la planète tranquillement chez nous. Nos ordures nous les avons laissées sur un îlot en Thaïlande (à Koh Poubelle ou quelque chose comme ça) où le plastique glisse doucement dans l’océan. On leur a pourtant bien recommandé de ne pas jeter les pailles des boissons à la mer. D’ailleurs nous nous en occupons sérieusement et aussi des coton-tige, ils seront bientôt interdits. Et en mer nous respirons le bon air : un peu chargé de particules fines (un seul gros paquebot en émet plus qu’un millions de voitures) et 30 de ces navires produisent autant de gaz à effet de serre que la Grande-Bretagne toute entière. Les Inuits pleurent sur leurs glaces polluées par les touristes toujours plus nombreux. Qu’ils se rassurent, il n’y aura bientôt plus de glace et ils ne viendront plus. Alors prenons l’avion, il n’est guère plus polluant qu’une voiture (en passager/km) mais si vous allez à New-York vous consommez la totalité de votre budget carbone pour l’année, en une seule fois (et pareil au retour). Il vaudrait mieux y aller en voilier.
Alors n’allons pas trop loin, à Compostelle à pied par exemple si on ne craint pas les punaises de lit, ou à Venise où l’on versera une larme en patientant une heure pour franchir le pont des soupirs, ou à Barcelone dans la foule compacte, le nez en l’air pour apercevoir la Sagrada Familia, qu’on renoncera à visiter faute de temps. Restons en France. L’île de Ré c’est bien, si vous ne craignez pas la corrida des vélos électriques débridés. La montagne ça vous gagne ? Lançons-nous dans l’ascension du Mont Blanc. Avec un peu de chance nous ne ferons pas partie des 5 à 7 morts annuels, parmi les 2 000 touristes qui tentent d’atteindre le sommet (moins de la moitié y parvient, même avec un guide). Heureusement, contrairement à ce qui se passe pour l’Everest, les cadavres sont tous récupérés.
Quelle tarentule pique les gens, pour qu’ils se ruent en masse chaque été à l’autre bout du monde ? Je crois que, comme Jules César ils veulent pouvoir dire : je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu. Je suis venu (dire le nombre de Km et la destination exotique), j’ai vu (citer les sites et monuments vus, que tout le monde connaît mais n’a pas encore visités), j’ai vaincu (l’angoisse du départ, du voyage, de l’inconnu, de la maladie, des accidents, des voleurs, des taxes, etc.). On pourrait ajouter, j’ai pollué l’eau, la terre et le ciel, exaspéré les habitants (qui ne trouvent plus à se loger), piétiné des sites archéologiques… La solution pour éviter le désastre ? La téléportation quantique, mais elle ne fonctionne encore que pour les particules intriquées. Alors partons seul ou à deux, sans argent, avec un vélo et un sac à dos. Nous aurons le temps de regarder autour de nous et de parler anglais. Et ça nous fera de jolis mollets.
Adieu calme et sérénité, douceur du farniente, lecture, paresse crapuleuse, contemplation des beautés familières, je pars en vacances ! Avec une pensée pour ceux qui ne peuvent pas partir et qui n’habitent pas comme moi dans une région superbe et fraîche, qu’il me tarde déjà de retrouver.

Le 04/09/2018
L’univers est une fleur et la fleur est dans la main de Bouddha. Tout est dit. Celui qui a compris suivra la Grande Règle. Correspondances et interactions unissent indissolublement l’homme à la nature et le physique au moral.
Les éléments, l’eau, le feu, le bois, le métal et la terre, joueront sur les activités humaines leur musique céleste et les végétaux, les animaux, les hommes, sentiront le poids des correspondances sur leur existence. L’harmonie, le discernement, la prudence et enfin la sainteté sortiront du cœur de la fleur. Ainsi les générations passeront sans que change l’ordre du monde.
Mais nous, nous voulons changer le monde ! Il ne subsiste des antiques correspondances que des idées anthropocentristes à la mesure d’une société qui craint plus que tout de mourir. Une société d’esclaves qui ne songent qu’à survivre, à n’importe quel prix. Une société qui ne rêve que d’un monde meilleur, où le lion mangerait de la salade.
À qui sait les voir, les correspondances sont partout, bénéfiques ou néfastes. Mais les hérauts d’aujourd’hui ont perdu de vue la nature de la Nature. Ils croient pouvoir la maîtriser, la comprendre, des particules élémentaires aux quasars. Ils veulent sauver la planète, pour ne pas dire se sauver eux-mêmes. Ils veulent ignorer que la nature est infiniment complexe, mal conformée, violente, sauvage, sans pitié, qu’elle peut dans un hoquet, éliminer l’homo sapiens et ses misérables déjections, le transformer en fossile.
Plus on sait, plus on désire et moins on est heureux. Reste à vivre, obligatoirement et c’est dommage ! La vie sans la vie serait si pure, si belle, sans souffrances. Peut-être est-ce le paradis ?
Extrait de « L’ombre du désir » de Gilbert Siou éditions Itinéraires

Du personnel aux ressources humaines
Le 20/08/2018
Image du film Métropolis de Fritz Lang (1927)
Depuis les années 80 le terme ressources humaines s’est généralisé. Directeur des ressources humaines, Chef des ressources humaines, gestion des ressources humaines. Dans l’industrie puis dans l’administration, ce changement de désignation des Chefs du personnel a fait florès. Ça m’avait beaucoup choqué à l’époque. Pourquoi les ouvriers et les employés sont-ils passés du rang de personne à celui de ressource ? On emploie une personne, on exploite une ressource.
Bien sûr, les humanistes qui dirigent nos administrations et grandes entreprises n’ont pas voulu réduire les employés à du matériel inerte. Bien au contraire, en même temps se développaient les techniques japonaises d’amélioration de la qualité, de la productivité et de la réduction des coûts, qui font largement participer les opérateurs (analyse de la valeur, cercles de qualité par exemple). Après l’organisation scientifique du travail d’inspiration taylorienne, qui n’avait pour but que de produire plus à moindre coût (les cadences infernales), vint l’organisation concertée visant à maîtriser la qualité, tout en améliorant les conditions de travail, l’hygiène et la sécurité. Tout cela en emportant l’adhésion des personnels aux nouvelles méthodes (motivation). La réduction des coûts en découlant dans le meilleur des cas, à la satisfaction générale.
Pourquoi alors le Personnel est-il devenu Ressources humaines ? L’expression est probablement issue du vocabulaire de la planification industrielle PERT (Program Evaluation and Review Technic inventée par les Américains pour la réalisation de leur programme de missiles stratégiques Polaris en 1958), où l’homme est considéré comme un moyen, une ressource, pour la réalisation d’une tâche, au même titre que les matières, machines, logiciels, etc. L’homme était entré dans l’ordinateur. Il n’en sortira plus.
Mais on ne peut mettre une personne en entier dans un calculateur, fût-il doté d’intelligence artificielle. Un ordinateur calcule, il ne peut comprendre. Le sens des informations lui échappe. Pour le PERT une tâche a besoin de tant de bonhommes, c’est tout (les poilus de la guerre de 14 se nommaient ainsi, c’est dire si leur vie individuelle comptait peu, c'était de la chair à canon !). Les DRH gèrent des personnes entières, avec leurs caractères propres. Les 80 kilos de Marie n’ont rien à voir avec les 80 kg de Lucien et encore moins avec 80 kg de poulets morts pendus par les pattes. Les Nazis parlaient de matériel humain, ressources humaines c'est pareil.
Il est donc inadmissible de traiter les gens comme des ressources. On aurait pu croire que l’Administration ne serait pas entrée dans ce système. La gestion bienveillante des personnels qui existait dans les bureaux, il y a peu encore, a volé en éclat. Les ressources humaines ne sont plus traitées avec humanité ! La technocratie a pris le pouvoir, c’est l’expert qui décide. Ses décisions sont incontestables puisqu’elles sont justifiées par des chiffres. On oublie juste de compter les arrêts maladie, les dépressions et les suicides. Et le service public qui se délite. Le plus terrible serait de confier le gouvernement de la France aux technocrates… Avec Emmanuel Macron c’est fait.